Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VEVEY/Argent. Direction. Le Musée Jenisch vit des temps incertains

Crédits: Musée Jenisch

Si l'exposition Ulla von Brandenburg peut séduire, si le Musée Jenisch propose depuis quelques jours dans son Cabinet des estampes un intéressant Alexis Forel dont je vous parlerai un de ces jours, l'atmosphère n'est pas au beau fixe dans l'institution. Et cela depuis longtemps. Tout a commencé, selon certains, par une rénovation un peu ratée en juin 2012. L'institution perdait ses étages intermédiaires, inaccessibles aux infirmes. Les architectes Bakker & Blanc avaient par ailleurs réfrigéré au maximum une atmosphère qui n'avait pas besoin de cela. Les rapports étaient déjà glaciaux entre le responsable d'alors et la Municipale en charge de la culture. Dominique Radrizzani démissionnait de son poste directorial à la fin de l'été 2012. 

Il a fallu du temps pour nommer Julie Enckell Julliard à sa place. Depuis longtemps dans la maison, elle était pourtant déjà intérimaire. Les choses ont alors repris leur cours. Laurence Schmidlin a cependant quitté la tête du Cabinet cantonal des estampes qu'elle avait repris de Lauren Laz, également démissionnaire. Elle partait pour le Musée des beaux-arts de Lausanne. Seconde mauvaise nouvelle, la Municipalité a coupé fin 2016 les crédits d'acquisition des deux tiers. Troisième affaire, la directrice Julie Enckell Julliard a rendu son tablier après avoir trouvé un poste à la HEAD genevoise. C'était en décembre dernier. Rien n'a été fait pour remplacer l'une ou l'autre de ces deux dames. Aucun appel d'offres. De là à croire que la Ville se désintéresse totalement du Jenisch ...

Bisbilles municipales

Il faut dire que la Municipalité s'entre-déchire, ce qui prend du temps et de l'énergie. Tout a commencé par l'élection en mars 2016 de Michel Agnan, qui chapeaute la Culture depuis le 1er janvier 2018, Marie Neumann étant aujourd'hui déléguée. Cet élu d'origine haïtienne s'est opposé (ou a été attaqué) par ses chers confrères. D'où une paralysie quasi totale. Guerre de tranchées. Lausanne a bien tenté de jouer les médiatrices cantonales. Mais sans résultat autre qu'un envenimement. N'est pas Nicolas de Flüe qui veut (1) Les discussions ont été rompues. Je ne sais pas très bien où on se situe maintenant. 

Nestlé s'est ensuite invité à cette absence de fête. La multinationale, dont les liens avec la cité veveysanne se délitent, devait créer un lieu permanent pour le festival de photos «Images» et continuer à aider (un peu) le Jenisch, qui accueille par ailleurs une partie de sa collection (modeste pour une aussi grosse entreprise). Une querelle immobilière avec la Ville a dérapé. Nestlé a piqué la mouche. Il a enterré le projet «Images» et coupé les subventions au Jenisch, qui garde cependant les œuvres en dépôt. Un nouveau trou dans le budget du musée, même si ce dernier n'a ni directeur, ni conservateurs. Si le sais bien lire un ordinogramme, il ne possède en ce moment que trois conservatrices-adjointes.

Auto-gestion 

Le plus étonnant, c'est que cela ne fonctionne pas si mal ainsi. Le «cœur», la mauvaise idée de 2012, a été transformé de manière intelligente en Cabinet des estampes. Il existe un programme pour 2018 et même pour 2019 (même si ce dernier reste secret). Il n'en faudrait pas moins que le musée retombe sur ses pieds, même si la France offre des exemples de lieux en involontaires auto-gestions qui me semblent tenir le coup. Avec l'auto-gestion, on sait au moins sur quel pied danser!

(1) Ascète suisse du XVe siècle, que l'on venait consulter pour rétablir la paix.

Photo (Musée Jenisch): L'invitation pour les 120 ans du musée. Tout allait encore à peu près.

Ce texte intercalaire suit celui sur Ulla von Brandenburg au Jenisch.

 

 

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