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Opinion

Urbanisme
Les associations du patrimoine ont leur candidat au Conseil d’Etat

Groupe de personnes discutant autour d’une table dans un café avec des ordinateurs portables et des boissons.

Sur l’affiche, l’homme reste tout petit. Surtout par rapport aux quatre réformateurs, bien raides sur un Mur qui n’apparaît pour une fois pas peinturluré de rouge. Normal pour l’intéressé. «L’important, c’est Genève. A 67 ans, je n’ai pas de carrière à commencer.» Rémi Baudouï joue ainsi la carte de la modestie dans un monde de politiciens où l’on aurait plutôt la grosse tête. La tâche qu’il se propose d’accomplir tient pourtant des douze travaux d’Hercule réunis en un seul: «Réformons Genève.» Notez que son autre slogan semble moins exigeant: «Genève peut faire mieux.» Cela au moins, personne n’en doute. Il suffit de voir les travaux mal programmés bouchonnant la cité entière. Mais au moins ces derniers auront-ils une fin. Ceux qui se mijotent dans l’ombre pour faire surgir de nouveaux quartiers en forme de clapiers pourraient, eux, porter des atteintes définitives au sol cantonal comme au «skyline» de la ville. «Depuis Vésenaz, on ne voit déjà plus la cathédrale Saint-Pierre que coincée entre deux tours en construction. Elles ne sont pourtant de loin pas les plus hautes prévues pour le développement du PAV (1).»

Un demi-mandat à conquérir

Je sens qu’il va falloir m’expliquer, alors que l’on va voter le 28 septembre (2) pour choisir un nouveau conseiller d’Etat. Comme vous le savez, à condition bien sûr de s’intéresser un tant soit peu à la politique locale, les Genevois voteront alors afin d’élire un nouveau conseiller d’État. Antonio Hodgers jette l’éponge après deux mandats et demi. Dire que l’homme a été contesté en sa qualité de responsable du Territoire tient de la litote. Il faut dire que, sous ses aspects de gendre idéal, l’élu avait manifesté un sens très personnel de la démocratie. D’aucuns l’ont ainsi accusé de tout verrouiller et de vouloir museler tout le monde. En particulier quand il était question de travaux publics résultant de plans d’aménagement jugés dépassés depuis bien longtemps. «Il ne s’est jamais montré ouvert à la discussion», explique ainsi Leila El-Wakil que l’on retrouve derrière Contre l’enlaidissement de Genève. «Les associations se voyaient promenées de rendez-vous en rendez-vous, finalement annulés l’un après l’autre. Les concertations avec les habitants de quartier tenaient du simulacre. Elles n’aboutissaient du coup bien sûr à rien.»

Vue d’un quartier moderne avec des immeubles colorés et un espace vert longeant un cours d’eau.

On voit à quoi cette mise à distance est en train d’aboutir. S’élèveront bientôt de nouveaux gratte-ciel au PAV. Des dizaines d’autres sont prévus à leurs côtés. «Il serait temps de faire une pause et de réfléchir sur le développement exponentiel du Canton. Celui-ci nous est présenté comme inévitable, alors qu’il est voulu par le Conseil d’État», affirme Leila El-Wakil. Mais encore… «Il y a chez nos élus un désir fou que Genève joue dans la cour des grands. Or pour eux, tout reste quantitatif. La seule notion importante à leurs yeux est le nombre d’habitants et l’abondance des entreprises internationales venant s’installer chez nous.» D’où une fuite en avant qui amène à la création de quartiers à la qualité de vie très faible. «Pensez à ce qui se passe aux Vernets!» «On prévoit au PAV environ 25 000 personnes», poursuite Rémi Baudouï, professeur d’urbanisme à Grenoble et ancien directeur de l’Institut d’architecture de Genève, aujourd’hui disparu. «C’est davantage que n’en abrite à l’heure actuelle la commune de Carouge.» Le tout selon une conception dépassée et élitaire. «Il y aura ainsi quantité de bureaux à louer, alors que ceux du centre-ville ne trouvent déjà pas preneurs.» Juste avant son départ, Antonio Hodgers a sorti de sa manche une maquette du site comme le prestidigitateur un lapin de son chapeau magique. «Ni les reliefs, ni les matériaux, ni la silhouette générale de la ville y apparaissent». Quant à la Drize, mince ruisseau tari en été, elle ressemble à une rivière. C’est tout juste si les néohabitants ne pourront pas piquer une tête dedans!

Des réussites dans le passé

Contre cet état de fait, contre ce fait du prince (et Rémi Baudouï de multiplier les exemples dans les communes avec les mêmes problèmes de densification extrême), deux tentatives de parade existent. Elles ont été conçues avec le ferme soutien de presque toutes les associations d’habitants et des groupements s’occupant du patrimoine naturel et construit (3). La première était bien sûr de promouvoir un candidat au poste d’Antonio Hodgers. Il ne ferait pas partie du sérail politique, où l’on ménage toujours la chèvre et le chou. La seconde décision visait à lancer une initiative. Une de plus, me direz-vous. Mais jusqu’ici, du MAH (ou Musée d’art et d’histoire) à la passerelle du Mont-Blanc et passant par la Cité de la musique, elles ont plutôt bien réussi aux opposants. Ils ont triomphé. Le texte demande expressément «de maintenir les hauteurs usuelles de la ville, plus un projet redimensionné tenant compte du bien-être des habitants, de la beauté de Genève et des impératifs écologiques.» Importants ces derniers, dont Antonio Hodgers, pourtant écologiste officiellement lui-même, a peu tenu compte! Un manque flagrant qui l’a fait baptiser «le bétonneur vert» par ses adversaires au-delà de toutes contingences politiques.

Un homme portant des lunettes et une veste bleue se tient devant une vue nocturne éclairée d’une ville.

Mais qu’espèrent en réalité le candidat au Conseil d’État et les initiateurs solidaires derrière la pétition? Réaliste, le premier ne compte guère l’emporter. Il n’aimerait pas finir dernier, mais il ne faut jamais oublier qu’à Genève, seuls les électeurs motivés votent régulièrement. Autant dire qu’ils exercent le pouvoir. «L’important me semble qu’il y ait enfin un débat. Que des choses soient dites. Qu’il s’amorce une réflexion sur un objet en valant vraiment la peine. Il ne s’agit ni plus ni moins que de notre futur cadre de vie.» Le scrutin devient dans ces conditions un tremplin. Un porte-voix. Une caisse de résonance. La pétition, elle, me semble plus concrète, même les Genevois ont déjà voté sur le PAV en mars 2024. Je m’en étais du reste fait l’écho. Il y avait alors eu à mon avis un peu tromperie sur la marchandise. Il faudrait pouvoir corriger le tir, tout n’étant pas à jeter dans un projet qui a simplement pris des kilos et des rides avec les ans. «Il conviendrait surtout d’arrêter la promotion de ce projet comme s’il s’agissait de l’indispensable produit de luxe à l’américaine dont Genève aurait un besoin impératif», conclut Leila El-Wakil. «Quand la conseillère d’État Nathalie Fontanet affirme dans un récent discours que le PAV forme notre patrimoine architectural de demain, je lui réponds non.»

Femme souriante avec des cheveux bouclés, posant devant des photos encadrées sur un mur, tenant des objets cylindriques.

(1) Praille-Acacias-Vernets, pour ceux qui me liraient ailleurs qu’à Genève. Un immense terrain aujourd’hui plutôt industriel.

(2) Il y aura un second tour, ce qui laissera une place supplémentaire au débat.

(3) Manque Patrimoine Suisse Genève en tant que corps constitué, certains membres ayant annoncé leur ralliement individuel.

Ma «newsletter» hebdomadaire du vendredi semble avoir disparu. Pour suivre cette chronique, le plus simple reste de taper sur Google Bilan Etienne Dumont.

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