Jean Romaine

PRÉSIDENTE DE LA FONDATION HIRONDELLE

Romaine Jean est présidente de la Fondation Hirondelle et consultante indépendante. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Yannick Buttet : l’opération retour

La presse a précipité sa chute, elle favorisera peut-être son retour. Yannick Buttet s’est livré à l’exercice de l’interview contrition, du confessionnal public et digital.

L’ancien Conseiller national, vice-président du Pdc suisse, lieutenant-colonel à l’armée, à qui on devine bien que la présidence de Collombey-Muraz ne suffit pas, revient sur « l’ouragan qui a failli l’emporter », dans le Matin.ch. « Yannick Buttet se livre comme jamais », dit le site en ligne, qui réalise une belle opération, négociée au cordeau, on l’imagine. Le scoop c’est un autre rayon !

Le politicien, qui s’était muré dans son silence depuis son interpellation devant le domicile d’une ex-maîtresse, raconte donc, le mari infidèle, l’addiction à l’alcool, l’hospitalisation, la tempête vécue par lui et sa famille, le discrédit suprême, dans un monde politique suisse habitué à des mœurs plus lisses. Du moins en public. 

L’homme déchu revisite surtout la fable d’Adam et Eve. « Je ne voulais pas d’une maîtresse. Je n’ai pas pu choisir entre elle et ma femme ».  Mais alors quoi ? La tentation ? « Faible sexe fort », dit la journaliste ! qui ne revient pas sur les accusations, anonymes, de harcèlement de plusieurs femmes du Parlement. 

On souffre, il est vrai, pour cette famille, tant cette histoire sent l’homme à la dérive. On mesure ce que ces confessions peuvent coûter au président de Collombey-Muraz. On peut même faire un bout de chemin avec lui, lorsqu’il dénonce le lynchage dont il aurait été victime. Vrai. Les médias ont été plus féroces avec cet élu de droite, ce cardinal en soutane qu’avec un célèbre homme de presse, dénoncé pourtant par 28 collaboratrices. Pour harcèlement. A la même époque. Et curieusement épargné. Dans l’emballement de l’affaire, le public a aussi attribué au Valaisan des faits dont il n’était pas coupable. 

Tout cela est vrai mais d’où vient le malaise ? 

Sûrement de cet aveu, qui est le centre de l’interview, son explication, sa justification et qui aurait dû en être son titre : « Berne n’est pas un objectif mais une option ». En un mot comme en cent, Yannick Buttet prépare son retour sur le devant de la scène. Non pas sous la forme d’une volonté assumée mais d’une « option », poussé par « des quidams ». 

Ce strip-tease sentimental servait donc à cela !  

« J’ai trompé le public. Je le regrette profondément », avait dit Bill Clinton, contrit, à la télévision en pleine affaire Lewinsky. Pour l’ancien président américain, l’opération, mise en scène par un producteur d’Hollywood, avait valu le pardon du public. Peut-être en ira-t-il ainsi pour Yannick Buttet.

L’exercice de l’interview est difficile et le journaliste est toujours susceptible de rater LA question. 

Alors voici celle que l’on aurait aimé lui poser :

N’y avait-il pas dans votre comportement passé, en dépit de l’alcool qui exacerbe les passions, un manque d’estime et de respect pour les femmes en général ? L’acte de contrition d’aujourd’hui n’est-il que le seul passage obligé de votre retour en politique ?

On aimerait croire que non.

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