Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VERSAILLES/Du nouveau sur six coûteux sièges qui seraient des faux

Crédits: Château de Versailles

Je vous ai récemment dit que le château de Versailles était suspecté d'avoir acquis de bonne foi six siège qui seraient des faux. Il les aurait payé (ou fait payer à des mécènes, ce qui serait encore plus ennuyeux) des sommes astronomiques. Environ 400.000 euros pour une unique chaise ayant appartenu à Marie-Antoinette (ou plutôt ne lui ayant pas appartenu), cela fait tout de même beaucoup. Et que dire de deux autres chaises soit disant livrées à la Du Barry, ultime maîtresse de Louis XV, en 1769? A 840 000 euros en vente publique, c'est énorme. 

Dans son éditorial de juin pour «Connaissance des arts», Guy Boyer avait le courage de raconter une affaire de trafic qui court Paris depuis un an. Il donnait même les noms des marchands naïfs ou indélicats. Dans un article mis en ligne le mercredi 8 juin pour «La Tribune de l'art», Didier Rykner les tait, mais il donne des détails laissant songeurs (1). Il existerait ainsi depuis environ dix ans faubourg Saint-Antoine, l'emplacement traditionnel des menuisiers et ébénistes, une officine discrète faisant à la perfection du faux vieux. Et pas n'importe lequel! Il s'agit toujours de mobilier royal, le seul du XVIIIe valant encore de très gros prix. De fausses marques ou étiquettes donnent de fausses pistes. C'est de là que viendraient par divers biais les six sièges.

Vrais et faux pastiches

Evidemment, rappelle Didier Rykner, Versailles a donné depuis quelques années beaucoup dans le pastiche. Grilles refaites à l'ancienne. Bosquets reconstitués. Lustres de style et j'en passe. Néanmoins, il s'agissait là de restitutions et de compléments conçus comme tels. Il n'en va pas de même ici, jusqu'à ce que l'article se termine sur une chute terrible. Versailles a récemment décidé, afin de séduire les visiteurs, de refaire le lit de Louis XVI. Un meuble porté disparu. Il a donc passé commande à un grand artisan parisien. Or, comble de malchance, celui-ci serait précisément le faussaire. «La boucle est bouclée.» 

Ce n'est pas la seule bonne histoire. Il y avait douze chaises dans la livraison du menuisier Delanois à Madame du Barry. On en connaît aujourd'hui quatorze. On se croirait face aux reliques de certains saints. Mais, après tout, les meubles royaux sont-ils autre chose que de objets de dévotion? 

(1) Harry Bellet a aussi livré son article sur le sujet dans "Le Monde".

Photo (Château de Versailles): Chaises livrées à Madame du Barry en 1769. Cherchez l'erreur.

Texte intercalaire.

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