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FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

Vin d’ici et d’ailleurs - Une invitation au voyage

Si l’heure de la rentrée a sonné, sauf pour quelques chanceux qui jouent encore les douces prolongations grâce aux jeûnes, le vin constitue plus que jamais la promesse d’une évasion mentale, une merveilleuse invitation au voyage. La destination peut être lointaine ou plus proche, peu importe; pourvu que l’on soit transporté. Frotté à l’inconnu, empruntant parfois des chemins de traverse, le voyageur-dégustateur - guidé par ses sens - part à la découverte d’un monde liquide d’une richesse et d’une diversité inouïes.
Morceaux choisis - une référence par caviste, pour plus de lisibilité - qui ont fait particulièrement vibrer l’auteur de ces lignes; autant de prétextes à des souvenirs parfois et à des projets souvent.

Sélection www.magnin-vins.ch
Rhum arrangé banane-cacao, Ti rhums de Ced’, Martinique, CHF 37.80 (4ème bouteille)
Rhum agricole AOC de Martinique, banane, fèves de cacao, sirop de sucre de canne et vanille bourbon de Madagascar: voilà les ingrédients de cette boisson typique de terres aussi lointaines qu’ensoleillées. Robe acajou aux reflets doucement cuivrés, nez où apparaissent successivement le cacao, la banane et enfin la vanille. Attaque très ronde en bouche, suave, sans agressivité aucune.
Pour mémoire, le rhum agricole est réalisé à partir de jus de canne fermenté, au contraire du rhum industriel (ou traditionnel) qui - lui - provient du traitement des résidus de mélasse issus des sucreries. Clin d’oeil de l’histoire, à l’origine le rhum agricole en Martinique était le fait de petits producteurs trop éloignés des sucreries pour y valoriser leur production de canne à sucre. Une véritable bénédiction qui permet aujourd’hui aux sept distilleries actives de Martinique de proposer un produit à la fois qualitatif et très authentique. 

Sélection www.moevenpick-wein.com(cellier de Meyrin (GE))
Furmint dry Mandolas, Tokaj Oremus, Hongrie, 2012, CHF 14.60 (1ère bouteille)
Dommage que la Hongrie ne soit pas davantage présente à l’esprit des amateurs de vins originaux, atypiques mais très authentiques. Seul le tokaj aszu, « vin des rois, roi des vins » selon Louis XIV, suscite de longue date l’enthousiasme des connaisseurs. C’est oublier un peu vite que le territoire de ce pays est particulièrement propice à la culture de la vigne: présence autrefois d’une mer et de nombreux petits volcans qui ont façonné un terroir qualitatif, climat continental avec des étés chauds et des hivers très froids, et un savoir-faire qui remonte aux Romains.
Cette bouteille issue à 100% du cépage local furmint propose un bel aperçu du potentiel de la Hongrie en matière de vin. Arômes qui rappellent ceux des Tokaj 3 puttonyos - les fameux surmaturés - sans le sucre, avec une bouche très fruitée.
A noter que ce domaine appartient depuis 1993 au groupe espagnol Vega Sicilia, preuve de l’intérêt de la région. 

Sélection www.vogel-vins.ch
Veran, Bodega Biniagual, Mallorca (Majorque, Espagne), 2010, CHF 29.50 (1ère bouteille)
Pure coïncidence évidemment, deux vins de Majorque apparaissent dans les choix proposés (voir plus bas, sélection de CAVE SA). Certains y verront un signe, celui d’une viticulture de qualité qui résiste aux excès du tourisme de masse et à ses inévitables clichés. Outre la syrah (25%) et le cabernet sauvignon (20%), ce vin fait la part belle à un cépage local, le manto negro (55%). Une bien belle manière de remettre en valeur un patrimoine ampélographique quasiment perdu il y a peu. Avec une robe presque pourpre, ce vin propose un voyage olfactif et gustatif à qui lui laisse le temps de s’épanouir. Au fil de la dégustation en effet, il montre plusieurs visages différents, évoluant sous l’effet de l’oxygénation. Les fruits rouges et noirs, avec des traces empyreumatiques au premier nez, laissent progressivement la place à des notes plus sauvages, animales, avec des odeurs de cuir. Des tanins présents mais très ronds structurent la bouche, ronde et puissante, comportant en finale une légère acidité. Rafraîchissante et bienvenue telles quelques brasses en pleine mer après une journée chaude comme en connaît cette île dont le potentiel en matière de vins réserve de bien belles surprises. 

Sélection www.alfavin.ch
Sud del Sud, Tenute di Eméra, Salento IGP (Pouilles, Italie), 2014, CHF 18.- (1ère bouteille)
Région la plus orientale d’Italie, les Pouilles se situent dans le talon de la botte pour ceux que les cours de géo n’ont jamais passionnés. Grâce à son climat méditerranéen, alternant les étés secs et chauds avec des hivers pluvieux et doux, les cultures de toutes sortes y prospèrent allègrement. La meilleure preuve? Il s’agit de la première région productrice d’huile d’olive d’Italie, et donc (presque) du monde. Le problème? En matière de vin, le mètre étalon a été pendant très (trop!) longtemps la quantité, au détriment de la qualité. Des hectolitres de piquette à vous assumer le plus robuste buveur polonais. Pourtant, comme souvent, de petits producteurs ont relevé le défi de produire moins pour produire mieux, à l’instar de Claudio Quarta du domaine Tenute di Eméra. Sa cuvée Sud del Sud marie des cépages autochtones tels le primitivo et le negroamaro à d’autres, plus internationaux, comme la syrah, le merlot et le cabernet sauvignon. Enumérer les concours dans lesquels ce vin a été salué serait fastidieux, tant ils ont été nombreux. Il suffit de le déguster pour comprendre tous les atouts de cette région et le savoir-faire du vigneron. Robe rubis intense, nez alternant fruits rouges, pruneau, épices et balsamique. Le degré alcoolique élevé dans l’absolu - mais parfaitement conforme à la région, 14° - pourrait laisser présager un certain déséquilibre en bouche. Il n’en est rien, grâce à une vinification en cuve inox notamment.

Sélection www.axelvotresommelier.ch
A Clara, Domaine de la Garance, vin de France, Languedoc, 2015, CHF 15.- (3ème bouteille)
« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » Nicolas Bouvier, à qui l’on doit ces délicieuses lignes, en savait un rayon sur le voyage. Nul doute qu’il aurait aimé ce vin iconoclaste, hors des sentiers battus, original à tous points de vue. Tout y est pour brouiller les repères, faire diversion, jouer les illusions. Sa classification en vin de table? Il s’en amuse jusque sur son étiquette aux allures de cahier d’écolier. Son prix dérisoire en regard de sa qualité? Il laisse les buveurs d’étiquettes dépenser davantage ailleurs. Le cépage principal dont il est issu? Il prouve que le pinot noir (60%, complété par 40% de grenache), cultivé intelligemment en plein Languedoc, peut faire merveille. Son degré alcoolique? A 12%, il se joue de ses origines sudistes tel un prestidigitateur. Le résultat? Un plaisir fait de fruits croquants, de fraîcheur, avec une finale juteuse à souhait. Un vin aux accents septentrionaux qui ne doit pas faire oublier un travail titanesque à la vigne et à la cave pour obtenir pareil équilibre.
Il n’y a vraiment pas besoin d’aller chercher bien loin pour être déboussolé!

Sélection www.cavesa.ch
Acrollam blanc, Barbara Mesquida Mora, Mallorca (Majorque, Espagne), 2014, CHF 19.50 (1ère bouteille)
Majorque, la plus grande des îles Baléares, constitue dans l’esprit de beaucoup le cauchemar absolu en matière de tourisme. Plages surpeuplées, offre culturelle réduite à peau de chagrin, nature envahie par le béton. Force est de reconnaître qu’il faut parfois dépasser ses préjugés pour faire de très belles découvertes. Pour preuve, ce vin qui prend un malin plaisir à se jouer des apparence. Un peu comme son nom, Acrollam, anagramme de Mallorca. Culture biodynamique, sols labourés à l’aide d’un cheval, infusion de plantes médicinales pour stimuler les défenses naturelles de la vigne. Un merveilleux pied de nez à l’image peu reluisant de cette région qui, pourtant, a de beaux atouts à jouer.
Assemblage de chardonnay et de prensal blanc, cette cuvée riche, complexe et très équilibrée - malgré la chaleur, une prouesse! - associe des notes de fruits blancs à une très grande fraîcheur. Superbe voyage!

Sélection www.lacouleurduvin.ch
Jardin suspendu, Domaine Pierre-Jean Villa, Condrieu AOC, 2014, CHF 46.- (1ère bouteille)
Le viognier étant assez caractéristique au niveau de ses arômes - avec des notes typiques de violette, d’abricot et de fruits exotiques notamment - et relativement peu répandu, la destination du voyage peut aisément se deviner dès l’ouverture de la bouteille: la rive droite de la vallée du Rhône, la région de Condrieu. On passe souvent à proximité de la ville éponyme, sur l’A7, entre Lyon et Valence, en direction du Sud. Encore faudrait-il prendre le temps de s’y arrêter. Peut-être les heureux dégustateurs du Jardin suspendu en feront-ils leur jardin secret, tant cette cuvée interpelle par sa limpidité et sa longueur en bouche. Un vin blanc protéiforme, capable par sa grande buvabilité de régaler à l’apéritif comme d’accompagner un repas entier, dessert compris. A noter que pour apprécier toutes ses qualités, comme tout grand vin blanc, la température de service ne doit pas être trop fraîche, faute de quoi le voyage peine à démarrer. 10-12°C paraît raisonnable pour un décollage dans de bonnes conditions.

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