Bilan

2020, l’année de consécration pour le QR code

Aujourd’hui décliné sur mille et un supports, le petit tag carré qui se scanne partout semble enfin se démocratiser en Suisse. Une généralisation qui n’est pas sans risque.

Le QR code revient sur le devant de la scène pour un double usage: les paiements et le traçage.

Crédits: Pexels

Ils sont carrés mais difformes, ils sont blancs mais tâchetés de noir, ils se ressemblent tous mais sont uniques. Discrets mais répandus, les QR codes (ou Quick Response Code) n’ont pourtant jamais réellement trouvé leur public en Suisse. Jusqu’ici quelques fois utilisés pour le marketing, voici que cette année, ils reviennent sur le devant de la scène pour un double usage: les paiements et le traçage.

Simple et pourtant si utile...

Les paiements et le traçage, de nouvelles fonctions qui ont valu au QR code, vieux de trente ans, de recevoir une récompense internationale. Il y a quelques jours de cela, l’Institute of Electrical and Electronics Engineer, basé aux Etats-Unis, a reconnu l’impact mondial de ce procédé en tant qu’outil essentiel de partage d’informations. Il faut dire que dans ce domaine, le QR code présente de nombreux avantages.

«Le QR code est une technologie géniale qui permet de rentrer rapidement et facilement des informations sur un smartphone ou d’interagir avec celui-ci en ouvrant par exemple une page web. Et ce, sans avoir besoin ni d’établir un lien de confiance au préalable, ni de matériel high-tech», souligne Steven Meyer, directeur de la société de cybersécurité ZenData. Des tâches historiquement complexes ou chronophages, comme celles d’entrer un code wifi ou de copier un lien URL, sont dès lors grandement simplifiées.

Mais bien plus qu’un simple outil ou gadget, le QR code a pu démontrer toute son utilité lors de la gestion de la pandémie. «C’est une sorte de booster dans la communication de données qui nous permet de transmettre des informations sans contact physique. Une fonctionnalité très intéressante en temps de crise sanitaire que plusieurs solutions de traçage comme la nôtre ont privilégié», insiste Xavier Cosandey, CEO de la société 2GIK à l’origine de l’application CoGa.

En effet, d’autres plateformes romandes de collectes de données ont misé sur ce type de code. Parmi elles: SocialPass, SafeTracing, Eat’s me ou encore Ok-resto.

Le domaine bancaire, en quête de modernisation, croit lui aussi à présent au potentiel du QR code. Depuis le 30 juin dernier, il est désormais possible de recevoir des QR-factures en lieu et place des bulletins de versements habituels. Une actualisation qui s’est répandue au niveau des distributeurs automatiques du pays, puisque depuis le début du mois, retirer de l’argent à l’aide de QR code fait partie des options. 

Une révolution pourtant basique selon Julian Chan, le porte-parole de SIX Group: «Un clic suffit pour déclencher le paiement. Nous n’avons plus besoin de taper le numéro de compte et de référence, ce qui accélère le processus et réduit les sources d'erreurs.»

...de quoi susciter l’intérêt de la population

Le gain de temps, autrement dit le nerf de la guerre, est justement ce qui explique depuis quelques années l’essor d’un trafic des paiements digitalisés. Une évolution qui, sur douze ans, a fait dégringoler de plus d'un tiers les factures payées aux guichets. Bien au contraire, la cote du QR code atteint aujourd’hui des sommets. Le porte-parole de SIX le confirme: «Remplacer les méthodes de paiement traditionnelles n’était pas l’intention de la QR-facture mais, de par sa compatibilité avec le mobile et ses options d’utilisation, elle s’est imposée.»

En effet, cela a pris du temps, mais le QR code a finalement trouvé sa place dans les habitudes des consommateurs. «Autrefois il fallait télécharger une application pour les lire, à présent ils sont décryptés automatiquement sur Android et iPhone. Plus accessibles, 85% des utilisateurs de smartphone disent avoir déjà utilisé un QR code et 66% estiment que l’expérience était agréable», indique Steven Meyer de chez ZenData. Une adoption de la technologie qui a profité tout particulièrement à TWINT.

Markus Kilb, CEO de TWINT

Ce moyen de paiement sans contact basé sur le QR code, voit ses propres records être dépassés en 2020. Il compte à ce jour plus de trois millions d’utilisateurs en hausse de 80% par rapport à l’année précédente, plus de onze millions de transactions par mois, des chiffres qui ont triplé en un an et près de 15’000 commerçants supplémentaires inscrits depuis ce printemps. 

«Il est désormais avéré que cette nouvelle façon de payer a un effet durable sur le comportement de la population suisse et que TWINT est en passe de devenir le moyen de paiement le plus populaire de Suisse», assure son CEO, Markus Kilb.

Pour Xavier Cosandey, directeur de la société 2GIK, le QR code n’est malgré tout pas encore un premier réflexe: «Je n’ai pas le sentiment que la demande soit omniprésente, ce n’est pas un besoin de première nécessité comme avoir son porte monnaie. Cependant, la première fois qu’un QR code est utilisé, c’est une sorte de découverte, une sensibilisation qui permet rapidement de se rendre compte de ses avantages.» La Fédération romande des consommateurs (FRC), tient quant à elle à rappeler que le virage vers ce type de paiement, contrairement à ce que l’on pense, n’est pas né sous l’impulsion de ses utilisateurs mais bel et bien des émetteurs, les entreprises.

...même si la sécurité laisse à désirer

«Parfois, ces QR codes sont un prétexte pour réduire les informations utiles au consommateur et les masquer derrière cet outil qui en décourage plus d’un», met en garde Robin Eymann, économiste à la FRC. 

Évidemment, comme toute technologie, celle-ci a ses limites. Mikaël Zennaro, CEO de VNV et Eat’s me, l’application de traçage, évoque la question éthique de l’utilisation des données récoltées mais affirme qu’un QR code ne présente pas plus de risques qu’un banal code barres. La QR-facture a, quant à elle, été conçue dans un souci de sécurité et de transparence, d’après le porte-parole de SIX.

Malgré tout, le QR code reste une technologie facilement attaquable. Que ce soit avec une copie collée sur le vrai qui renvoie vers un site malveillant ou un piège pour détourner des datas, personne n’est à l’abri. «Le problème, c’est qu’ils ne sont pas humainement lisibles. Un utilisateur ne peut pas savoir à l’avance quelles actions provoquera le code sur son appareil», témoigne le spécialiste de la cybersécurité, Steven Meyer. D’autant que scanner un QR code est devenu une opération anodine, voire routinière, de ce fait la vigilance envers la source du code se veut de plus en plus relâchée.

Afin d’éviter au maximum de se faire piéger, l’expert a formulé quelques règles de prévention:

  • Ne pas scanner tous les QR codes juste par curiosité. Scanner uniquement ceux pour lesquels l’on attend un résultat spécifique.
  • Avant de scanner, vérifier qu’il n’a pas été remplacé par un autre collé par-dessus. Ceci est d’autant plus important dans des zones publiques.
  • Si le QR code amène vers un site web, prendre le temps d’analyser l’URL pour voir s’il semble sûr.

Cet article a été choisi par les lecteurs lors d'un vote effectué en début de semaine sur notre site. Retrouvez chaque lundi après-midi quatre nouvelles propositions de sujets parmi lesquels vous pourrez désigner celui qui sera traité par la rédaction de Bilan.

Mullerjulieweb
Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

Du même auteur:

Malgré les turbulences, les agences de voyage gardent le cap
Bouche à oreille, le laissé pour compte du marketing

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."