ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Vincent Bourgeois, IMD: «Le recrutement n’est pas un souci pour nous»

Pour cette quatrième interview de ma série consacrée aux DRH de Suisse romande, je quitte les ruelles lausannoises pour le bord du lac ; rendez-vous a été pris dans le Saint des saints de la formation destinée aux « Global Leaders » de tous pays : l’IMD. C’est donc dans le campus hétéroclite d’une institution pourtant très helvétique que je rencontre Vincent Bourgeois, DRH de la vénérable maison. Une belle occasion de vérifier si ce que l’IMD fait à l’extérieur se voit à l’intérieur…

 

Au vu des compétences réunies sous ce toit, on se dit qu’a priori, vous ne devez pas avoir trop de difficultés ni à mettre en place une stratégie RH à l’épreuve du feu, ni à développer des outils technologiques internes de haut vol (ndlr : l’IMD a récemment inauguré un Centre dédié à la transformation digitale en partenariat avec Cisco) ?

Effectivement (rires). A l’IMD, nous avons la chance de bénéficier de cerveaux hors normes et d’expertises de haut vol au travers de professeurs qui interviennent non seulement auprès de nos clients, mais qui sont également largement impliqués dans les réflexions internes.

Néanmoins, pour que les stratégies soient effectives et efficaces, il faut être en mesure de les ramener à la réalité du terrain, le côté « real world, real learning » qui est justement le motto de l’IMD ; sans cela, impossible de traduire les exigences de la stratégie en attente envers chaque collaborateur. Ainsi, nous sommes parfois confrontés aux mêmes difficultés que toutes les entreprises : faire le lien entre les objectifs de la société et le rôle que chacun peut ou doit jouer à son niveau pour atteindre ces objectifs. Et c’est aussi là que la culture d’entreprise de l’IMD se révèle très particulière.

 

Est-ce à dire que la culture d’innovation de l’IMD en tant qu’institution se retrouve chez les collaborateurs, y compris du côté plus administratif?

C’est exactement ça : nous évoluons dans un environnement qui ne cesse de se réinventer, de chercher de nouvelles idées, de nouveaux concepts, non seulement du côté clients, mais également du côté interne. A l’IMD, chaque collaborateur se sent partie prenante de cet ADN et s’évertue à apporter sa pierre à l’édifice. Le côté positif, c’est que nous avons un engagement extrêmement fort de nos employés.

Pourtant, il peut également y avoir un aspect frustrant, car il est évident que toutes les bonnes idées ne peuvent pas être développées et que chaque personne a un rôle qui est essentiel pour le bon fonctionnement de la société, prioritaire sur les autres rôles qu’elle pourrait endosser à côté de son « travail principal ». Par exemple, nous avons proposé des programmes de formation à certains collaborateurs pour qu’ils puissent devenir « coachs » à l’interne, mais il est rapidement apparu que cette activité supplémentaire cannibalisait leur rôle initial, notamment parce qu’ils s’investissaient trop dans leur nouveau rôle !

 

Etant donné l’engagement dont vous parlez, je suppose que vous n’avez pas vraiment de problème de recrutement, ne serait-ce que par cooptation?

Effectivement, le recrutement n’est pas un souci pour nous : la réputation de l’IMD et son statut de leader dans son domaine lui donnent une aura telle que nous pouvons choisir les meilleurs profils sur le marché. Par contre, il y a certaines idées reçues contre lesquelles nous devons parfois lutter : par exemple, la plupart des gens viennent travailler à l’IMD avec l’idée avouée ou non de bénéficier d’une formation proposée par l’IMD.

Or, pour la majorité des collaborateurs, les formations destinées à nos clients ne sont pas celles qui correspondent à leur métier ou leur profil. Du coup, quand nous leur proposons des formations à l’extérieur, il arrive que nous nous heurtions à un manque de compréhension et, en tant que DRH, ce n’est pas toujours évident de placer les attentes au bon niveau.

 

Et quant aux attentes de la direction? Vous venez d’inaugurer un Centre dédié à la transformation digitale, on vous imagine donc pionnier dans la transformation digitale de votre propre entreprise et dans l’évaluation de ses résultats…

Comme nous sommes entourés d’experts, on nous demande effectivement de justifier notre ROI (retour sur investissement) sur les actions entreprises dans le sens d’une transformation culturelle et technologique; or, à ce jour, il est difficile, même pour nous, d’arriver à évaluer quantitativement le ROI RH, notamment sur des notions de bien-être au travail, d’évolutions des mentalités, de l’organisation. De plus, comme dit précédemment, nous n’avons pas de problèmes à recruter et les gens forment une vraie communauté, ce qui ne génère aucun sentiment d’urgence. Mon rôle est davantage de créer une prise de conscience sur le long terme, notamment si nous voulons renforcer la relation avec nos clients.

Pour cela, il faut que nous ayons des processus clairs, des rôles définis et que les collaborateurs puissent agir dans le sens de l’entreprise, à leur niveau. L’IMD est une fondation à but non lucratif, mais elle évolue dans un écosystème extrêmement concurrentiel. A nous de jongler entre la culture de l’innovation et une organisation cohérente, et aux RH de traduire la stratégie en actions concrètes pour les collaborateurs. Finalement, mon rôle est de créer des ponts entre les outils et les envies, et de faire en sorte qu’aucun des deux ne conditionne l’autre.

 

En quittant le campus, je me dis qu’il ne doit pas être tous les jours facile d’expliquer à des gens qui travaillent dans un 5 étoiles pourquoi ils ne peuvent pas y passer la nuit alors même qu’ils partagent le même restaurant que les clients de l’hôtel… et que d’avoir les meilleurs stratèges et les outils les plus performants peut parfois faire oublier l’essentiel : la gestion administrative et les contraintes de la vie de tous les jours, celles des gens « d’en bas »… 

 

La bio non censurée de l'invité

Avant d’embrasser une carrière dans les ressources humaines, Vincent Bourgeois a eu divers rôles dans la finance et la comptabilité. Il a grandi dans une famille d’entrepreneurs indépendants dans laquelle le service à la clientèle, l’écoute et le respect d’autrui ont toujours fait partie des valeurs clés. Sa première incursion dans le monde des ressources humaines se fait en l’an 2000 dans un rôle de gestionnaire salaires et de caisse de pension de la Société Internationale de Télécommunications Aéronautique (SITA), à Genève, organisation qu’il a rejointe après une année sabbatique en Australie. Son intégration à l’équipe RH lui donne rapidement envie d’élargir ses connaissances et ses compétences. Il obtient alors un brevet fédéral de Spécialiste en gestion de personnel.

Dès 2003, il intègre la cellule SIRH au siège international de Nestlé qui est alors en pleine mutation avec la mise en place de SAP et la refonte de ses processus RH. A la suite de ce projet, Nestlé Nespresso lui ouvre ses portes avec un rôle de responsable Compensation & Benefits au sein de l’équipe ressources humaines de son siège mondial alors à Paudex.

En 2008, l’envie de relever un nouveau défi l’amène ensuite à prendre un rôle de responsable RH dans une start-up américaine active dans la haute technologie médicale où il va dans un premier temps devoir établir la fonction RH pour l’Europe et le Moyen-Orient. Le fort développement des affaires de cette société basée dans la Silicon Valley, couplé à sa volonté de répondre au mieux aux besoins croissants de l’organisation envers la fonction RH, l’amènent à se lancer dans l’aventure du MAS Human Capital Management auprès de la HEIG-VD à Yverdon.

En septembre 2012, il rejoint l’IMD et le monde fascinant de l’éducation où l’humain est, plus qu’ailleurs, au centre des préoccupations et où les défis pour les ressources humaines se renouvellent sans cesse.

Marié et père de deux filles, il dédie la plupart de son temps libre à sa famille et à ses amis avec qui il apprécie particulièrement de partager sa passion pour les bons vins.

 

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