Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ZURICH/Ernest Neto tend son filet dans la gare. Attention spiritualité!

Crédits: Keystone

La Fondation Beyeler est tombée dans le filet. Elle propose dans cette immense halle presque vide qu'est aujourd'hui la gare de Zurich la dernière création tressée d'Ernesto Neto. Le procédé du Brésilien, né en 1964, est désormais bien au point. Il suspend au plafond des œuvres textiles avec, au bout, des poids parfois formés d'épices odorantes. Il y a bien sûr un message. L'homme est du côté de tribus amazoniennes, qui ont il est vrai bien besoin de défenseurs et de publicité. L'Amérique du Sud tient toujours du Far West. Elle l'a juste transformé en un nouveau Deep South. 

L'an dernier, Neto faisait un carton à la Biennale de Venise, où il avait déjà animé son pavillon national avec Vik Muniz en 2001. Un immense filet tombait du toit de la Corderie de l'Arsenal. Le public pouvait pénétrer par terre pieds nus dans cette tente, proposée comme un espace de repos et de réflexion dans un lieu magique. Il n'en va évidemment pas de même à Zurich, même si le Hauptbahnof reste un beau bâtiment du XIXe siècle, où lévite déjà en temps normal une «Nana» de Niki de Saint Phalle. Il y a trop de monde. Trop de bruit. Trop de parasitages. Le matériau de «Gaïa Mother» (notre mère la Terre) se révèle en plus assez peu séduisant. On dirait du macramé de grand'mère, en bien plus grand évidemment. Du moins dans les parties visibles. L'éclairage diffusé par les hautes fenêtres tue en effet l’œuvre. Essayez si possible de découvrir la chose la nuit.

Partie musicale 

Le plus gênant reste cependant le «buzz» autour de l'événement. Les Indiens se sont quelque part perdus en route, et il semble permis de le regretter. Fortement amplifiée, la partie auditive participe (je cite) de la «Worldmusic spirituelle». Il y a de tout, y compris du yodel. Autant dire que le passant se voit invité à piocher dans ce grand bazar intellectuel à la mode qui irait (je schématise) du New Age à Matthieu Ricard en passant par les soufis et les chamanes. Nous sommes ici à la Migros de l'âme. C'est dommage pour Neto, qui s'en remettra pourtant vite avec une de ces belles, vraies installations dont il garde le secret. Une des plus spectaculaires avait été proposée à l'automne 2006 au Panthéon, qui allait encore mettre un certain temps avant d'accueillir Simone Veil. Vous voyez que je suis parfois l'actualité!

Pratique 

«Gaïa Mother», Hauptbahnhof (gare de) Zurich, jusqu'au 29 juillet.

Photo (Keystone): Le filet tendu dans le gare de Zurich photographié de jour sous le bon angle.

Texte intercalaire.

 

 

 

 

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