Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Wall Street, l’obsession chinoise et le principe de la girouette

Ce matin, il n’y a pas grand-chose à dire, si ce n’est constater le rebond massif des Américains, qui terminent avec leur plus grosse séance de hausse depuis 4 ans, après avoir vécu leur plus grosse séance de baisse depuis 4 ans il y a 3 jours. On est clairement en plein délire. Et même si la volatilité revient gentiment à des niveaux plus classiques, bien qu’encore très hauts par rapport à la moyenne historique, on peut se demander ce qu’il en est de la santé mentale du marché et de tout ce qui le constitue.

En tous les cas, en lisant la presse de ce matin, on peut trouver de tout. Tout le monde est de sortie avec sa théorie, tout est valable comme idée ou comme prédiction, la seule condition c’est que ce soit « vendeur ». En effet, ça ne sert à rien de venir sur CNBC pour dire que vous pensez que le marché va consolider à ces niveaux et que la volatilité va redescendre à 12%. En revanche, la théorie du « dead cat bounce », qui estime que le rebond d’hier était le dernier espoir de vendre des actions, est très populaire. Et bien évidemment, si vous pensez que le S&P500 va encore battre des plus hauts historiques cette année, vous avez également votre place dans les médias.

Maintenant, en ce qui concerne le « day-to-day business », soyons honnête, on n’en sait foutrement rien. La capacité des marchés à courir dans tous les sens est tout bonnement impressionnante, et dans ce genre de période, vous prenez souvent un pari en jouant la suite à pile ou face. Mais faire de la prévision en se basant sur les chiffres et les fondamentaux est à peu près aussi efficace et utile que d’essayer de recréer soi-même la formule du Coca-Cola dans sa cuisine.

De toute manière, même si vous passez trois jours reclus dans votre bureau à faire de l’analyse fondamentale pour essayer de comprendre ce qui se passe, quand vous ressortirez pour l’expliquer au monde, on vous écoutera 12 secondes et on sera immédiatement distrait parce que la Chine aura mis en place une nouvelle mesure que l’on comprendra à peine... ou parce qu’un des Présidents de la FED nous parlera du « sentiment » qu’il aura eu pendant son petit-déjeuner du matin.

Le marché «irrationnel»

Nous sommes officiellement, et pour l’instant, sortis du domaine des marchés « rationnels » et sommes rentrés dans l’irrationnel épidermique – et à partir de là, TOUT, mais alors ABSOLUMENT TOUT et n’importe quoi peut arriver – ou pourrait arriver.

Hier, les Européens ont « pris » les profits sur leur rebond de la veille, justifiant leurs actes au passage parce qu’ils « avaient des craintes sur la croissance chinoise » (à peu près toutes les 20 minutes depuis deux semaines). Et pendant ce temps-là, les Américains rattrapaient le rebond qu’ils n’avaient PAS eu la veille (pour la même raison que les Européens hier) en justifiant leurs achats compulsifs par les « mesures prises » par le gouvernement chinois.

En effet, entre la baisse des taux et la récente annonce qu’ils allaient injecter 21 milliards dans le système financier pour le « stabiliser » - on peut être « rassuré »… un peu… surtout quand on se dit que l’Europe injecte 65 milliards par mois via son QE et que tout le monde s’en fout depuis trois mois, on peut se demander quel sera l’impact des 21 milliards chinois… Mais peu importe, c'était largement suffisant pour provoquer une réaction dans le camp de la race bovine qui parvenait à convaincre suffisamment de monde qu’il y avait là une opportunité de faire du shopping sans précédent.

Ce n’est peut-être pas idiot, mais il reste encore à déterminer votre horizon d’investissement  - ce qui est une autre paire de manche, étant donné qu’actuellement on parle de quelques heures…

Bref. On est remonté aux USA. La réponse à la question « est-ce que c’est temporaire ou pas » sera donnée dans les jours à venir. Une chose est sûre, c’est que les adeptes de la fin du monde et les fans du bull market éternel s’affrontent à coups de grandes théories et de références historiques, mais qu’à la fin, ils ont tous une chance sur deux d’avoir raison.

Comme on est bien remonté, l’or est revenu à 1127$ (moins besoin d’être rassuré probablement, ça et les tergiversations du dollar). Le pétrole est égal à lui-même et tente des rebonds, sans jamais parvenir à remonter au-dessus des 40$ -pour le moment – ce matin l’or noir est à 39.47$.

Pour la journée qui nous attend, la question que l’on peut et que l’on doit se poser, est de savoir si CETTE FOIS LES INTERVENTIONS DU GOUVERNEMENT VONT SUFFIRE POUR FAIRE REMONTER SHANGHAI !!!

En l’espace de deux semaines, le marché chinois a perdu près d’un quart de sa valeur et il serait temps d’envisager de remonter un poil ! Surtout après tous les efforts mis en place. Ce matin en tous cas, l’Asie est dans le vert (pour le moment) – le Nikkei avance de 1.4%, Hong Kong progresse de 2.3% et la bourse de Shanghai est en hausse mais pas aussi euphorique que les Américains, puisque que l’indice monte de 1.73% à 7h45 heure Suisse – la journée n’étant, bien sûr, pas encore finie là-bas. On se tient les pouces pour que cette fois, au moins, on puisse terminer en hausse.

Pour ce qui est des nouvelles du jour: les médias tentent surtout de démêler la pelote de laine qui nous occupe pour le moment et c’est un peu comme si le reste des news ne sortaient pas attendant le bon moment pour qu’au moins on les écoute… Il est clair qu’actuellement, à moins d’annoncer la fusion de Novartis-Roche-Sanofi-et-Pfizer tous ensemble, il est peu probable que le marché y prête la moindre attention, tellement nous avons la tête dans le guidon, concentrés sur les moindres variations du marché que nous sommes.

Apple, ça marche

On peut néanmoins retenir que l’on a constaté l’apparition d’une « Death Cross » sur le graphique d’Apple. Apple qui, en-dehors de l’environnement marché, semble être devenu LA SOCIÉTÉ qui énerve parce qu’ils réussissent tout ce qu’ils font. Il y a donc une espèce de jalousie mâtinée d’envie de voir le titre se péter la figure qui pèse lourdement sur la société… C’est un sentiment personnel, mais cela ressemble furieusement à la situation de haine qui s’était développée contre Microsoft il y a une quinzaine d’année en arrière, lorsque l’on s’était rendu compte qu’ils avaient construit un monopole. En fait, on aime bien les « success story », mais faut quand même pas que ça dure trop longtemps. Surtout en ce qui concerne Apple, il y a tellement de monde qui avait prévu la fin lors du décès de Steve Jobs, ça énerve profondément que ça marche encore…  Encore une fois, ce n’est qu’un sentiment personnel.

Jim Rogers, le pape des Commodities, pense qu’il ne faut pas exclure un énorme rallye dans les matières premières. Par contre, investir dans le secteur en ce moment équivaudrait à mettre les mains dans une moissonneuse batteuse en train de fonctionner. Mais c’est aussi dans ce genre de situation que les opportunités sont les meilleures, si l’on est prêt à se faire secouer dans tous les sens pendant un moment.

Autrement, Monsanto renonce définitivement à mettre la main sur Syngenta. J’imagine que ceux qui étaient contre ce take-over doivent être satisfaits. En revanche, ils sont un peu moins riches ce matin, parce que sur l’annonce, le titre a tout de même perdu 18% en 12 secondes. Dans la série consolidation, Schlumberger a acheté Cameron Oil pour 14.3 milliards, dans la tempête du baril qui se casse la figure, il faut se serrer les coudes.

Toujours dans la thématique périphérique au pétrole, on commence à s’inquiéter sérieusement au sujet des dividendes dans le secteur pétrolier. Hier, Transocean cherchait à les réduire et il est clair que plus le baril est bas, moins ça rigole pour certaines compagnies. Je glisserai au passage qu’il y a à peine quelques mois, on nous disait que sous les 70$, bien des compagnies pétrolières (dépendant de leur secteur d’activité) étaient dans une situation noire et compliquée. J’imagine donc qu’à 39, ce n’est pas simple non plus.

Le technicien du Barron’s pense qu’il n’est pas encore « temps d’acheter des actions », le niveau de peur n’est pas assez élevé. Goldman Sachs est bullish sur Google, ils ont ajouté le titre sur leur liste de conviction d’achat et le Barron’s s’est fendu d’un article pour dire qu’ils sont d’accord avec eux. L’objectif sur Google est de 800$.

Côté chiffres économiques, les prix à l’importation en Allemagne étaient en-dessous des attentes. Il y aura aussi le French Business Survey, le GDP espagnol, les commandes industrielles en Suisse, le M3 en Europe et puis cette après-midi, il y aura les chiffres du GDP US… Ce ne sera peut-être pas LE juge de paix, mais une chose est certaine, cela pourrait éventuellement peut-être nous donner une date un peu plus précise pour la hausse des taux (attendue) aux USA.

Pour le moment, les futures sont inchangés. En fait, ils sont légèrement en baisse aux USA et légèrement en hausse en Europe, ce qui fait qu’en MOYENNE, les futures sont inchangés. L’Euro/$ est à 1.1354, le Yen est à 119.90, le Bitcoin vaut 223$, le rendement du 10 ans US est à 2.15% et la monnaie de référence de la Banque Nationale Suisse est à 1.0815.

Voilà… je vous laisse entamer une journée qui devrait être statistiquement moins violente que les précédentes. Quoi que ces derniers jours tout peut arriver. Je vous souhaite donc une excellente journée et nous on se retrouve demain, ici-même !

Thomas Veillet

Investir.ch                           

I’ve missed more than 9000 shots in my career. I’ve lost almost 300 games. 26 times I’ve been trusted to take the game winning shot and missed. I’ve failed over and over and over again in my life. And that is why I succeed. –Michael Jordan

 

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