Bilan

10 technos qu’on a aimé (ou pas) au CES 2019

Le Consumer Electronic Show est probablement l’un des meilleurs observatoires des tendances émergentes d’une économie toujours plus influencée par le numérique. Florilège.

  • Créé par deux anciens de BMW, Byton prépare le lancement de son SUV électrique équipé d’un écran tactile géant.

    Crédits: dr
  • Les écrans ultra minces et flexibles de Royole diffusent des images de très haute qualité.

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  • Le bras robotique Dexter est entièrement assemblé à partir de composants imprimés en 3D.

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  • IBM a dévoilé au CES son ordinateur quantique Q System One.

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  • Vice-président des systèmes intégrés et sans fil du CSEM, Alain-Serge Porret montre la caméra sticker Witness rendue autonome grâce à l’énergie solaire.

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  • Le T680 de Kenworth parcourt 450 kilomètres à partir de 60 kilos d’hydrogène en n’émettant rien d’autre que de la vapeur d’eau.

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  • Les télévisions The Frame de Samsung diffusent les œuvres des grands musées en mode veille.

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  • Les navettes autonomes comme celle de Bosch pourraient représenter un tiers des déplacements urbains en 2030.

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  • Avec des centaines d’hommes et de femmes en blanc portant un bonnet « Hey Google » l’intelligence artificielle associée à la reconnaissance vocale était omniprésente au CES.

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  • Le fabricant américain d’hélicoptères Bell a dévoilé au CES le concept de taxi volant Nexus qu'il développe pour Uber

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Le Consumer Electronic Show (CES) qui vient s’achever à Las Vegas n’est plus seulement le salon des nouvelles télévisions ou de la prochaine génération de smartphones. Parce que le numérique infuse tous les secteurs, de la santé au transport en passant par le sport ou les cosmétiques, le plus grand salon uniquement professionnel du monde (180 000 visiteurs, 4500 exposants) n’attire pas que les distributeurs d’électronique venu faire leur marché.

Une foule de dirigeants exécutifs de banques, de multinationales et autres grosses PME s’y pressent. Pas pour y écouter les grands discours mais pour y prendre la mesure concrète du monde qui vient. C’est qu’au-delà des tendances évidentes - omniprésence de l’intelligence artificielle et de la  reconnaissance vocale mise à toutes les sauces, par exemple – le CES permet d’identifier les opportunités, les obstacles et les défis rencontrés par chaque nouvelle technologie.

Derrière les derniers gadgets connectés dont le succès reste à démontrer – souvenons-nous de la télévision 3D – Bilan s’est ainsi employé à dénicher une dizaine de technologies qui, par-delà les effets d’annonce ou  leur design flashy - disent quelque chose de concret sur le futur de l’économie.

Le salon roulant de Byton

Le CES est le plus grand salon de la voiture électrique du monde. Toute la halle nord et le parking du centre de convention de Las Vegas  sont occupés par des entreprises de transport comme Mercedes, Ford ou BMW. Et c’est là que viennent faire leurs annonces les « baby Tesla », soient 300 concurrents rien qu’en Chine du constructeur de voitures électriques américains.

Parmi ceux-là, Byton se distingue clairement. Créé par deux anciens de  BMW, Carsten Breitfeld et Daniel Kirchert, entre la Silicon Valley et la Chine, Byton prépare le lancement de son SUV électrique (520 km d’autonomie) et ultra high-tech pour la fin 2019. L’entreprise a dévoilé la version définitive de cette M-Byte, au CES.

Avec son immense écran incurvé (plus de 1,20 mètres) courant sur toute la largeur du pare-brise pour servir à la fois de tableau de bord, de GPS et de smartphone, la M-Byte fait plus fort que le Model S de Tesla, dont l’écran tactile géant avait contribué au succès. Outre deux autres écrans tactiles s’ajoutant à celui développé par l’équipementier Faurecia, la M-Byte a recours à une avalanche de technologies: reconnaissance faciale à l'intérieur comme à l'extérieur, commandes vocales et gestuelles, autonomie de niveau 3 (le conducteur peut déléguer la conduite en restant capable de reprendre le contrôle)…

Avec une levée de fonds de 850 millions de dollars qui a permis la construction d’une usine à Nankin pour produire 300 000 voitures d’ici 2020 et des partenariats avec Bosch, Baidu et Amazon, la M-Byte et son prix de base de 45 000 dollars est un bon candidat pour concurrencer Tesla. Sa vision d’une voiture devenu quasiment salon roulant est de plus en plus partagée par des constructeurs comme Hyundai. Reste que la quasi faillite de Faraday, star du CES il y a deux ans, invite à la prudence.

Les écrans flexibles de Royole

En novembre dernier, le fabricant chinois Royole défrayait la chronique high-tech avec le lancement de son FlexPai, un smartphone de 7,8 pouces dont l’écran Oled se plie. Ce n’est toutefois pas seulement en damant le pion à Samsung qui développe un smartphone à écran pliable Infinity Flex Display que Royole se hisse parmi les grands. Au CES, son stand montrait diverses applications de ses écrans qui en dépit d’être ultra mince et flexible diffuse des images de très haute qualité.  Si les T-shirts nous ont paru peu convaincants, une application pour sac à main ouvrait des perspectives dans le luxe.

La robotique open source d’Haddington Dynamics

Au CES, Haddington Dynamics fait figure de régional de l’étape. La start-up est établie dans la banlieue de Vegas. Le bras robotique qu’elle a développé n’en est pas moins révolutionnaire. Certes, il n’est de loin pas le seul de cette catégorie. Mais il incarne tout le concept d’industrie 4.0.

Baptisé Dexter, ce bras robotique est en effet entièrement assemblé à partir de composants imprimés en 3D. Ses plans  sont accessibles en open source. Son coût de revient se situe ainsi sous les 10 000 dollars. Il est donc 10 fois meilleur marché que ses concurrents tout en étant capable d’atteindre une précision sous les 30 microns. Qui plus est sa mesure de retour de force rend l’utilisateur capable d’associer des Dexter pour descendre en précision. Un dessin réalisé sur une feuille en guidant un premier Dexter est ainsi reproduit par un deuxième bras mais sur un grain de riz cette fois. 

L’ordinateur quantique d’IBM

Pour l’heure ce que l’on décrit comme la prochaine révolution informatique ressemble à une usine à gaz miniaturisée. IBM a dévoilé au CES son Q System One, un système intégré pour l'informatique quantique pour les scientifiques et les entreprises. L’entreprise a précisé qu’elle ouvrirait un Q Quantum Computation Center près de  New York.

En substance un ordinateur classique exploite le comportement des électrons et leur état binaire (0 ou 1) représenté par des niveaux de haute ou de basse tension dans un transistor. Dans un ordinateur quantique, l’unité de base (le bit) est remplacé par le qubit obtenu en bombardant les atomes de champs électriques perpendiculaire pour obtenir une multiplicité d’état par électrons, autrement dit une beaucoup plus grande concentration d’informations.

Grâce à des capacités de calcul quasi sans limite, l’informatique quantique promet de dépasser la loi de Moore (le doublement de la puissance de calculs des processeurs tous les deux ans) qui atteint sa limite avec les transistors classiques.

Il y a cependant des obstacles. Très sensibles, les qubits doivent être refroidis et isolés des interférences, raison pour laquelle le Q System One est noyé dans du verre. En outre, pour développer des applications sur cet ordinateur, IBM envisage une architecture dans le cloud ou «as a service ». Un choix qui va contre une autre tendance émergente apparue au CES : celle à embarquer la puissance de calcul pour se passer du cloud, entre autres, afin d’éviter que les données ne soient consolidées sur les serveurs d’une poignée de sociétés américaines et chinoises du big data.

La camera sticker du CSEM

La tendance à faire descendre plus d’intelligence dans les objets connectés, afin d’éviter le partage de données privées ou sensibles sur les serveurs plus ou moins protégés du cloud est clairement une vague que surfe le Centre Suisse d’Electronique et de Microtechnique (CSEM). Présente avec son propre stand depuis 5 ans, l’institution neuchâteloise est bien placée dans ce domaine avec son savoir-faire dans les puces basses tension économes en électricité et dans les capteurs optiques.

Sur le stand du CSEM, Alain-Serge Porret, vice-président des systèmes intégrés et sans fil, en voulait pour preuve la caméra sticker développée par l’institution. Alimentée par l’énergie solaire, cette caméra se colle ou s’aimante sur une surface. Elle envoie ses images sans fil.

Baptisée Witness, cette caméra autonome utilisable à l’intérieur comme à l’extérieur est équipée d’un logiciel qui déclenche l’enregistrement lorsqu’une activité est détectée. «C’est beaucoup moins invasif que les systèmes actuels de vidéo-surveillance », explique Alain-Serge Porret. L’information étant traitée localement, on évite l’empiètement sur la vie privée avec des alarmes qui n’envoie que l’information utile, la chute d’une personne âgée par exemple.

Le camion à hydrogène de Kenworth

Le bureau des ressources de l’air de Californie a lancé un programme de 41 millions de dollars afin que les 16 000 camions qui desservent les ports de Long Beach et de Los Angeles, n’émettent plus de CO2 à l’horizon 2035. Associé à Toyota, le constructeur américain de camions Kenworth a développé une version équipé de pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène pour répondre à cet appel d’offre. Dix modèles de ce T680 ont déjà été produits. Ils peuvent parcourir 450 kilomètres à partir de 60 kilos d’hydrogène en n’émettant rien d’autre que de la vapeur d’eau.

Si l’utilisation de l’hydrogène qu’il faut comprimer reste difficile dans les voitures, la conversion des camions à cette énergie fait sens vu la place disponible pour les réservoirs. Moins lourds que leurs concurrents à batterie comme le Tesla Semi, les camions à hydrogène intéressent de plus en plus les transporteurs de fret.

En partenariat avec le spécialiste suisse des électrolyseurs H2 Energy, Hyundai Motor a d’ailleurs  annoncé récemment la livraison de 1000 exemplaires de son camion à hydrogène en Suisse au cours des cinq prochaines années. L’américain Nikola Motor s’apprête à dévoiler une version de 1000 km d’autonomie de son camion à hydrogène. Alors que le fret représente 40 % des émissions mondiales (un tiers pour le transport maritime et le reste pour le trafic routier) l’hydrogène est une alternative de plus en plus sérieuse.

La TV «arttech » de Samsung

Présentées l’an dernier, les télévisions The Frame de Samsung sont passées cette année à la technologie QLED (Quantum Dot) permettant d'améliorer le rendu des couleurs avec un contraste et des noirs plus profonds. La multiplication des collaborations de Samsung avec des grands musées comme le Prado, le musée Van Gogh d’Amsterdam le Palais Albertina à Vienne ou la Tate Gallery et des collectionneurs comme Saatchi Art a enrichi son magasin d’œuvres sur abonnement (5 dollars par mois). Elles s’affichent dans ce cadre original lorsque la télévision bascule en mode veille.

La smart city selon Bosch

Les navettes autonomes étaient omniprésentes au CES. Aux acteurs traditionnels comme le français Navya s’ajoutent désormais de nouveaux entrants comme Panasonic, Renault ou encore Mercedes. On trouvait le concept le plus abouti sur l’immense stand de l’équipementier Bosch.

Le groupe allemand y présentait une navette autonome pour quatre personnes. Equipée du Wi-Fi et dotée d'un assistant vocal offrant un service de conciergerie, cette navette se réservera et se paiera depuis une application sur smartphone. Cerise sur le gâteau, son intelligence artificielle avertit si un sac a été oublié ou un objet égaré.

Moins chers que les taxis et aussi compétitifs que le bus ou le vélo, les navettes autonomes semblent promises à un bel avenir. Le cabinet Roland Berger estime qu’en 2020, un million de navettes autonomes à la demande seront en circulation aussi bien en Europe, qu'aux États-Unis et en Chine. Ce nouveau mode de transport pourrait représenter un tiers des déplacements urbains en 2030.

Une interface vocale en marque blanche

Avec des centaines d’hommes et de femmes en blanc portant un bonnet « Hey Google » l’intelligence artificielle associée à la reconnaissance vocale était omniprésente au CES. Amazon avait aussi son propre espace pour Alexa.

Face à cette débauche de marketing, une petite start-up française offre une alternative intéressante. Snips a développé une IA de reconnaissance vocale pouvant être intégrée en marque blanche dans n’importe quel objet connecté. En discussion avec 300 entreprises et avec 40 projet pilotes, cette technologie séduit parce qu’elle préserve la confidentialité des données captées par ces assistants vocaux qui écoutent en permanence. Alors qu’Alexa et Hey Google  traitent les données vocales dans leurs clouds, la technologie de Snips ne nécessite pas de stockage.

Le taxi volant d’Uber

Le fabricant américain d’hélicoptères Bell a dévoilé au CES le concept de taxi volant Nexus qu'il développe pour Uber. Muni de six rotors inclinables, il utilisera une propulsion hybride électrique développée par le français Safran pour accueillir cinq passagers.

Le CES est devenu l’évènement de prédilection pour dévoiler les concepts de taxis volants. En 2017, Airbus y montrait son concept Pop.Up. Cette année, Bell suit. L’entreprise n’a cependant encore présenté qu’un « concept design », autrement dit une maquette. Le premier vol d’essai est annoncé pour 2020.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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