Bennaim Yves

FONDATEUR DU THINK TANK 2B4CH

Yves Bennaïm est un pionnier du web qui est actif en ligne depuis 1992. Affichant 25 ans d'expérience dans les technologies digitales, le Genevois se profile aussi comme un expert en cryptomonnaies. Il a été chef de la délégation d'experts pour la Suisse au comité ISO de standardisation des technologies blockchain et grands livres distribués. Ce geek de la première heure est encore fondateur du think tank 2B4CH pour la promotion de Bitcoin et de la technologie blockchain en Suisse. A suivre sur Twitter: @ZLOK

Vous avez spéculé sur Bitcoin, et après?

On m'a demandé d'aborder le sujet des malheureux qui ont acheté en haut de la vague, quand Bitcoin était à son cours le plus élevé, fin 2017. 

Car depuis janvier, le marché est plutôt morose et décourageant pour les "investisseurs" de cette époque, ce qui semble réjouir celles et ceux qui criaient à l'escroquerie et à la bulle. 

Il y a bien eu un éclatement de la bulle spéculative, mais c'est un phénomène classique à tous les marchés et les technologies émergentes. Et pour Bitcoin, ce n'est pas la première ni la dernière.

On a annoncé la mort de Bitcoin un nombre incalculable de fois depuis sa création il y a dix ans, et pourtant sa valeur intrinsèque continue de convaincre un nombre de plus en plus important de gens au quatre coins de la planète.

Alors pourquoi son prix a-t-il autant baissé?

Acheter bas et vendre haut, c'est la fameuse recette miracle que les spéculateurs du dimanche espère pouvoir appliquer facilement et invariablement jusqu'à devenir immensément riche.

Mais —en simplifiant un peu — dans un marché d'offre et de demande pur, sans organe central d'émission, s'il y a un "gagnant" c'est qu'il y a un "perdant" en face. Et réciproquement.

Bitcoin a été présenté par certains médias et escrocs comme un générateur d'enrichissement rapide et soudain. Mais qui dit gros grains, sous-entend aussi gros risques. Plus on investit tôt dans un projet, plus on a de risque de tout perdre si celui-ci échoue. C'est bien pour ça qu'on appelle les premiers investisseurs de startups des "capitaux risqueurs".

Ceux qui ont construit des fortunes avec Bitcoin sont très peu nombreux, ce ceux qui ont participé au projet depuis longtemps. Bitcoin était accessible à toutes et à tous depuis le début. Mais à ses origines très peu y ont cru et ont voulu y risquer du temps ou de l'argent. 

Et même aujourd'hui, il est devenu extrêmement aisé d'acheter des bitcoins, pourtant beaucoup de méfient encore. C'est normal. 

Mais les boursicotteurs amateurs investissent comme on joue au casino. Si on devait faire une comparaison avec la roulette, ce serait comme tout miser sur un seul numéro: c'est très excitant parce qu'en cas de gain c'est le jackpot, mais on a aussi beaucoup plus de risques de tout perdre. 

Rien n'est réellement gratuit ou facile. 

Spéculer sur les devises classiques ou les cryptos, c'est finalement un principe assez similaire à celui de la bourse. Bitcoin n'a pas changé grand chose à ce niveau-là. 

Mais aujourd'hui, Internet donne accès à des opportunités qui étaient jusqu'ici hors de portée des amateurs. Avec le danger de trop simplifier, pour un public trop peu préparé. Par exemple, s'il est devenu très facile d'acheter un billet d'avion tout seul depuis son smartphone, il est quand même conseillé de rester prudent quant à certaines occupations comme les diagnostiques médicaux. Et il en va de même avec la spéculation sur les marchés d'échanges. 

C'est ce manque de préparation et d'expérience qui provoque les bulles spéculatives les plus spectaculaires.

(Bien sûr, il y a aussi un peu de manipulations des marchés. Rien d'exceptionnel ici non plus. Les spéculateurs expérimentés s'enrichissent à la hausse comme à la baisse. Ils influencent et décryptent la psychologie des humains derrière les tendances. Ce n'est pas suffisant pour provoquer les mouvements à long terme qu'on a pu observer ces dernières années.)

Sur le long terme, on observe une même répétition de cycles sur le cours de Bitcoin. Au début, une première série de personnes étudient la technologie et comprennent ce qu'elle a de révolutionnaire. Convaincus, ils décident d'investir dans son futur. Le prix monte, et il commence à intéresser les spéculateurs. Au fur et à mesure de son augmentation, le bruit se propage de plus en plus dans le grand public qui n'y connaît pas grand chose. 

Quand les "masses" se précipitent, il est déjà trop tard: ce sont justement les investisseurs de la première heure qui leur vendent et réalisent ainsi leur profit. 

C'est classique à tous les marchés, pas uniquement Bitcoin. C'est le principe de la bourse et c'est comme ça que les traders de Wall Street amassent leur fortune. Mais tout le monde n'est pas un trader de Wall Street... 

Alors est-ce que Bitcoin est un "jeu de l'avion"? Ni plus ni moins que la bourse traditionnelle.

À la différence que pour Bitcoin, les investisseurs les plus convaincus ne vendent justement pas, car contrairement aux actions, qui ne servent qu'à l'investissement financier, et qu'on échange continuellement pour engranger un bénéfice, Bitcoin est perçu par beaucoup comme un investissement à long terme, plus proche de l'or ou du patrimoine familial qui se transmet de génération en génération, avec en plus une dimension technologique encore à développer. 

Plus que juste un cours et un prix, ils y voient le catalyseur d'un changement fondamental de la société, à l'échelle planétaire, similaire à Internet. Et leur intérêt pour cette nouvelle technologie (et les prochaines qui vont venir se greffer dessus) vise le long — voire très long — terme. 

Tenir bon, ne pas vendre quand on pourrait faire une joli profit, et surtout ne pas vendre quand le cours s'effondre pour limiter ses pertes, c'est ce qui caractérise les plus convaincus, et c'est ce qu'on appelle "HODL". C'est une expression venue à l'origine d'une faute de frappe quand quelqu'un a voulu écrire "hold" ("tenir bon" en Anglais), lors d'une précédente dégringolade du prix en décembre 2013. À cette époque, le cours du Bitcoin avait grimpé soudainement en novembre de US$ 200 à 1'000, puis chuté courant décembre à US$ 700.

Avec une chute brutale de 30%, qui a continué tout au long de 2014, beaucoup ont perdu espoir et ont vendu leurs bitcoins. C'est évidemment compréhensible. Mais si on suit la logique des marchés, on aura compris que toutes ces ventes représentaient également des achats pour les personnes en face. Celles qui justement achetaient bon marché pour vendre cher par la suite. Ou peut-être au contraire pour HODL et ne pas vendre...

Si les mouvements de son cours sont assez classiques, ce que Bitcoin amène de fondamentalement nouveau c'est une technologie qui bouleverse la manière d'échanger des transactions en ligne, sans nécessiter de confiance entre les parties, ni d'intermédiaire. Ce qui en découle, c'est une nouvelle manière de percevoir la notion de valeur, et d'appréhender la propriété et le patrimoine.

À l'opposé d'une "combine pour s'enrichir rapidement", il faut voir Bitcoin comme de l'or digital. Cette approche fait évoluer la manière dont on conçoit l'épargne, la consommation, et l'investissement.

Contrairement aux apparences, celles et ceux qui ont sauté le pas et acheté du Bitcoin en 2017 quand le prix était bien plus haut qu'aujourd'hui ne sont pas à plaindre, bien au contraire!

Tout d'abord parce qu'ils ont suivi ma colonne depuis le début, qu'ils ont bien compris qu'il ne fallait pas tomber dans le piège du FOMO (lire article ci-dessous), et qu'il ne fallait jamais investir plus que ce qu'on peut de permettre de perdre, et sont restés loin des sirènes des ICOs. 

Mais surtout, les investisseurs de décembre 2017 ont misé (parfois malgré eux) sur le long terme, et sont en train d'acquérir une expérience irremplaçable du monde de l'investissement, de la spéculation, et de Bitcoin.

Ils peuvent maintenant profiter de ce marché moribond pour approfondir leurs connaissances techniques et culturelles de leur nouvelle acquisition, pour mieux en apprécier la valeur.

En attendant la prochaine vague de FOMO...

 

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