Bilan

6 Technologies suisses pour sauver le monde

L’innovation technologique peut-elle apporter des solutions aux populations les plus défavorisées? De plus en plus d’ingénieurs suisses le pensent

Lors du dernier Forum de Davos, Mirjam Schöninga tenté une expérience particulièrement intéressante. La directrice de la Fondation Schwab a réuni les pionniers de la technologie sélectionnés par l’organisation et les a mis en contact avec certains membres du réseau des 160 entrepreneurs sociaux que soutient cette fondation créée par Klaus Schwab, patron du WEF. Résultat: «La meilleure session à laquelle j’ai jamais assisté, confie Mirjam Schöning. Le rapprochement de l’innovation technologique avec les besoins sociaux va produire un cocktail détonnant.»

Chacun le sait, ces besoins sont énormes. Un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable, 3 milliards d’entre eux doivent se contenter de bois pour toute énergie, 40 millions d’enfants ne peuvent rejoindre une école secondaire chaque année et, chaque minute, la malaria tue deux enfants. Une liste qui n’est de loin pas exhaustive. Dans la foulée du programme «One laptop per child», qui a distribué un million d’ordinateurs aux écoliers pauvres depuis 2005, nombre d’ingénieurs songent que la technologie va apporter des solutions à ces populations défavorisées. A condition de s’inspirer de l’efficacité du secteur privé en constituant des entreprises sociales.

Déjà largement engagé aux Etats-Unis, ce mouvement commence à croître en Suisse. A Genève, l’émulation des méthodes des entreprises high-tech va aboutir cet été à la création d’un incubateur de start-up sociales, «the hub». Connue pour son soutien aux entreprises innovantes, la Commission Technologie et Innovation (CTI) réfléchit à des programmes de coaching pour entrepreneurs sociaux. McKinseys’est engagée à faire de la place dans son concours pour start-up «venture» aux entrepreneurs sociaux. Une compétition nationale est même à l’étude pour l’automne prochain. En attendant, les projets sortent de terre. Patrick Elsaen est un exemple typique. Jusqu’à il y a une année, cet informaticien s’occupait de mettre en place le groupe global de lutte contre la cybercriminalité au Credit Suisse. Ce travail achevé, il s’est lancé dans l’aventure de socential.ch, une plate-forme en ligne qui met en relation les investisseurs philanthropes avec les entrepreneurs sociaux.

Swissinso Des installations solaires pour purifier l'eau sale.

1. Du solaire pour de l’eau potable

Dans la zone industrielle de Denges, on peut apercevoir une étrange installation. Alimentées par une toiture de panneaux solaires, des pompes à osmose inverse filtrent de l’eau sale pour produire jusqu’à 100 000 litres d’eau potable par jour. Cette unité qui tient dans deux containers est le résultat du travail d’intégration de Swissinso. Une solution clé en main, développée sous la direction d’Yves Ducommun, ingénieur EPFL, et de Paul de Belay, qui est destinée à alimenter en eau potable des communautés entières pour moins de six centimes le litre. Là où une grosse usine de dessalination d’eau de mer coûte plus de 100 millions de francs, Swissinso propose son unité décentralisée pour environ 800 000 francs et des coûts opérationnels quasiment nuls grâce au solaire. L’entreprise négocie avec des banques de développement qui assumeront les coûts d’investissement en Afrique ou en Asie.

 

Vortex Des bancomats à empreintes digitales pour les illetrés.

2. Des bancomats pour illettrés

Après avoir cofondé Blue Orchard, un fonds d’investissement dans le microcrédit, Jean-Philippe de Schrevela créé Bamboo Financeà Genève pour appliquer les règles du capital-risque à l’entreprenariat social. Il est en train de réussir l’un de ses investissements les plus profitables avec Vortex. Cette entreprise a développé des bancomats quatre fois moins chers que la concurrence mais aussi capables de scanner les empreintes digitales des clients illettrés du marché indien. Elle a reçu la commande de 545 appareils de la plus grande banque indienne et se développe rapidement sur d’autres marchés émergents.

 

 

 

 

3. Des manuels scolaires sur téléphone mobile

Créée en 2007 avec le soutien du capital-risqueur zurichois spécialiste de l’entreprenariat social Bridgeworks, Blankpage s’apprête à transférer les manuels scolaires dans une base de données. «Les écoliers les téléchargeront sur des téléphones mobiles déjà largement répandus dans les pays en voie de développement», explique son CEO Kuno Jung. Après un essai pilote avec 500 écoliers en Ethiopie, Blankpage vient de passer un accord avec Intelet l’éditeur Cambridge University Press pour un déploiement en Afrique du Sud.

Phytoceuticals Des plantes pour cicatriser des plaies chroniques.

4. Des plantes cicatrisantes

Quant à Phytoceuticals, autre investissement de Bridgeworks, elle met en œuvre la découverte de scientifiques italiens pour cicatriser, à partir d’huiles extraites de margousier (neem) et de millepertuis, les plaies chroniques qui font des ravages dans le tiers-monde faute d’hygiène. Le spray développé par Phytoceuticals fait l’objet actuellement d’un enregistrement aux normes européennes et devrait être commercialisé en fin d’année.

A Genève, enfin, Christophe Broggi, ingénieur mais aussi financier après un passage chez ABBpuis AC Immune, s’inspire des logiciels libres pour fonder Open Lotus. Sur cette plate-forme, les ONG pourront relayer les besoins des plus défavorisés afin que les chercheurs et les entreprises puissent cocréer des solutions techniques adaptées. «Ce mode d’innovation a l’avantage d’éliminer les questions de propriété intellectuelle, de licence et de contrats qui renchérissent les produits ou les services, explique Christophe Broggi. Il permet aussi de diffuser globalement une solution locale pour qu’elles servent ailleurs.»

 

Venture kick s’ouvre au social Le fonds d’amorçage verse 4 millions par an à une centaine de start-up suisses. Exemples. 5. Un financement pour les études Aieducation a créé une passerelle entre donateurs et étudiants talentueux au Kenya, au Bangladesh et aux Philippines pour financer leurs études. Fondée par une économiste et une biochimiste de l’ETHZ, Aieducationa reçu 130 000 francs de Venture Kick. 6. Du matériel en carton KaShuti développe des pupitres d’écolier en carton qui sont ensuite décorés par les enfants. Après un essai en Suisse, l’entreprise espère que sa solution économique séduira les établissements scolaires des quartiers défavorisés.

Recherche

L’ONG orientée R&D Depuis 2003, Genève accueille une organisation non gouvernementale d’un nouveau genre.

DNDi se concentre sur la mise en place de partenariats de recherche et développement pour de nouveaux médicaments contre les maladies tropicales négligées par l’industrie pharmaceutique. Forte de 350 partenariats qui lui donnent accès aux librairies des composés chimiques de grandes entreprises pharmaceutiques commeNovartis ouPfizer,elle a déjà permis la mise au point de deux nouveaux traitements contre la malaria. Et c’est maintenant au tour de la maladie du sommeil d’être combattue grâce à un médicament développé avec l’Institut des maladies tropicales de Bâle. DNDi concentre aussi ses efforts de recherche pour découvrir des médicaments contre la maladie de Chagas qui frappe 8 millions d’enfants en Amérique latine et la leishmaniose qui dévaste l’Inde.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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