Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Volatilité et calendrier européen, les liaisons dangereuses

Je souhaiterais commencer ce premier post par remercier Lombard Odier et la rédaction de Bilan pour la confiance qu'ils m'accordent.

Le début de l'année 2015 semble donner le ton! Si 2014 a été jugée "compliquée", 2015 risque d'être encore plus délicate. Pourquoi? Le consensus, l'année dernière anticipait un choc de performance entre les USA et l'Europe en raison du début de divergence des politiques monétaires entre la FED et le BCE. Les actifs américains étaient, soi-disant, à éviter en raison du Tapering de la FED et du possible QE (et oui déjà!) de la BCE.

Conclusion? Regardez les performances des actions américains et européennes... Pas vraiment dans le consensus, non?

2015 a débuté avec le même consensus mais en plus extrême : Pourquoi?

- Il faut se refaire de l'année dernière.

- La FED et la BCE devraient complètement diverger (ce n'est pas évident, mais ce n'est pas le propos). La première pourrait monter ses taux, quant à la seconde, après 2 ans d'attentes, lancer un Quantitave Easing (l'arme anti-déflation). Attention, ne pas confondre cependant Déflation et Désinflation. Le phénomène actuel, en Occident, est plus proche de la désinflation (baisse du rythme de l'inflation) que de la déflation (inflation négative). C'est un peu comme confondre la dérivé première ( la pente) et la dérivée seconde (l'accélération), en mathématique.

Mais le consensus est déjà mis à mal avec la surperformance des actions américaines sur les deux premières semaines. Or, nous avons tous été balotés par la volatilité des marchés financiers (actions, obligations et matières premières comprises).  Mais d'où vient cette volatilité?

- Le trading à Haut Fréquence? Selon certaines études, il pourrait représenter entre 30% et 50% des volumes sur les marchés actions européens. Cette méthode de trading ne brille pas par la stratégie d'investissement et elle grossit les trends intraday.

- Les variations du dollar? La hausse du dollar entraîne de la volatilité sur certains actifs : marchés émergents, matières premières... Mais la baisse de l'Euro peut provenir de deux phénomènes totalement différents mais amenant au même effet : les anticipations d'un Quantitave Easing de la BCE ou des positions shorts (vendeuses nettes) de fonds macro voulant protéger leurs investissements sur la zone Euro en cas de déception autour d'un QE de la BCE trop conditionnel ou trop petit... Je pense que c'est un peu des deux, mais la violence de certains mouvements, ces derniers jours, me rappelle plus du hedge de positions.

- Les variations du pétrole? Clairement, les plus fortes baisses des marchés actions sont souvent concomittantes à la baisse de l'or noir. Je reviendrai dans un futur post sur les effets de cette baisse et surtout les raisons (c'est le plus drôle). Les marchés ne semblent pas capter l'effet bénéfique de la baisse des prix du baril sur la consommation, notamment américaine. Pour cela, il suffirait de se promener dans les allées du salon automobile de Détroit (il a ouvert lundi!!!) et de regarder les caractéristiques des modèles en vogues : XXL les modèles.

- L'effet calendaire?  Pas celui des saisons! Celui de l'agenda politique et économique. La géostratégie mène beaucoup de choses dans le monde actuel (nous y reviendrons une prochaine fois) et ce calendrier sera l'instant de vérité pour la crédibilité de la politique monétaire de la BCE et de la politique européenne tout court. Si les attentats en France ont été des évènements imprévus dont les conséquences sur les relations intra-européennes m'inquiètent, nous aurons le 14 janvier deux des premières échéances importantes : la décision de la validité juridique de l’OMT et l’annonce probable de la démission du Président italien.

Voici le calendrier avec les dates et évènements qui me paraissent importants pour l'Europe :

-   Le jugement de l’OMT : Le 14 janvier, la Cour européenne de justice se penchera sur la légalité du programme OMT(outright monetary purchases) de la Banque centrale européenne. Attention au "oui mais"...

-   Les rendez-vous de la BCE : Le 22 janvier ou le 5 mars ou... ? Pour un nombre croissant d’économistes, la Banque centrale européenne pourrait bien décider lors de l’une de ses deux prochaines réunions de politique monétaire, de lancer son «QE» souverain. Le consensus, à 80%, anticipe une annonce lors de la réunion du 22 janvier. Si la banque centrale devait temporiser, ce qui est loin d’être exclu compte tenu des nombreux détails techniques à régler pour trouver un consensus autour d’un QE, notamment avec la Bundesbank, la réaction des marchés pourrait être brutale.

-   La sortie du plan d’aide à la Grèce : Le 28 février, le deuxième plan d’aide à la Grèce prendra fin. Censé s’achever le 31 décembre 2014, il a été prolongé de deux mois alors que le pays organisait des élections présidentielles anticipées. Mais tout dépendra du résultat des élections législatives du 25 janvier. Le FMI a prévenu qu’il ne reprendrait pas les discussions avant la formation du gouvernement qui sortira des urnes. L’octroi d’une ligne de crédit de précaution permettrait à la Grèce de se financer sur les marchés à un coût moindre, alors que son taux à 10 ans est passé au-dessus de 9% après l’échec de la présidentielle anticipée le 29 décembre. Si Syrisa gagne les élections, nous pourrions voir revenir la Chine sur l'échiquier comme soutien financier (souvenez-vous de 2011)...

-  Le scrutin en Europe du Sud : L’Italie, l’Espagne et le Portugal vont aussi connaître d’importantes élections en 2015. A Rome, la démission du président Giorgio Napolitano, attendue le 14 janvier, donnera-t-elle lieu au psychodrame d’il y a deux ans, quand Romani Prodi avait échoué à trouver une majorité sur son nom? En cas de blocage, des élections générales anticipées seraient à craindre… Tiens! comme la Grèce...

Les scrutins législatifs portugais et espagnols pourraient apporter, eux, de l’instabilité à l’automne. Au Portugal, les électeurs seront appelés aux urnes en septembre ou en octobre, mais les partis extrémistes ou eurosceptiques n’ont aujourd’hui pas de poids dans le pays. Ce n’est plus le cas en Espagne: la montée en puissance de Podemos, créée en janvier 2014, déjà en tête de certains sondages, est spectaculaire.

-  Le référendum de l’appartenance de l’Angleterre à l’Europe a été avancé par Cameron...

Dès aujourd'hui donc, nous allons entrer dans le vif du sujet en Europe, alors que la FED a déjà donné rendez-vous dans quelques mois aux investisseurs. Le mot patience va devoir être compris par les marchés américains car il devrait être très souvent utilisé, mais les bons résultats des sociétés américaines sur le Q4 2014 devrait les faire patienter.

Selon certains stratégistes, si la BCE déçoit et que la FED repousse à 2016 sa première hausse de taux, vous devriez regarder l'or... 

Tous ces faits et dates vont augmenter la volatilité, et attention à l'effet Lemming (vous savez, ces petits rongeurs qui suivent leur chef même s'il saute de la falaise).

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