Bennaim Yves

FONDATEUR DU THINK TANK 2B4CH

Yves Bennaïm est un pionnier du web qui est actif en ligne depuis 1992. Affichant 25 ans d'expérience dans les technologies digitales, le Genevois se profile aussi comme un expert en cryptomonnaies. Il a été chef de la délégation d'experts pour la Suisse au comité ISO de standardisation des technologies blockchain et grands livres distribués. Ce geek de la première heure est encore fondateur du think tank 2B4CH pour la promotion de Bitcoin et de la technologie blockchain en Suisse. A suivre sur Twitter: @ZLOK

Bitcoin a 10 ans. Bon anniversaire!

Aujourd'hui, 31 octobre 2018, marque le 10e anniversaire de la publication par Satoshi Nakamoto de son fameux "Bitcoin White Paper", le livre blanc décrivant les concepts fondamentaux de Bitcoin et sa Blockchain, devenus phénomènes incontournables mondiaux. 

Il y a dix ans, un personnage encore inconnu jusque là publiait un message dans un forum en ligne, sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto, dans lequel il expliquait son plan pour mettre en place un système de cash électronique, fonctionnant en réseau pair-à-pair et sans intermédiaire de confiance. Il y ajoutait un lien vers le document complet au format PDF.

Avant Bitcoin, la plupart de ses composants existaient déjà individuellement, au moins théoriquement. Mais le produit de leur convergence n’avait encore jamais été organisé. Jusqu’ici, la difficulté insurmontable avait été la notion de transfert de valeur sans confiance requise entre les parties ni autorité centrale. Le livre blanc de Bitcoin exposait comment rendre cette technologie atteignable, de manière concise et claire, et ouvrait la voie à l’Internet de la monnaie. Le livre blanc de Satoshi Nakamoto était à la fois un papier technique et politique, voire philosophique.

En très peu de temps, on a assisté à des développements gigantesques et de grands bonds. Mais quel que soit le domaine il est difficile d’atteindre une réelle maturité en une décennie. Pour faire le point, il est intéressant de faire une introspection et se rappeler où on était et ce qu'on faisait il y a dix ans, nos projets et nos espoirs de l’époque.

2008, c’était la sortie de “Bienvenue chez les Ch’tis” et “Slumdog Millionaire”, l’élection de Barack Obama aux présidentielles américaines, et “Single Ladies” de Beyoncé. Niveau technologie, ces mêmes dix dernières années ont vu naître l’iPad, le navigateur Chrome, Airbnb, Spotify, Instagram, Uber, WhatsApp, et la 4G.

Dix ans c’est hier et c’est une éternité, durant lesquels Bitcoin est passé d'un concept relativement simple à une technologie complexe et solide, de plus en plus répandue à travers les continents, les cultures, les catégories socioéconomiques, grandissant et se renforçant au fur et à mesure que de nouveaux venus rejoignent le réseau.

Depuis sa naissance, Bitcoin a réussi à être condamné à périr au moins 315 fois selon le site parodique “Bitcoin Obituaries” qui recense les articles de journaux pessimistes à son égard, se voir associé à toutes sortes de trafics illégaux, se retrouver connecté (souvent à tort et de manière très fantaisiste) à toutes les activités immorales et dangereuses, du terrorisme à la corruption, à une catastrophe écologique, pour toujours en ressortir peu après la tête haute, ayant convaincu encore plus d'adeptes sur le chemin, et agaçant un peu plus ses détracteurs.

Les économistes et les banques centrales n'aiment généralement pas Bitcoin, tandis que les programmeurs de la Silicon Valley y sont en général irrésistiblement attirés. Comme avec n'importe quelle nouvelle technologie, certaines industries vont devoir suivre et s'adapter. La métamorphose sociale complète ne sera fera pas en un an, sans doute même pas en dix, mais la machine est lancée, et comme avec Internet, l’automobile, ou l’électricité, le futur se construira avec et autour des nouvelles manières d’échanger et de communiquer apportées par Bitcoin et sa Blockchain.

Dix ans d'innovations révolutionnaires, une technologie évoluant et se métamorphosant constamment et à une vitesse difficile à suivre, des concepts qui remettent en cause nos habitudes individuelles et même certains piliers de nos sociétés. Pourtant, on est plus proche du premier prototype d'Apple construit artisanalement dans un garage que du dernier iPhone. Rome ne s'est pas faite en un jour, les balayages en profondeurs de théories monétaires ou de gestions des flux d'information non plus.

Dix ans, ça parait beaucoup, pourtant Bitcoin n'en est à peine qu'à sa préhistoire. Une grande majorité des gens n'en a jamais entendu parler ou vaguement, et les technologies qui y sont liées restent souvent inaccessibles aux non-initiés. 

Comme la plupart des évolutions technologiques ou sociétales, Bitcoin grandit de manière organique, d'abord avec une poignée de geeks spécialistes, qui furent suivis par des bidouilleurs et des enthousiastes prêts à mettre les mains dans le cambouis, puis vinrent les marginaux et les curieux à la pointe, les idéalistes, les spéculateurs, et tout un écosystème qui s'est rapidement mais délicatement cristallisé autour de ses concepts simples à comprendre et à expliquer, et ses opportunités exponentielles, pour finalement attirer l'attention de multinationales dans de multiples industries, de la finance à l'agroalimentaire en passant par le luxe, et enfin les politiques de tout bord et le grand public.

On a beaucoup critiqué la volatilité du cours de Bitcoin, mais c’est justement sa jeunesse et sa croissance organique qui lui donnent paradoxalement aussi sa solidité. La réelle valeur de Bitcoin, c’est d’avoir survécu et s’être renforcé pendant toutes ces années, malgré les attaques et les doutes, grâce à un réseau grandissant d’enthousiastes déterminés et convaincus. C’est aussi d’avoir imposé et gardé sa position de leader et de référence malgré les innombrables copies et imitations.

Sa plus grande force, c’est peut-être la sagesse de son créateur d’avoir été anonyme depuis le début, puis de s’être effacé en 2010, pour préserver justement la notion fondamentale de “pair-à-pair sans intermédiaire de confiance ni autorité centrale”. Car Bitcoin reste un projet collaboratif qui n’a depuis le début ni société ni fondation à sa tête, ni leader en charge, ni même adresse postale officielle.

Bitcoin s’adresse à toutes et tous, et tout le monde peut lire le White Paper Bitcoin. Même s’il est parfois un peu technique, c’est volontairement un document abordable et facile d’accès. Pour télécharger le PDF original (en Anglais), cliquez ici.

 

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