<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Vers la paix des monnaies?

Que dira l’histoire économique de la période actuelle? Qu’elle aura été sûrement la plus passionnante depuis des décennies. Les crises passent et repassent, mais cette fois quelque chose va changer, c’est sûr. 

Le centre du monde s’est déplacé depuis le choc financier de 2008. Les Etats-Unis ont perdu leur prééminence, la Chine passe du statut d’usine du monde à celui de banque de la planète avec ses excédents investis dans à peu près tout, des obligations américaines à l’immobilier africain en passant par les entreprises du Vieux-Continent.

Signe de cette ère des turbulences, les matières premières vont continuer à s’apprécier – les hedge funds tablent sur l’once d’or à 2000 dollars – et les Etats vont continuer à se livrer une guerre des monnaies… Avant qu’il y ait enfin un accord entre eux. Car le marché ne peut pas fonctionner seul longtemps avec des pays qui ont des conditions économiques si différentes: pour les Américains, autant jouer une partie de foot contre une équipe chinoise qui compterait 15 ou 20 joueurs de plus dans ses rangs tant les deux pays évoluent dans des cadres différents.

Le G20 a une carte à jouer. Son rôle a été décisif pour éviter l’effondrement du système financier en 2008. La prochaine réunion de Corée en novembre sera sûrement l’occasion d’un Yalta des monnaies. A la manière des accords du Plaza qui avaient vu en 1985 le G5 signer un accord sur les taux de change afin – à  l’époque – de déprécier le cours du dollar américain par rapport à ceux du yen et du deutsche mark. Les Chinois se laisseront-ils convaincre de laisser filer le yuan face au dollar?

C’est impératif. Quand bien même un renchérissement de la devise chinoise signifierait un ralentissement économique du pays dont ses dirigeants ne veulent pas entendre parler car personne ne sait – à commencer par eux – l’attitude de la population locale face à un système qui montrerait ses premiers signes de délitement. Reste que les accords du Plaza n’avaient pas été une totale réussite, préparant des crises à répétition sur les marchés, à commencer par le krach de 1987.

Mais personne n’imagine l’économie réelle pouvoir tenir aussi longtemps face à l’incertitude monétaire actuelle. Création d’une nouvelle monnaie d’échange internationale qui serait constituée des devises les plus représentatives, accord USA-Chine sur une fourchette de fluctuation de leurs monnaies ou, plus attendu, inflation organisée côté américain afin de gagner en compétitivité? Tout est possible et se réalisera dans un laps de temps très court.

STÉPHANE BENOIT-GODET RÉDACTEUR EN CHEF

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