Bilan

«CoorpAcademy va doubler ses effectifs»

Avec une levée de fonds de 10 millions d’euros, la start-up de l’EPFL leader des cours en ligne pour entreprises va passer la barre des 100 collaborateurs d’ici une année.

CoorpAcademy a été créé  à l'EPFL par deux anciens de Google Jean-Marce Tassetto (à g.) et Arnauld Mitre ainsi que le serial entrepreneur Frédérick Bénichou (à d.). 

Crédits: DR

Après avoir levé 3,8 millions de francs en novembre 2014 auprès du fonds d’investissement du groupe pharmaceutique lausannois Debiopharm et du fonds de capital-risque NextStage, CoorpAcademy - l’une des 50 start-up dans lesquelles investir sélectionnée en 2014 par Bilan - change d’échelle, avec cette fois un tour de financement de plus de 10 millions de francs. Outre Debiopharm et NextStage, ce round voit l’entrée au capital de Serena Capital (250 millions d’euros sous gestion). En soi, la somme représente un record pour une levée de fonds dans le domaine émergent des technologies pour l’éducation (EdTech). Mais pourquoi faire ? Bilan a posé la question à l’un des trois co-fondateurs de CoorpAcademy, Jean-Marc Tassetto.

Sur votre site, vous indiquez avoir déjà la clientèle de 40% des entreprises du CAC 40, et votre société est devenue rentable assez rapidement après sa création en 2013. A quel besoin de financement correspond cette nouvelle levée de fonds? 

Avec plus d’un million et demi d’étudiants aujourd’hui, l’EPFL s’est imposée à partir de 2012 comme un pionnier dans l’éducation massive en ligne, les MOOCs. En lançant notre société à Lausanne, nous avons pu bénéficier de cette avance technologique pour développer de l’ordre de 70 cours d’enseignement en ligne pour des entreprises comme TAG Heuer, L’Oréal, Pernod Ricard ou bien encore des organisations comme le CIO ou l’OMS. En particulier, grâce à notre collaboration avec le Centre d’éducation à l’ère digitale (CDE) du Professeur Pierre Dillembourg, notre technologie intègre les dernières innovations pédagogiques telles que gamification ou apprentissage collaboratif sur un mode très flexible compatible avec les besoins des entreprises.  Cela ditm rien n’est acquis et nous devons continuer d’investir pour maintenir cette avance technologique.

Dans quels domaines ?

Vous et moi n’apprenons pas de la même manière. En plus de notre collaboration avec le CDE nous en développons une autre avec le laboratoire de Computer-Human Interaction in Learning and Instruction (CHILI) de l’EPFL. Leurs algorithmes d’intelligence artificielle facilitent l’adaptation de nos cours aux profils de chaque utilisateur. Par exemple, dans un cours sur la gestion de crise ou le management de projet l’expertise d’un senior n’est pas la même que celle d’un junior. Par conséquent, le contenu du cours doit s’adapter. De même, certaines personnes apprennent mieux avec des modules vidéos et d’autres avec l’écrit. L’expérience acquise avec nos près de 400 000 apprenants en plus de celle dérivée du million et demi d’étudiants en ligne de l’EPFL permet à ces programmes d’intelligence artificielle d’identifier très tôt des caractéristiques d’apprentissage afin d’adapter la pédagogie. On est dans la logique du web social avec d’une part l’industrialisation et en même temps l’hyper personnalisation des contenus.

Le web social suppose aussi des interactions entre utilisateurs. Comment les exploitez-vous ?

Le digital redistribue les cartes. Le meilleur élève de notre cours vedette sur la culture digitale (55'000 apprenants) s’est révélé être un manutentionnaire d’un entrepôt à Cognac en France. Nous constatons qu’avec le social learning, 8% à 12% des apprenants atteignent plus vite que les autres un niveau élevé. Cela signifie qu’ils peuvent devenir coachs pour leurs pairs. Nos cours encouragent cet apprentissage communautaire, non seulement parce que c’est plus motivant mais parce que cela permet de partager les meilleures pratiques et d’éliminer les mauvaises.

Vous vous êtes surtout développés sur les marchés suisses et français jusqu’à présent. Prévoyez-vous un déploiement plus large ?

Nous avons déjà une certaine expérience de l’international. Au travers de nos clients, 30% de nos apprenants sont hors d’Europe. En plus de notre siège à Lausanne nous avons un bureau à Paris dans le Silicon Sentier et une petite antenne à New York. Notre plateforme est actuellement traduite en 11 langues. La Suisse va maintenant devenir notre plateforme de développement vers l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, y compris pour nos programmes de coédition.

De quoi s’agit-il ?

Nous avons mis notre plateforme et nos technologies à disposition de partenaires comme aufeminin.com pour un cours sur le leadership des femmes ou de Cap Gemini pour une formation sur l’internet des objets. C’est une nouvelle façon pour eux de valoriser leurs contenus. Nous avons une dizaine de cours comme cela avec un modèle de partage des revenus.

Entre développement technologique, internationalisation et diversification, combien d’embauches prévoyez-vous ?

Nous sommes 44 aujourd’hui. Nous prévoyons de doubler nos effectifs, y compris à Lausanne, dans les 12 à 18 prochains mois.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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