Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VERSAILLES/Les jardins, de Latone à Othoniel

Plus encore qu'un palais, Versailles constitue une suite de jardins bien peignés. C'est le grand héritage de Louis XIV, qui aura suscité durant un siècle une épidémie de «parcs à la française», de l'Allemagne au royaume de Naples. Une année André Le Nôtre, dédiée au paysagiste du souverain, l'a d'ailleurs rappelé en 2013. 

Seulement voilà! Ce patrimoine exige des soins aussi infinis que constants. Et donc beaucoup d'argent. Or, dès le règne de Louis XV, Versailles s'est désagrégé. Louis XVI, sacrifiant aux goûts de midinette de Marie-Antoinette, a détruit nombre de bosquets, dont l'extraodinaire Labyrinthe. Napoléon et Louis XVIII ont poursuivi sur la lancée. Il ne reste donc qu'une petite partie de l'héritage, balayé par l'ouragan Lothar en décembre 1999. Versailles s'est alors trouvé déboisé. Presque chauve.

Mécénat genevois

Que faire? La politique a beaucoup oscillé en ce domaine. Disparu en 1804, le Bosquet des Trois Fontaines a été somptueusement reconstitué avec de l'argent américain. A la tête du Domaine de Versailles de 2007 à 2011, Jean-Jacques Aillagon se déclarait en revanche opposé aux pastiches. Il fallait ouvrir le parc aux créateurs contemporains. D'où quelques belles incohérences. Signalons tout de même une réussite dans la nouveauté. Le Miroir d'Eau s'est vu doté de jets oscillant au rythme de la musique baroque. Gageons que Louis XIV, qui ignorait par programmation par ordinateur, aurait aimé voir ça. 

Il y a quelques semaines, Versailles a dévoilé deux inédits. Le premier constitue le fruit d'une longue restauration. Ultime vestige du premier Versailles, celui joyeux des années 1660, le Bassin de Latone a été pris en charge par Philanthopia, la Fondation créée en 2008 par la banque Lombard Odier de Genève. Il fallait tout démonter et tout reprendre, à commencer par les canalisations souterraines de plomb. Notez que que comme celles-ci dataient de Louis XIV, elles ont été bien gentilles de tenir jusqu'ici.

Perles de verre doré 

Après un lifting à huit millions d'euros (le même prix que la Galeries des Glaces, refaite par le groupe Vinci), le bassin brille de mille feu. Comme sur les toitures de la cour, on n'a pas lésiné sur la dorure. On ne donnait pas dans le discret, il y a trois siècles et demi. La statue de Latone est aujourd'hui une copie. L'observateur notera du reste, que depuis dix ans, la plupart des sculptures de marbre du parc, fragilisées à l'extrême, sont remplacées par des moulages (1). Latone dégage un aspect féerique avec les grandes eaux et le soleil. A l'autre bout du tapis vert, le Bassin d'Apollon semble bien vétuste en comparaison. 

Il ne restait par contre rien du Théâtre d'eau de Louis XIV, détruit en 1775. Rien, si ce n'est une pelouse un peu miteuse. Là, le parti a été d'imaginer. Le paysagiste Luis Benech et le sculpteur Jean-Michel Othoniel ont eu carte blanche. Le résultat a été dévoilé fin mai. C'est une déception, même s'il paraît qu'il faut attendre la croissance des arbres. Il y a d’affreux bancs de marbre rose dessiné par Benech, des plans d'eau et, par-dessus les trois œuvres d'Othoniel, supposées évoquer les danse de la cour au XVIIe siècle. Trois œuvres en perles de verre, comme il se doit.

Un artiste pour le moins répétitif 

Depuis des années, le Stéphanois multiplie en effet les colliers de pacotille. En 2000, il concevait ainsi une grotesque station de métro au Palais-Royal. Jouissant de protections incompréhensibles, ce décorateur de bien petit talent «truste» les commandes publiques. Disons que son intervention à Versailles (trois torsades dorées) ressemble à la ficelle des paquets de Noël tire-bouchonnée avec un ciseau. On n'est finalement pas si loin que ça de Jeff Koons. 

(1) Les statues originales sont à l'abri. Il faudrait les montrer quelque part. Où? C'est la question. Le Louvre ne peut pas tout accueillir. Il vient déjà de recevoir deux énormes groupes sculptés provenant de Marly.

Photo (AFP): Le Bassin de Latone restauré, avec les jeux d'eau.

Ce texte accompagne celui, situé immédiatement plus haut sur la liste, traitant de l'exposition Anish Kapoor à Versailles.

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