<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Vers la faillite morale?

A la suite de la crise financière de 2008, un rapport d’une commission d’enquête parlementaire américaine sur les fautes lourdes commises par Wall Street avait pour titre «Pile je gagne, face le gouvernement se porte à mon secours».

Ce qui résumait bien le sentiment d’impunité qui régnait chez les banquiers. C’est terminé. Les régulateurs semblent cette fois se réveiller, tout comme l’ont démontré en Suisse les actionnaires d’UBS qui ont refusé la décharge aux dirigeants de la banque pour l’année 2007.

Le «génial» John Paulson, dont le hedge fund avait, seul et avant tout le monde, parié sur la chute des subprimes, n’était vraisemblablement qu’un escroc à la solde de Goldman Sachs. Les deux détectaient ensemble des actifs pourris, la banque fabriquant avec ces derniers des produits à haut risque et haut rendement pour lesquels elle trouvait des investisseurs tandis que John Paulson, au courant de la transaction, misait sur la baisse inéluctable de ces mêmes actifs toxiques. Pile je vends des produits chers, face j’encaisse les commissions générées par les opérations de celui qui avait prédit la baisse.

Ce faisant, les banquiers n’ont évidemment pas inventé le mouvement perpétuel servant à créer de la richesse (sauf pour eux) mais bel et bien une escroquerie grand format. Dans le film catastrophe 2012, un officiel de la Maison-Blanche enrage en disant que cela lui fait mal de se dire que les illuminés qui annonçaient la fin du monde avaient raison. On enrage de la même manière que le cinéaste Michael Moore ou le magazine Rolling Stone, parlant de Goldman Sachs comme d’un monstre tout droit sorti du film Alien, ont eu raison avant les régulateurs.

Car c’est le risque de faillite morale qui pèse à nouveau sur tout le système. Goldman Sachs (ses bonus mirifiques après le renflouement de l’Etat américain et sa participation à l’opacité des comptes de la Grèce entre autres crimes et déshonneurs) pose un problème au monde entier. Le monde selon Goldman Sachs va droit dans le mur. Tout comme celui éclairé uniquement par les enquêtes parlementaires, les assemblées d’actionnaires, les humoristes ou les journalistes. Ceux qui participent à la découverte de la vérité ne doivent pas se substituer au pouvoir exécutif dont la tâche est de surveiller et punir. A Washington comme à Berne, le leadership doit revenir en force.

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