Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VEVEY / Stefano Stoll, montreur d'"Images"

Il incarne "Images", dont il s'occupe avec Raphaël Biollay. A quelques jours de l'ouverture, le directeur du festival veveysan court comme un lapin d'un entretien à un autre. Stefano Stoll doit aussi répondre au téléphone. "On m'annonce une catastrophe toutes les vingt minutes." Difficile de mettre au point une manifestation se déroulant à l'intérieur. Alors, vous pensez! Dans la rue... 

Stefano Stoll, comment "Images" est-il né?
D'une catastrophe! A la fin des années 1990, les Ateliers de construction mécanique, qui constituaient le fleuron industriel de la ville, ont été pris dans la faillite, plus ou moins frauduleuse, de Werner K. Rey. Finie la construction de trains et de tracteurs... Le chômage local a explosé. Vevey a perdu une partie de son identité. Pour pallier cette crise, doublée d'un choc émotionnel, la municipalité a recensé ce qui lui restait, en plus de Nestlé bien sûr. Il y avait l'Ecole de photographie, le Musée suisse de l'appareil photographique, le Musée Jenisch et ses estampes. Est alors né le concept de "Vevey, ville d'images". Les armoiries de la ville ont été remplacées sur les papiers officiels par un logo. C'était presque du marketing. 

Il y avait aussi eu auparavant un festival de cinéma à Vevey.
Effectivement. Il était voué à la comédie. Nous avons en quelque sorte poussé sur ses ruines avec "Images". Restait à donner à la nouvelle manifestation une forme et un sens. Il existait déjà entre 300 et 400 festivals tournant autour de la photo! Je suis alors délégué à la culture. J'ai derrière moi l'expérience des "Journées photographiques" de Bienne. Une manifestation à la forme traditionnelle, avec des expositions situées dans divers lieux de la cité, à découvrir. En 2007, la première édition d'"Images" se situe dans cette lignée. Le succès se révèle très moyen. Le Conseil de fondation se demande s'il faut continuer. On me consulte. Je suis face à un doute. Faut-il tout arrêter ou prendre le risque de faire autre chose? Je finis par considérer que la solution se trouve dans le problème. Pour montrer qu'"Images" fait de Vevey une ville d'images, il faut en mettre partout dans la rue. 

C'est à dire...
Le label doit prendre corps. C'est aux Veveysans qu'il faut s’adresser en premier, pour leur redonner confiance en une idée. Pas aux gens venus de l'extérieur. Investir l'espace public donne au festival une raison d'être. Cela suppose aussi une autre manière de montrer. Nous devons nous concentrer sur le grand format. Il n'y aura pas de billet d'entrée puisque nous resterons en grande partie dehors. "Images" sera une fête gratuite pour tous. 

Comment les choses se sont-elles passées?
Nous avons réalisé un essai, avec peu de moyens financiers, en 2008. Les retours ont été positifs. Cela nous a encouragé à voir plus grand en 2010, et encore davantage en 2012. Cette année, nous proposons 68 projets. C'est un défi. Travailler à l'extérieur suppose un somme invraisemblable d'aléas. Une cité bouge sans arrêt. Vous apprenez à un moment que le bâtiment prévu sera démoli, ou au contraire rénové. La maison sur laquelle vous allez intervenir change de propriétaire, et la discussion repart à zéro. Pour 68 projets matérialisés, il y en a eu au moins autant qui se sont effondrés en cours de parcours. 

Vous ne vous contentez pas de montrer des photos encadrées sur des cimaises.
Tout est conçu pour nous. Nous contactons des artistes, dont un travail actuel ou plus ancien nous intéresse. Nous lui passons une commande. Il créée ou réinterprète. Nous nous occupons de la production et de l'intendance. Le résultat ne sera montré qu'à Vevey. Une reprise ultérieure serait forcément différente. 

Vous avez adopté un rythme biennal. Ne s'agit-il pas là d'une cadence difficile?
Je trouve la périodicité excellente, au contraire. C'est un rythme que beaucoup de festivals devraient adopter. Il allége tout d'abord le calendrier surchargé des rendez-vous romands. Il permet en plus de mieux faire la recherche de bailleurs de fonds. Et surtout, il donne le temps de réfléchir. Avec une fréquence annuelle, vous pliez bagages, vous vous octroyez deux semaines de vacances, et c'est reparti. Tête baissée. Il ne faut en plus pas se leurrer. Pour la plupart des gens, deux ans passent aussi vite qu'un claquement de doigts. Ils ne vous oublient pas. 

Quel est au fait le financement d'"Images"?
Essentiellement public: ville, région, canton. Nous nous adressons aux privés non pas afin de gonfler le budget, mais pour des projets spécifiques. Des choses qui se dérouleront parfois dans leurs entreprises. Le tissu économique se voit ainsi intégré dans une démarche culturelle. 

Y a-t-il un thème?
Oui et non. Nous avons un titre un peu vague. C'est "Miroirs, reflets et faux-semblants" cette année. Nous le faisons parce qu'il existe une demande de fil rouge. Notre but reste en fait, avec Raphaël Biollay, de trouver des adéquations entre des photos et des lieux. Je vous donne un seul exemple pour 2014. Il y avait un cliché de John Baldassari, un artiste américain conceptuel aujourd'hui octogénaire, montrant un homme derrière un réseau de lignes. Nous avons obtenu, avec son autorisation, d'en tirer une épreuve de 200 mètres carrés. Elle sera provisoirement collée sur le mut de l'ancienne prison. Nous donnons ainsi une interprétation de cette image déjà ancienne. 

Y a-t-il un catalogue prévu?
Non. Nous n'allons pas, pour cet itinéraire s'adressant à Monsieur et à Madame Tout-le-monde, sortir un ouvrage lourd et encombrant, qui coûte en plus 80 francs. Il existe un livret, petit, maniable, qui peut se glisser dans une poche. Nous le vendons 15 francs. Le prix coûtant. Il tient de la déclaration d'intentions. Au moment de la maquette et de l'impression, les œuvres ne sont pas encore en place. Nous publions donc, par la suite, une "Revue d'Images" montrant la réalité des choses. Il s'agit là, comme son nom l'indique, d'un gros journal.

Pratique

"Images", divers lieux dans Vevey, du 13 septembre au 5 octobre. Expositions intérieures ouvertes tous les jours de 11h à 19h. Site www.images.ch Photo (Wavre/Rezo/Bilan): Stefano Stoll, qui s'occupe d'"Images" depuis 2007.

Prochaine chronique le jeudi 11 septembre. Les "Journées du patrimoine" approchent. Je vous raconte l'histoire de l'"Ecu d'or", créé en 1946.

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