Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

YVERDON/Les "Numerik Games" vont explorer les possibilités du virtuel

Crédits: Nordvaudois.ch

L'année se décline en violet, couleur rare dans le monde graphique. En Suisse romande, je ne l'avais plus guère revue depuis la disparition du «Nouveau Quotidien». L'an dernier, tout se jouait en orange. En 2016, première année du festival, «Numerik Games» avait adopté le vert, couleur de l'espérance. Nous en arriverons donc, du 24 au 26 août, à la troisième édition de cette rencontre sur les nouvelles technologies à Yverdon. Avec trois jours bien remplis pour que les spectateurs-acteurs se mettent dans le bain. «Quatre serait beaucoup», explique Marc Atallah, directeur de la Maison d'Ailleurs, logée dans la ville. «Même si les coûts sont dégressifs, nous n'en avons de plus pas les moyens. L'essentiel reste pour nous d'avoir deux longues soirées.» 

Si j'ai dit trois, les «Games» ont cependant connu un galop d'essai en 2015. «Il y a eu une performance "teaser". Il fallait voir comment les gens réagiraient, pour autant qu'ils réagissent.» Accueil enthousiaste. Passer à la vitesse supérieure ne posait donc aucun problème. Le public avait excédé, comme espéré, le seul Nord-Vaudois. Le festival pouvait proposer un long week-end. Riche. Varié. Et pourtant cohérent. «Il ne faut pas voir les choses de manière quantitative» affirme Marc Atallah, qui dit par ailleurs «bien aimer le temps court.» Celui qui évite la lassitude et la répétition. Trois jours, c'est suffisant pour que le public vienne, regarde et surtout «mette la main à la pâte.» Mon interlocuteur a comme ça des mots concrets. Voilà qui me rassure face au virtuel et à la réalité augmentée. «Il faut voir les expériences comme participatives.»

Cinq zones à Y-Parc

A la fin de la semaine prochaine, les amateurs mais aussi les curieux et les familles vont donc se retrouver à Y-Parc, la zone technologique en lisière d'Yverdon. Encore éclaté l'an dernier, ce festival unique en Suisse («je pense immodestement que seule la Maison d'ailleurs possède chez nous les réseaux nécessaires») quitte le centre historique afin de se concentrer sur un lieu ouvert sur le futur. «L'essence demeure. Il s'agit de faire découvrir à un large public les réalités du numérique. Il doit bien comprendre qu'il s'agit d'un langage, comme le français. Celui-ci offre les moyens de réaliser des choses différentes les unes des autres. Il existe ainsi un numérique artistique et culturel.» C'est la raison pour laquelle «Numerik Games» se doit de proposer de nombreux projets. Il y en a cette fois quarante et un. «Les spectateurs-acteurs doivent percevoir la coexistence pacifiique de toutes sortes de disciplines. «Numerik Games» ressemble du coup pour moi à des jeux olympiques.» 

Et qu'est-ce que cela va donner sur le plan pratique? Y-Parc se verra divisé en quatre zones, plus un vaste espace pour les enfants. «Il y avait une centaine de tentes en 2017. C'était dispersé et un peu confus. Nous avons désiré cette fois que les gens se repèrent vite en opérant des regroupement par genres. Ils n'auront plus besoin de déambuler.» Dressée sur le parking, une tente de 2400 mètres carrés jouera les points de ralliement. Il y aura déjà là 23 activités, plus un bar. Autrement, tout tournera autour de six grands thèmes, ou plutôt de types d'attitudes à adopter. «Contempler» n'est pas la même chose qu'«Ecouter & réfléchir». «Danser» n'exige pas le même esprit que «Jouer». Il y a un monde (virtuel) entre «Découvrir» et «S'immerger».

Danse et massage virtuels 

Impossible d'évoquer ici chacune des quarante et une propositions. Certaines reviennent cependant plus souvent que d'autres dans la bouche de Marc Atallah. L'homme a visiblement un faible pour la pièce de la Compagnie Gilles Jobin installant les spectateurs au milieu des danseurs. Il cite volontiers le tatoueur Christophe Isaaz. Ce dernier opérera en vrai sur les sept gagnants d'un concours, tandis que la façade du bâtiment d'en face se verra comme «encrée» par les artistes numériques Xavier Ribeiro et Ludovic Rossier. «Le corps ne disparaît pas dans le monde virtuel.» Le directeur de la Maison d'Ailleurs se félicite aussi d'avoir Benjamin Carré. L'homme réalisera une fresque géante projetée derrière les nonante musicien de l'orchestre symphonique Bande-Son, «qui rependra les thèmes des films inter-sidéraux». Mon vis-à-vis s'amuse de l'idée d'un massage réel «avec réalité virtuelle». Mais il attend aussi beaucoup de la conférence donnée par Solange Ghernaouti. L'universitaire parlera du côté obscur d'Internet. «Nous sommes aussi là pour aider les gens à réfléchir. Libero Zuppiroli viendra du coup aussi mettre en garde contre les belles promesses du super-héros Big Data.» 

Que dire d'autres sans faire de jaloux? Difficile... J'aimerais pourtant signaler qu'il y aura un coup de projecteur sur les vieux jeux vidéo. Qu'un autre se verra donné autour des jeunes créateurs romands qui proposent en indépendants de nouvelles réalisations dans ce genre bourgeonnant. «Il y en a une vingtaine. Les clients potentiels ne trouvent pas leurs produits dans les magasins. Leur cas n'offre rien de désespéré. Il existe les plat-formes de chargement. Une fois qu'Apple Store a validé un projet, ces Suisses ont comme public le monde entier.». Je dois encore préciser que l'ECAL lausannoise amènera un choix d'expériences immersives. La HEAD genevoise sera de la fête. Les participants aux «Numerik Games» auront enfin la possibilité de se mettre la tête dans les étoiles. Il leur suffira de monter sur un bâtiment d'Y-Parc et d'essayer un casque. «Dix mètres au-dessus du sol, et on se sent déjà plus près du Ciel.»

En 2019, si tout va bien...

Si le ciel, justement, se montre clément et si une pluie battante ne vient pas décourager les amateurs, «ce qui créerait un gros déficit», il y aura bien sûr des «Numerik Games» en 2019. «Notre but reste tout de même  d'en organiser chaque année.» Le festival s'en est du reste donné les moyens, non pas virtuels mais humains. «Désormais, toute l'équipe de la Maison d'Ailleurs travaille sur le programme, et non plus son seul directeur.» La Maison n'organise du coup plus qu'une exposition par an, au lieu de deux. Il y en a bien sûr une grande en préparation après l'actuel «Je suis ton père», prévu jusqu'au 14 octobre. Elle portera sur le jeu. «Il s'agit là d'une activité inhérente à toute l'humanité.»

Pratique

«Numérik Games Festival», Y-Parc, Yvrdon-les-Bains, du vendredi 24 au dimanche 26 août. Site www.numerik-games.ch Vendredi de 17h à 03h, samedi de 15h à 06h, dimanche de 11h à 18h. 

Photo (Nord Vaudois.ch): C'était en 2017, quand le festival hantait encore le centre ville. Une projection sur le temple d'Yverdon.

Prochaine chronique le lundi 20 août. Le Museo Civico de Bassano del Grappa (c'est dans le Veneto) montre l'autre côté des tableaux. Il les a retournés.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."