<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Zombies et vampires

Sur cette terre, il semble dorénavant bien difficile de différencier les personnalités au pouvoir. Auparavant, il y avait des grilles de lecture basiques pour départager les styles des dirigeants. Il y avait des politiciens de droite ou d’autres de gauche et de là en découlait une certaine manière d’exercer son leadership. Tout s’est ensuite juxtaposé et complexifié au point qu’il devient aujourd’hui difficile de trouver une ligne de démarcation qui place définitivement d’un côté ou de l’autre les décideurs. Pour simplifier les choses, je propose une nouvelle distinction: soit les dirigeants agissent en zombie, soit en vampire. Et il ne faut voir aucun jugement de valeur dans les deux cas. Il s’agit juste de deux manières d’envisager l’action.

Dans le premier cas, vous faites confiance à la meute et même si celle-ci avance lentement, elle poursuit inéluctablement son objectif et obtient des résultats à force d’une volonté sans faille qui opère comme des œillères. Rien de sexy chez le zombie, mais il arrive à ses fins. C’est Christoph Blocher et ses hommes de main qui, en début d’année, encerclent le vampire Philipp Hildebrand pour n’en faire qu’une bouchée. Ce dernier apparaît comme le prototype de la seconde catégorie: solitaire jusqu’au confinement, il préfère les coups tonitruants (le plafond du franc contre l’euro à 1,20 franc: du pur vampire) aux actions de groupe. Son but, convertir de nouveaux membres un par un avec un baiser de pouvoir irrésistible. Le vampire disparaît ensuite et laisse ses nouveaux apôtres porter la bonne parole. Dans le business, Daniel Vasella (Novartis), Oswald Grübel (UBS, Credit Suisse) et Jean-Claude Biver (Hublot) sont de la catégorie des charmeurs magnétiques. Nick Hayek (Swatch Group), Brady Dougan (Credit Suisse) et Carsten Schloter (Swisscom) comptent, eux, sur l’effet de masse.

Pourquoi je vous dis tout ça? Car tout l’été, une question m’a taraudé et c’est de là que vient ma tentative de nouvelle classification des dirigeants. Vu le manque de visibilité de son action, Eveline Widmer-Schlumpf compte-t-elle parmi les zombies ou les vampires? Soit elle compte sur une masse de gens (mais qui?) pour faire avancer les négociations avec les Américains, les Allemands, les Français, etc. et faire en sorte que la Suisse s’en sorte sur le front fiscal. Soit elle symbolise le vampire génial qui a une idée d’avance que nous n’avons pas compris et qui va l’inoculer à Obama, Merkel et Hollande. C’est en tout cas ce qu’elle a dû faire croire aux parlementaires qui voulaient lui demander des comptes ce mois-ci et qui se sont bien sagement rangés à ses arguments. Des futurs vampires de la cause suisse? Si seulement, mais il leur faudrait un peu plus de mordant…

Quel coup fumant peut alors tenter la ministre face au prince américain des vampires et à deux zombies européens patentés, l’un avançant à la tête d’une horde d’ouvriers productivistes et l’autre de syndicalistes enragés? Je n’arrive pas à m’y résoudre mais Eveline, ô Eveline, je crois que tu vas mordre la poussière et nous avec.

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