Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ZURICH/Les expositions fleurissent face au chantier du Kunsthaus

Crédits: Site du musée

«Une fois la préparation achevée, les travaux d'excavation commenceront.» Difficile de se montrer plus laconique, après l'annonce du début de travaux, enfin permis par un jugement favorable du tribunal (après un dernier recours). Au Kunsthaus de Zurich, on n'est pas du genre à envoyer un communiqué de presse à chaque pet de travers. Le site de l'institution reste donc à la page du 3 août 2015, au chapitre du gigantesque «agrandissement». 

Vu de l'étage du musée actuel le 10 janvier, le chantier a pourtant bien avancé depuis l'été dernier. Plus d'arbres. Disparues les deux halles du XIXe siècle. Après avoir été désamiantés, ces jolis bâtiments (mais on ne va tout de même pas les pleurer ici) ont été abattus fin 2015. Il y a à leur place une énorme grue. Quant au trou, il semble déjà largement entamé. En un mot, ou plutôt en une phrase, les choses avancent.

Tomi Ungerer artistique 

Construit en quatre phases des années 1900 aux «seventies», l'édifice actuel n'en continue pas moins de proposer son programme. Il est de tous ordres. Outre la grande exposition Miró (qui se termine le dimanche 24 janvier), il y a Tomi Ungerer au rez-de-chaussée. Tout le monde est supposé aimer l'homme, aujourd'hui âgé de 84 ans. Certains attribuent au dessinateur «le trait le plus acéré de la Planète». Il peut provoquer sans vraiment choquer. Le Français a travaillé pour de nombreux journaux et magazines aux Etats-Unis. Il n'est donc pas issu de «L'Echo ni des Savanes», ni a fortiori de «Charlie Hebdo». 

De taille moyenne, l'exposition, prévue jusqu'au 7 février, tient du cocktail. Toutes les époques se voient représentées depuis les années 1950. Il y a là quelques objets. Des travaux pour la presse. L'accent se voit cependant mis sur son «œuvre artistique». Comprenez par là qu'il se trouve aux murs des assemblages et des collages, parfois très récents. Ils poursuivent une tradition bien entamée dans la première partie du XXe siècle. On pense à l'Allemand John Heartfield, à George Grosz ou à Max Ernst (tiens, que des Germaniques!) plus qu'aux effets de style des cubistes Braque et Picasso.

Rebecca Horn remise en vedette 

Intitulé «INCOGNITO» (tout en majuscules), l'ensemble restait pratiquement inédit. Sa compréhension se voit aidée par un long film, bien fait, où le Strasbourgeois parle de lui-même. Son adolescence dans une province annexée par l'Allemagne hitlérienne lui ayant interdit de parler sa langue. Ses débuts aux Etats-Unis, dans une Amérique de tous les possibles, où il suffisait de téléphoner à un éditeur pour décrocher un rendez-vous. De temps passés, donc, qui l'ont amené à devenir ce qu'il est aujourd'hui. Une gloire non pas nationale, mais internationale. 

Le Kunsthaus ne vit pas que d'expositions de prestige, la prochaine étant, à partir du 5 février, «Dadaglobe» afin de marquer les 100 ans du Cabaret Voltaire à Zurich, et donc du dadaïsme. Ici, tout bouge, même si le roulement pourrait encore se voir accru. C'est l'occasion pour le visiteur de contempler une grande installation de Rebecca Horn, remontant à 2006, dans la pièce du rez-de-chaussée entourée par les espaces de la Fondation Giacometti. Une acquisition des Kunstfreude de l'institution, toujours très actifs. C'est aussi la possibilité de découvrir, dans la Fondation elle-même, des pièces peu vues des collections, présentées en contre-points du sculpteur grison. Il y là un Bacon, un Picasso, un magnifique Tanguy, un Juan Gris ou une imposante statue de Jacques Lipchitz.

Autoportraits en pagaille 

Sortir des œuvres des caves constitue ici une mission, quand elles le méritent. Chaque fin d'année, le Kunsthaus propose un «Bilderwahl». Il y a un thème. Fin 2015-début 2016, c'est l'autoportrait. Il s'en trouve une flopée aux cimaises du premier étage, allant du XVIIIe siècle à nos jour. Picasso, Urs Lüthi, Hans Richter se retrouvent en compagnie de gens peu connus, voire oubliés. Qui se souvient d'Ottilie Roederstein (1859-1937) ou d'Arthur Riedl (1888-1953)? L'image qu'ils donnent ici d'eux-mêmes se révèle pourtant intéressante. Notez que «Bilderwahl», visible jusqu'au 28 février, aura un gagnant, choisi par le public. Une manière intelligente de faire participer celui-ci. Deux candidats semblent favorisés. Ferdinand Hodler et Lovis Corinth participent avec deux autoportraits chacun. 

Est-ce tout? Non. Il pointe aussi quelques nouveautés. En 2015, le Kunsthaus a reçu un spectaculaire «Saint Georges» en bronze de Carl Burhardt. Il renforce la partie classique du fonds de sculptures. Le musée a aussi acheté, chez Sotheby's Zurich, un magnifique Augusto Giacometti symboliste, histoire d'enrichir l'ensemble dédié à un lointain cousin de Giovanni et Alberto. La chose s'intitule «Contemplazione». Un accrochage tournant autour de l'année 1937 a également permis de pratiquer des exhumations. La chose tourne autour d'un important Paul Klee, acquis dès 1941. Il y a notamment là un grand Alexandre Calder, qu'on n'a pas vu très souvent. Le public comprend ainsi la nécessité d'une annexe.

Pratique

Kunsthaus, 1, Heimplatz, Zurich. Tél. 044 253 84 97, site www.kunsthaus.ch Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 10h à 18h, les mercredis et jeudis jusqu'à 20h. Photo: Les travaux en cours. Il subsistait une des deux halles, au moment où l'instantané a été pris.

Prochaine chronique le dimanche24 janvier. Parmigianino (1503-1540) au Louvre.

 

 

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