Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ZURICH/Une vente le 18 septembre pour les 50 ans de Christie's en Suisse

Crédits: Tages Anzeiger 2010/Pas de crédit photographique cité

Un demi-siècle, ça se fête. Christie's organise pour le 18 septembre sa vente du cinquantenaire en Suisse (1). Elle aura lieu comme de juste à Zurich. C'est pourtant à Genève que la multinationale avait commencé par s'implanter. Aujourd'hui installée à la Taconnerie, elle avait organisé ici sa première vacation le 7 juin 1968. Juste après ce mai qui n'a alors pas eu lieu en Suisse. Cela dit, je vous signale que l'Hôtel Drouot avait poursuivi à Paris ses activités pendant les événements, comme si de rien n'était. 

Les enchères ont longtemps eu lieu à Genève. Christie's y proposait alors dans les grands hôtels de la rive gauche aussi bien de l'argenterie que d'autres arts décoratifs: verre, céramique ou miniatures. Je ne me souviens pas de catalogues de tableaux importants. L'antenne genevoise d'une maison qui n'avait alors pas le droit de procéder à des ventes en France (elle utilisait pour ce faire Monaco) était menée par Hans Nadelhoffer. Un homme qui avait du charisme. Nadelhoffer restera en place jusqu'à sa mort prématurée en 1988. Spécialisé en bijoux, il avait notamment écrit le livre de référence sur Cartier.

Zurich avale presque tout 

En 1978, Christie's créait une seconde succursale à Zurich. Comme pour bien des choses, celle-ci l'a rapidement emporté sur Genève. Notre ville restait cependant la place forte des bijoux et des gros cailloux, ce qu'elle demeure d'ailleurs encore en 2018. Il n'y a pas de saison sans qu'un diamant, de préférence rose ou jaune, «fasse» une pluie de millions. La journée historique n'en reste pas moins celle de 1987 où Christie's Genève a dispersé à des prix insensés les joyaux d'une duchesse de Windsor encore mythique à l'époque. Autrement, la maison aujourd'hui dirigée par Evelyne de Proyart sert avant tout d'aspirateur à marchandise. Une marchandise qui se verra vendue en cas de bonne pêche ailleurs. En général Londres.

En 1991, Christie's Zurich proposait sa première vente d'art suisse. Dans ce domaine, il était alors clair (Internet a changé la donne) que les meilleurs prix seraient obtenus de la part de clients alémaniques. Un bon calcul. En quelques années, avec la concurrence acharnée que se faisaient des amateurs plus que fortunés, les mises pour Hodler, Cuno Amiet ou Giovanni Giacometti se sont envolées. Elles ont atteint jusqu'à une dizaine de millions pour un beau paysage de Ferdinand Hodler... chez Sotheby's en 2015. Il était clair que la sœur ennemie allait entrer dans le jeu.

La collection du restaurateur 

C'est donc une vente suisse qui se verra organisée le 18 septembre par Christie's. Elle comprendra 133 lots. Trente-neuf d'entre eux proviendront de Fred Tschanz, un «roi de la restauration» zurichois mort à 83 ans en 2012. L'homme avait notamment acquis en 1972 l'historique Café Odéon (ou du moins la moitié n'ayant pas été transformée il y a bien longtemps en pharmacie). Tschanz collectionnait précisément la peinture suisse du XXe siècle. Des acquisitions effectuées dans les années 1970 et 1980. Notons pour la petite histoire, ou en l'occurrence la bonne bouche, que Christie' avait déjà proposé son Livre d'Or en 2017. 

Au menu, il y aura les habituels convives. Hodler, Vallotton, Varlin. Notons que la vacation comprendra aussi ce qui restait de la succession de Bruno Giacometti, le frère cadet d'Alberto, qui a presque tout laissé à la fondation conservée au Kunsthaus. Elle débutera par une série de pièces de Suisses actuels, de Markus Raetz à Luciano Castelli en passant par Remy Zaugg ou Not Vital. J'ai noté que les estimations se voulaient incitatives. Pas de folies! Le but est que tout se vende, et si possible à bon prix. Or les ventes suisses gardent ceci de particulier que les clients sont dans la salle, et non pas au téléphone ou à l'ordinateur. La compétition y demeure donc plus immédiate.

(1) Visites préalables les 14, 15, 16 et 17 septembre.

Photo (Tages Anzeiger/Sans nom d'auteur/Datée 2010): Fred Tschanz dont une collection de 39 œuvres se verra dispersée le 18 septembre à Zurich.

Texte intercalaire.

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