Bilan

20 ans et toujours FIT

Depuis son premier prêt accordé à une start-up en 1995, la Fondation pour l’innovation technologique (FIT) a soutenu plus de 120 projets.
  • Grâce au prêt de la FIT, Jean-Christophe Zufferey, CEO de SenseFly, a pu lancer son premier drône.

    Crédits: Olivier Evard
  • Soutenue par la FIT, Abionic développe des outils de diagnostic médical innovants.

    Crédits: Dr

Lorsqu’il évoque la Fondation pour l’innovation technologique (FIT), Nicolas Durand, CEO et cofondateur d’Abionic,  tient un discours reconnaissant: «Entre 2013 et 2014, il nous fallait convaincre les investisseurs que nous allions arriver au produit final. Mais il fallait des fonds pour cela. C’est grâce aux 500 000 francs prêtés par la FIT que nous avons pu poursuivre l’aventure.» Comme lui, ils sont plusieurs dizaines de start-uppers à devoir la survie de leur projet à la FIT.

Retour en 1994: l’économie vaudoise est mal en point. La croissance est en panne et l’entrepreneuriat moribond: désindustrialisation d’ampleur et chômage de masse menacent. Une recette fiscale inattendue vient donner une bulle d’air aux autorités cantonales. Celles-ci décident alors de s’allier avec quelques partenaires privés, dont la BCV, pour soutenir les initiatives issues de la recherche. Avec l’EPFL, l’UNIL, la HEIG, l’EHL et de nombreux autres établissements, le canton dispose en effet d’un terreau plus que favorable à l’émergence d’idées innovantes.

Le premier prêt est accordé l’année suivante. La machine est lancée. Deux décennies plus tard, le succès ne s’est pas démenti. En vingt ans, 150 prêts ont été accordés ainsi que 16 bourses, 127 entreprises ont été soutenues. Grâce aux 22,6 millions de francs de soutien accordés, ce sont plus de 850 emplois directs qui ont été créés.

Parmi les sociétés soutenues par la FIT figurent des fleurons de l’économie romande tels que Nexthink, SenseFly, Sophia Genetics ou CombaGro. Des entreprises dont la croissance ne se dément pas. «Nous affichons un taux de survie de 79% sur l’ensemble des start-up soutenues depuis vingt ans: c’est un taux très élevé et cela représente plus d’une centaine d’entreprises toujours actives au sein de l’écosystème suisse», note Julien Guex, secrétaire général de la FIT.

Pourtant, la FIT ne parie pas sur des projets dont le succès est déjà garanti, mais s’engage assez tôt dans l’aventure des entrepreneurs. «C’est un prêt et pas un don, mais il intervient à un moment où la start-up a besoin d’un coup d’accélérateur pour aller sur le marché avec un produit innovant», insiste Adrienne Corboud, présidente de la FIT et vice-présidente de l’EPFL.

C’est d’ailleurs sur le campus de l’EPFL qu’est née Sophia Genetics, une start-up spécialisée dans le diagnostic affiné grâce au big data des patients. Pour son CEO et fondateur Jurgi Camblong, le soutien de la FIT a été crucial, mais «plus encore que les fonds en eux-mêmes, il y a eu la force du réseau: passer par la FIT permet d’accéder à un véritable écosystème de l’entrepreneuriat romand, avec des partenaires potentiels pour de nombreuses étapes du développement du projet».

Réseau de partenaires, mais aussi réseau de clients. Raphaël Maio, cofondateur de NetGuardians, salue l’état d’esprit insufflé par le processus de sélection des start-up et d’attribution des prêts et bourses: «Grâce à la FIT, nous nous sommes mis dans un mode recherche de clients. Il fallait arriver rapidement sur le marché avec un prototype. Et c’est avec cette démarche que nous avons réussi à convaincre les investisseurs de Polytech Ventures.»

La personnalité compte

L’obtention de l’aide FIT n’est pas anodine. Comme l’évoque Adrienne Corboud, «le comité qui examine et décide des attributions de prêts et bourses se compose de personnes aux parcours et fonctions très divers, ce qui enrichit le débat et aide à bénéficier d’une expertise plus large, plus ouverte, plus globale, tout en étant affinée dans de nombreux domaines».

Ce panel de spécialistes a fait ses preuves et séduit la BCV qui s’appuie largement sur ce canal pour soutenir les start-up. «Il y a là des experts, des gens qui ont développé une expertise et dont l’association au sein d’un comité a fait ses preuves pour détecter les potentiels les plus importants et les idées les plus innovantes», assure Joao-Antonio Brinca, responsable Stratégie et organisation à la BCV.

C’est en s’appuyant sur ce postulat que la Banque cantonale a fait le choix dès le départ de construire le programme FIT avec divers partenaires publics et privés, dont la CVCI, l’EPFL et le canton (vite rejoints par Bobst dès 1995, puis d’autres contributeurs au fil des années). Aujourd’hui encore, l’établissement bancaire est le principal contributeur privé du programme.

Le total des soutiens (17,7 millions de francs) confère à la FIT un rôle-clé dans le démarrage des start-up. Mais elles ne peuvent se reposer uniquement sur cette aide. Si certaines arrivent à s’appuyer sur ce soutien pour décoller, pour d’autres (une sur cinq en moyenne), ça ne suffit pas.

Mais pas question de blâmer ceux qui ne transforment pas l’essai. Car pour Michael Ploog, de Swissquote, partenaire de la FIT depuis plusieurs années, «derrière chaque start-up, il y a des aventures et des parcours humains». Soucieux de ne pas s’arrêter exclusivement au projet présenté par l’entrepreneur, lui se focalise sur ce dernier, cherchant à aller plus loin que le seul dossier présenté pour envisager «l’ensemble de l’apport à l’économie suisse d’un entrepreneur ou d’un groupe d’entrepreneurs, que le projet présenté soit rapidement couronné de succès ou que l’échec éventuel l’encourage à relancer une autre idée».

La personnalité des cofondateurs, c’est ce qui aurait séduit et convaincu le jury de la FIT pour SenseFly, à en croire Jean-Christophe Zufferey, CEO de la start-up vaudoise spécialisée dans les drones: «A l’époque, on avait un business model sensiblement différent de ce qu’il est devenu aujourd’hui et qui nous a valu notre succès. Mais nous avions une équipe forte et une technologie de pointe, avec une ambition affichée de nous développer rapidement à l’international: cela a sans doute joué un rôle dans le choix des experts de la FIT.» Et ces experts ont contribué au décollage de la jeune société. «Nous étions en 2009, on se demandait encore si on allait incorporer la société. Le soutien de la FIT a constitué le premier signe tangible que quelqu’un était prêt à nous prêter de l’argent, à croire en notre projet. Et ça nous a décidés», ajoute Jean-Christophe Zufferey.  

L’offre s’étoffe

Des kick-off de ce genre, la FIT en a connu bien d’autres en deux décennies. Et avec la montée en puissance du dispositif, ces dernières années, le nombre d’aventures entrepreneuriales dopées par l’aide de la fondation pourrait grimper encore. Depuis 2013, la FIT a étoffé son offre. En plus des prêts sans intérêts FIT Seed de 100 000 francs, deux nouvelles propositions ont été mises sur pied: le prêt FIT Early de 300 000 à 500 000 francs destiné aux entreprises en phase de développement commercial, et la bourse FIT Grant de 100 000 francs destinée à financer le salaire d’un chercheur au sein d’une start-up.

«Nous essayons de nous adapter pour mieux répondre aux besoins des entreprises. L’objectif reste toujours de susciter davantage de vocations encore, mais aussi, avec ces nouvelles formes de soutien, d’aider les start-up à être plus visibles aux yeux des venture capitalists», explique Adrienne Corboud.

Vingt ans après la naissance de la fondation, le canton de Vaud a bien remonté la pente. En 2014, 200 millions de francs ont été levés par des start-up vaudoises, ce qui place le canton au premier rang suisse. Et plus d’un tiers de cette somme s’est dirigée vers des jeunes entreprises soutenues par la FIT. 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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