Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

YVERDON/Les artistes actuels donnent "L'heure qu'il est"

Après Lausanne, Yverdon. Le Centre d'Art reprend le flambeau. Après «Eloge de l'heure» au Mudac, voici «L'heure qu'il est». L'exposition ne tourne plus autour de la montre, de l'horloge ou du morbier. Il s'agit cette fois de montrer l'usage que peuvent faire les plasticiens actuels (1) d'un objet en apparence obsolète. Qui a encore besoin d'un bracelet au poignet, alors que les ordinateurs ou les téléphones portables vous renseignent en permanence? 

«J'ai été appelée à participer à l'exposition du Mudac, dont la préparation s'est étalée sur trois ans», explique Karine Tissot, en charge d'un Centre qui en arrive aujourd’hui''hui à sa neuvième présentation depuis 2013. «Il m'est venu l'idée d'une extension différée, avec un mois commun, puisque l'«Eloge de l'heure» ne se termine que le 27 septembre. Après tout, Yverdon nest qu'à vingt minutes de Lausanne.» Tout se situe donc sur le même fuseau horaire.

Dans l'expérimental 

Logé au rez-de-chaussée d'un Hôtel de Ville restauré de frais, le Centre a été remis dans son état originel. On se souvient que Karim Noureldin avait entièrement repeint ce lieu pour le moins classé et protégé. «Il a fallu huit couches de peinture blanche pour faire disparaître le rouge ou le bleu», explique Karine, qui avait dû batailler ferme pour obtenir la permission de créer une telle intervention. «Je l'ai étirée sur quatre mois, car elle coûtait cher. J'y ai englouti le budget de deux manifestations.» Avec profit, si j'ose dire. «Soutenue par de nombreuses animations, l'intervention de Karim a attiré 6600 personnes.» Un chiffre qu'envieraient certains musées genevois... 

La répartition entre Lausanne et Yverdon semblait claire dès le départ. «Le Mudac se centrait sur l'objet, avec ce qu'il suppose d'histoire. Si l'essentiel du parcours devait être moderne, il devait y avoir des «flash-back» remontant jusqu'au XVIe siècle. Nous devions quitter le fonctionnel au profit de l'expérimental. Nous serions ainsi dans l'idée.» Restait à trouver les participants. «Il y a eu des rencontres. Des lectures. Des découvertes. J'ai pris connaissance de certains projets. Il a fallu leur fixer des limites. L'heure s'inscrit fatalement dans le temps, et le temps c'est infini. Nous ne pouvions en aucun cas nous prétendre exhaustif. Ce que vous voyez, c'est un choix.»

Cadrans improbables 

Le parcours consiste en un certain nombre de propositions, dont le cadran n'est pas forcément absent. Mais attention! Le visiteur doit se méfier. La pendule de Bertrand Planes (2) est ralentie à l'extrême. Le tour des aiguilles prend une vie entière, selon les espérances actuelles (84 ans). Berclaz de Sierre propose, lui, un jeu compliqué. Il a découpé dans des magazines de luxe les photos de 31 montres. Chacun d'elles affiche un jour différent, alors que l'heure se voit conventionnellement fixée à 10 heures 10 pour faire joli. Chaque matin, les gens du Centre doivent faire passer la montre portant le bon chiffre sur un autre mur. «Berclaz a prévu d’autres complications, mot que les horlogers haut de gamme affectionnent», poursuit Karine Tissot. «Certaines d'entre elles portent en effet l'indication du jour. Lundi, mardi, mercredi... Il faudrait par ailleurs les déplacer selon un calendrier recherché par l'artiste sur ordinateur.» 

Tout ne se révèle pas aussi complexe, dans ce mélange d'installations (Marie Velardi), de performance (Mio Chatereau), de peintures (Tami Ichino) ou de vidéo (Christoph Girardet). L'exposition ne doit pas tourner au casse-tête. «Les créateurs sollicités ont trouvé l'idée de l'heure très suisse, surtout s'ils sont étrangers. Elle me semble pourtant universelle. Claire.» Les visiteurs qui se sentiraient un peu perdus trouveront en plus de l'aide. «Il y aura toujours au Centre des guides qui j'ai formés. Ils pourront expliquer en douceur les pièces présentées.» Discours personnalisé. On a beau regarder ici vers le futur, les propos ne sortiront pas tous du même iPad. 

(1) Un seul est décédé. Il s'agit de Bujar Marika, souvent vu au Mamco genevois.
(2) Il s'agit de la seul pièce commune à Lausanne et à Yverdon. «Nous pensions à un clin d’œil. Les visiteurs du Mudac ont trouvé ce rappel de la mort sinistre.»

Pratique

«L'heure qu'il est», Centre d'Art, place Pestalozzi, dans l'Hôtel de Ville, jusqu'au 1er novembre. Tél. 024 423 63 80, site www.centre-art-yverdon.ch Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 18h. Photo (Centre d'Art, Yverdon): L'exposition propose beaucoup de cadrans revisités.

Cet article va avec un entretien en compagnie du Genevois d'adoption Marin Raguz, qui expose à Yverdon.

Prochaine chronique le samedi 5 septembre. Visite au château vaudois d'Hauteville, qui va être vidé de son contenu séculaire.

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