Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

YVERDON/Des "Numerik Games" pour le numérique dans tous ses états

Crédits: Philippe Forney/24 Heures

Rien ce week-end, encore considéré comme vacancier en Suisse romande. Tout le prochain, qui marque chez nous la rentrée. Du 2 au 4 septembre, il y aura «Le livre sur les quais» à Morges. Les samedi 3 et dimanche 4 marqueront à Genève, l'inauguration attendue du château médiéval de Rouëlbeau, dont les vestiges sont transformés en promenade historique. La Bâtie, rendez vous incontournable des bobos et des intellos du spectacle, commencera le vendredi 2 septembre. Et je ne vous dis que ça... 

Les 2, 3 et 4 septembre se dérouleront aussi à Yverdon-les-Bains les premiers «Numerik Games». Un nouveau festival dédié au numérique dans tous ses états. L'événement aura le mérite de ne ressembler à aucun autre en Suisse, alors qu'on y a empilé durant tout l'été les rendez-vous musicaux. L'événement se verra piloté par Marc Atallah, de la Maison d'Ailleurs, mais organisé par les spécialistes des différentes branches du numérique. Il y a un monde entre les jeux vidéos, qui peuvent déboucher sur le e-sport, et la création artistique basée sur les nouvelles technologies. C'est Marc Atallah qui parle ici des rencontres qu'il a imaginées. 

Qu'est ce qui vous passionne, Marc Atallah, dans ces «Numerik Games»?
Je me rends compte que ce qui m'intéresse le plus, c'est de travailler, afin de les éclairer, sur des phénomènes actuels me semblant importants. Un musée comme la Maison d'Ailleurs doit réfléchir sur le monde qui émerge autour de lui, pour le présenter au public sous un angle inédit. Au-delà des expositions, je voulais montrer une société allant vers le numérique au sens large. L'être humain a confié la gestion de son univers aux ordinateurs il y a déjà deux bonnes décennies. Il tend de plus en plus à lui demander l'organisation de sa vie privée. Le premier phénomène restait souterrain. Il ne se voyait pas. Ce n'est pas le cas de la gestion personnelle. Il suffit de se promener dans la rue pour voir la place qu'ont pris les tablettes. 

Comment en êtes-vous arrivé à l'idée d'un festival?
Je me suis demandé ce qu'on pouvait faire, en partant de ce désir d'aller plus loin que les expositions. J'ai alors réalisé que mon souhait pouvait correspondre à l'actuelle volonté de la Ville d'Yverdon de changer d'image. Il lui faut aujourd'hui des événements supposés dynamiques. Des événements novateurs susceptibles de connaître un rayonnement dépassant le nord-est vaudois. Je me suis donc dit «pourquoi pas un festival?» Il existe deux manières de fêter, celle des ados qui boivent à en tomber par terre, et celle des gens de plus de 30 ans, à qui on peut proposer un retour sur soi-même. Je devais mettre en place un double mouvement, convivial et réflexif. Le festival avait besoin de drôle et de sérieux. 

Mais il y a déjà trop de festivals en Suisse romande...
Je sais. Mais rien à Yverdon, où le syndic Jean-Daniel Carrard a émis le souhait de doter sa ville d'une manifestation de grande envergure. J'ai donc proposé «Numerik Games», qui a été accepté. 

Comment les choses se sont-elles organisées?
La ville a mis de l'argent. Il s'est créé une association Numerik Games, distincte de la Maison d'Ailleurs. Elle a mandaté la Maison pour organiser la première édition. Je travaille ainsi avec Danilo Pierrotti, qui s'occupe de la logistique. Deux, c'est à la fois peu et assez. Je dirais que c'est un bon «business model». Je programme, je gère et je confie les scènes à des gens qui sont des «pros» des thèmes abordés. Danilo met les affaires en place. Il y aura du 2 au 4 septembre de nombreuses scènes dans un festival éclaté. Mais Yverdon, c'est petit. Les choses se passeront donc entre le château, la place Pestalozzi, le théâtre ou le temple. Chaque sous-traitant s'est créé ses propres partenaires. Je m'appuie sur un réseau de gens autonomes. 

De quelle manière s'y sont-ils pris?
D'une manière simple. Les intéressés ont accepté un champ déterminé. Il ont amené une fiche de projet à «Numerik Games». Après, ils ont dû tenir un budget. L'idée générale du festival est de communiquer au public. La médiation, mais au sens noble, possède ici une grande importance. Des gens qui savent divulguent aux autres des connaissances. 

Venons-en maintenant au sujet de «Numerik Games».
Le nom s'inspire des Jeux olympiques. L'idée de sport est remplacée par celle de numérique. Il y a donc toutes les facettes. L'ensemble des disciplines se voit envisagé. Comment le numérique se vit-il aujourd'hui? Afin de répondre, nous avons formé douze grandes catégories, ou scènes, touchant des public différents, du plus global à celui des petits génies. Cela suppose aussi bien des DJ's pour avoir de la musique que des artistes invités du retrogaming, de l'e-sport ou des Indie Games. Un peu de ludique ne fera pas de mal. Du cosplay, au Théâtre, montrera des fans de jeux, déguisés grâce à des costumes élaborés par eux-mêmes, dans le rôle de leurs personnages favoris. 

Ce n'est bien sûr pas tout.
Non. Il y aura des performances urbaines. On va ainsi projeter, par mapping, des images sur le Temple. Chacun, avec son portable, pourra intervenir sur elles. Nous avons prévu des expositions de trois jours. Elles proposeront d'utiles coups de rétroviseur. Il y en aura une sur l'évolution menant du flipper à la bande arcade. Une sur l'évolution des logiciels de retouche image. Une analyse de certain jeux vidéo. Une exposition parlera enfin des livres adaptés en jeux. 

Vous avez bien sûr pensé aux enfants.
D'une manière assez sérieuse, finalement. On va leur expliquer que le numérique, c'est d'abord un langage. Toute chose possède sa langue, qu'il faut apprendre. La nouveauté, c'est qu'il s'agit ici d'une expression mondiale et muette. 

J'ai vu que nous annonciez des «Emerging projects».
Exact. Nous allons montrer la manière dont les hautes écoles intègrent le numérique à la création. Il ne faut pas oublier qu'avec l'HEIG-VD, ou école d'ingénieurs, Yverdon est devenu le plus vaste campus romand. Trois mille élèves. Bien plus que l'ECAL lausannois, qui sera aussi présente sous une forme peu connue, le media design. Les «Innovations Scenes» iront encore au-delà. Les problèmes qu'elles traitent ne sont plus lié au jeu. Je pense aux programmes inventés pour aider certains patients à marcher. Aux simulateurs... 

Nous sommes ici entrés dans le grave...
...et on y restera en partie avec les conférences. Elles représenteront le côté intellectuel du festival. Nous avons prévu des interventions de quarante-cinq minutes, à l'Hôtel de Ville. Il y aura bien sûr moins de monde, mais je juge cet aspect important. Il faut permettre d'aller plus loin devant des gens qui vous écoutent assis. 

Avez-vous un but caché?
Non, il est clair. Nous entendons mettre en avant la créativité suisse. Nous lui offrons une vitrine, ou plutôt une plate-forme. Des créateurs doivent servir de pilotes. Mais pour cela, ils leur faut pouvoir se montrer. Surtout quand ils restent de l'autre côté de la Sarine. On aura des Alémaniques qui positionnent la Suisse comme un lieu où le numérique se pense. 

«Numerik Games» doit donc devenir annuel.
Oui. Et rester gratuit. Seules les manifestations à l'intérieur sont payantes. Mais nous avons prévu des passes bon marché.

Pratique

«Numerik Games», plusieurs lieux dans la ville, Yverdon-les-Bains du vendredi 2 au dimanche 4 septembre. Site www.numerik-games.ch

Photo (Montage Philippe Forney/24 Heures): La façade de l'Hôtel de Ville avec des projections sur lesquelles pourront intervenir les spectateurs.

Prochaine chronique le lundi 29 août. Les expositions de l'automne. Un choix. Cinq en Suisse. Cinq à l'étranger.

 

 

 

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