Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VEVEY/David Hominal présente ses multiples au Musée Jenisch

Crédits: David Hominal/Musée Jenisch

Il y a les beaux parleurs. Et puis les autres. David Hominal fait résolument partie des seconds, comme les journalistes ont pu le constater il y a un mois, avant le vernissage au Musée Jenisch de Vevey. En public, le Haut-Savoyard bafouille. Cafouille. Quand il n'arrive pas à terminer une phrase, c'est plutôt bon signe. Cela veut dire qu'il sera au moins arrivé à la commencer. 

Dans ces conditions, Laurence Schmidlin, commissaire de l'exposition, a dû beaucoup meubler, tout en demandant par instants à l'artiste d'au moins acquiescer. Il s'agit heureusement d'une virtuose de la formule toute faite. Cette jeune femme par ailleurs très brillante possède à la perfection le vocabulaire désincarné de l'art contemporain. Aucun mot concret. Notez que l'auditeur comprend au moins ce qu'elle veut dire. Il n'en va pas de même pour Stéphanie Moisdon, qui cosigne le catalogue à venir. Je ne résiste pas au plaisir de citer cette dernière, en utilisant un extrait prépublié. «Hominal refuse à l'art tout pouvoir de conciliation et de réconciliation, répondant par l'accumulation de mots ou de moules, laissant irrésolues et indécidables les oppositions du haut et du bas, du majeur et du mineur, toutes ces limites entre la littérature, la peinture et l'image qui structurent encore aujourd'hui la pensée.» Ben voyons!

Une carrière de graveur

Quand on a enlevé ces mots en kit, utilisables finalement pour n'importe quoi et n'importe qui, que reste-t-il de cette présentation occupant les six salles du rez-de-chaussée? Assez peu de chose. Mais au propre. La présentation offre quelque chose de minimal, en accord avec une création actuelle se voulant volontiers anorexique. Il y a par exemple une vidéo, où les mains de l'artiste, filmées voltigeant en gros plan, cherchent dans l'espace quelque chose d'indéfini. On aurait pu imaginer un moniteur pour montrer la bande au public. Eh bien non! Elle s'inscrit en projection, assez floue, sur tout un mur. Une bonne quinzaine de mètres en largeur. Dans le doute, aujourd'hui, on montre très grand. 

Autrement, l'artiste offre ici ses multiples. La gravure avant tout (1). Né en 1976, il pratique cette dernière depuis le temps de ses études, faites à Lausanne. Il existait, à l'Ecole cantonale d'art, des ateliers où engranger des connaissances techniques. Hominal utilisait alors l'aquatinte. Il réalisera plus tard à Vevey des xylographies, ou estampes sur bois, avec une presse mise à disposition par un ami. Le Français répondra par la suite à des commandes ponctuelles. Il abordera ainsi la sérigraphie à Amsterdam. Tout un mur du Jenisch, et un vaste, se voit du coup couvert par la reprise des déclinaisons colorées du cromalin, système coloré servant à contrôler le bon à tirer. Il faut reconnaître que ces ronds sont très décoratifs. Plutôt joyeux. Laurence Schmidlin en parle cependant avec tant de conviction qu'on finit ici par croire que David Hominal a accouché du plafond de la Sixtine.

Un artiste très exposé 

Si l'expression peut sembler limitée, si l'artiste demeure un taiseux, il faut cependant reconnaître que, côté réseau, c'est un fortiche. On ne compte plus les collectives auxquelles il a participé depuis 2001, d'Anvers à Berlin, en passant par New York. Hominal a aujourd'hui 16 expositions personnelles à son actif, la première ayant eu lieu en 2004. Plusieurs se sont déroulées chez Kamel Mennour, qui appartient au gratin des galeristes parisiens. Autant dire que l'homme bénéficie d'une audience internationale. Ajoutez à cela les prix et les résidences. Le Suisse d'adoption a réussi, avec l'ensemble de ces prestations, une percée que l'on peut considérer comme durable. Vevey ne constitue par conséquent qu'une étape dans son parcours. La gravure pour une fois, et non comme souvent la peinture, dont elle forme le prolongement. «Ses estampes et ses multiples forment comme l'écume de sa pratique picturale.» Je cite ici Laurence Schmidlin. 

(1) Je rappelle que le Musée Jenisch est avant tout voué aux expressions sur papier.

Pratique

«David Hominal», Musée Jenisch, 2, venue de la Gare, Vevey, jusqu'au 15 mai. Tél. 021 925 35 20, site www.museejenisch.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 20h.

Photo (David Hominal/Musée Jenisch): Des ronds colorés inspirés par le système des bons à tirer.

Prochaine chronique le vendredi 8 avril. Le Mudac de Lausanne se penche sur la sécurité avec "Sains et saufs".

 

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