Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Vive l’immigration de masse!

C’est un canton de bonne taille : 700 000 habitants dans le chef-lieu, 1,8 million avec l’arrière-pays. Pour relancer son économie stagnante, il s’apprête à soumettre à l’Etat fédéral un plan assez radical : 50 000 visas d’immigration en cinq ans, en fonction de ses besoins prioritaires. Des quotas, en quelque sorte. Mais pas pour limiter les entrées : pour ouvrir grandes les portes.

Ne cherchez pas autour de vous. Le canton – le county – s’appelle Wayne, et la ville Detroit. Le plan d’immigration massive que Barack Obama aura bientôt sur son bureau est avancé par le gouverneur du Michigan, appuyé par le maire de Motortown, le petit nom de l’ex-métropole de l’automobile.

Vous sentez venir une comparaison ? D’accord : il serait un peu audacieux d’assimiler l’un quelconque des cantons suisses à une ville qui a périclité au point de perdre, en quelques dizaines d’années, la moitié de sa population. Mais il peut être utile d’écouter, en parallèle, deux discours opposés sur l’immigration. Et après tout, la Suisse et les Etats-Unis aiment se dire «Républiques sœurs», qui l’une et l’autre se sont développées grâce aux apports de populations étrangères.

Les Américains, c’est sûr, ont l’espace. Mais l’arrivée, effectivement massive, de Latinos depuis la fin du siècle passé pose au pays un problème d’intégration et d’adaptation au moins aussi aigu que la présence en Suisse de frontaliers et, plus largement, de voisins européens.

Un chiffre le dit : même si le flux des arrivées, à cause de la crise, s’est ralenti, il y a dans les cinquante Etats de l’Union entre dix et douze millions de clandestins. Qu’en faire ? Les renvoyer d’où ils viennent ? Depuis les attentats du 11 septembre et le durcissement policier qui a suivi, les expulsions ont été nombreuses, et Obama ne les a pas freinées. Mais, compte tenu de la masse clandestine, c’est un épiphénomène.

Une grande majorité des Américains sont convaincus que le solution à ce problème passe par l’intégration des illégaux, y compris en leur ouvrant une voie vers la citoyenneté, ou en tout cas un statut de résident permanent. Le Congrès, au début de l’année, était sur le point d’adopter une réforme dans ce sens, que le Sénat, à majorité démocrate, a déjà votée. Les républicains de la Chambre des représentants renâclent, pour une seule raison : ils redoutent de donner à Obama une victoire qui serait bénéfique pour son parti aux élections du midterm, en novembre prochain.

Bien sûr, les Etats-Unis ont aussi leur bataillon de blochériens et l’audience de leur porte-parole à la télévision, Lou Dobbs, est assurée. Mais il ne manque pas non plus de voix, dans le camp le plus conservateur, pour dénoncer la lutte contre l’immigration comme un combat absurde, néfaste et, dans la société américaine, presque contre nature.

L’essayiste George Will, critique acharné de Barack Obama, est de ceux-là. En s’appuyant sur des études incontestables, il fait valoir que la pression du travail immigré sur les salaires est minime (0,1%), largement compensée ensuite en gains de croissance. Les nouveaux venus, ayant pris des risques, démontrant leur mobilité, arrivent avec des désirs et des projets. Un petit commerçant sur cinq, aux Etats-Unis, est un immigré. Et 40% des plus grandes sociétés américaines ont été fondées par des entrepreneurs venus d’ailleurs. La seule manière de maintenir une économie vibrante, dit Will, c’est d’accepter ce sang neuf.

Cette façon de voir peut aussi s’appliquer en Suisse. Le 9 février, le peuple a d’une main légère donné le tour de vis à l’immigration que voulait l’UDC, et de l’autre plébiscité la modernisation des chemins de fer, submergés, disent les écolo-xénophobes, par trop de passagers étrangers. Pour mener à bien, et dans de bons délais, ces grands chantiers ferroviaires, il va falloir des têtes et des bras. D’où viendront-ils ?

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