<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Villes: vive les bobos!

A quoi tient le développement d’une ville?

Il y a son histoire qui lui sert de socle, mais cela ne suffit pas. Il faut créer une habileté à prospérer en attirant de nouveaux habitants, ce qui n’est possible qu’en créant des emplois, des logements, en offrant un niveau de sécurité élevé, des transports de qualité, une fiscalité attractive et au-delà une vie sociale active. Bref, une vie agréable.

Autant dire beaucoup de variables pour des entités limitées.

Pour mériter le terme de ville, il faut seulement 10 000 habitants en Suisse, l’équivalent d’une petite barre HLM en Chine. Cela n’empêche pas d’avoir du génie, même à si petite échelle. La concurrence entre communes prouve avec ce que permet le système politique suisse qu’il y a des leviers pour faire émerger des localités. Reste qu’il faut une vision nécessairement plus large, ne serait-ce que pour aborder les problèmes de transport et de flux en général.

Mais qu’en est-il de la qualité des gens qui habitent une ville?

L’auteur américain Richard Florida a publié un livre en 2002 qui tablait sur l’émergence d’une nouvelle classe, les créatifs, qui à elle seule permettait l’émergence de villes prospères, en laissant de côté les attributs habituellement associés au développement citadin comme les infrastructures. Cette vision a été consacrée le jour où Carly Fiorina, alors CEO de HP, avait déclaré en substance à une conférence des maires américains: «Attirez les créatifs dans vos villes et les entreprises viendront naturellement à vous.»

La théorie a passablement été attaquée depuis.

La vision est trop simpliste, expliquent les détracteurs de Florida pour qui, si la prééminence de l’œuf et de la poule n’est pas réglée, il en va de même des villes et de ses habitants. Certes. Reste que bizarrement les villes les plus dynamiques sont de moins en moins associées à des seuls pôles industriels forts mais de plus en plus à une mixité de compétences et qu’un pays comme la Suisse a davantage de cartes à jouer a priori dans une économie basée sur le savoir. Que manque-t-il alors à cette vision? A vrai dire, pas grand-chose. Florida a peut-être été attaquée car il ne faut pas faire croire à n’importe quel patelin qu’il peut devenir branché du jour au lendemain. Mais si la classe créative est urbaine, mobile, qualifiée et connectée, alors elle correspond effectivement à une population capable de générer plus de richesses qu’une autre. Vive les bobos dans nos villes!

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