Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VÉRONE/Les tableaux volés au musée retrouvés en Ukraine. Une folle histoire

Crédits: DR

Comme tous les lecteurs de journaux, vous savez que leurs histoires n'ont souvent pas de début et généralement aucune fin satisfaisante. Tout se passe au moment du «climax». Or il faudrait pouvoir «suivre». Cela ferait tout de même plus sérieux.

Je vous ai ainsi raconté en novembre 2015 que le Museo del Castelvecchio de Vérone avait été victime d'un braquage, comme une vulgaire banque. Dix-sept œuvres avaient disparu, dont un Rubens, quelques Tintoret, un Mantegna et surtout la «Madone à la caille» de Pisanello, artiste du XVe siècle siècle dont les peintures sont devenues rarissimes. Les voleurs avaient eu tout le temps d'agir (une bonne heure), puis de partir en voiture. L'alarme n'avait curieusement pas sonné.

Frère jumeau et client tchétchène

C'est bien la chose qui chiffonnait la police. Comme pour une affaire analogue, qui s'est déroulée il y a quelques années au Museo d'arte moderna de Rome, il devait y avoir une complicité interne. En mars 2016, on apprenait ainsi treize arrestations. La réalité dépassait cependant la fiction, comme il apparaît maintenant qu'on sait à peu près tout. Le garde fourni par Siruritalia avait monté le coup, aidé par son frère jumeau. Ils étaient liés à une mafia ukrainienne. Le but final aurait été de donner les peintures à un milliardaire tchétchène (si si, cela existe apparemment!). Un oligarque apparemment épris d'art de la Renaissance. On croit rêver. J'ai pourtant bien lu cela à la page 4 de «Giornale dell'arte» de ce mois de juin.

La police italienne a mené l'enquête avec ses équivalents ukrainien et moldave. Les choses ont abouti. Les œuvres ont été retrouvées dans des plastiques, cachées sous la végétation d'une petite île du Dniepr. En bon état apparemment. Le président ukrainien Petro Poroshenko l'a annoncé lui-même. Mais pourquoi la Moldavie, au fait? Parce que plusieurs des personnes arrêtées en sont originaires. L'ensemble des tableaux reviendra d'ici peu à Vérone. Le président à demandé à ce qu'il soit d'abord présenté à Kiev, ce qui semble la moindre des choses (1).

Une rare fin heureuse

Pour une fois, les choses finissent donc bien. C'est rare. Il suffit de rappeler le Caravage volé à Palerme en 1969, que la police pense aujourd'hui détruit. Notons qu'une autre histoire rocambolesque avait agité l'Italie il y a bien quelques années (mais je n'ai hélas rien retrouvé sur le Net). Volé dans sa basilique, le reliquaire de la langue de saint Antoine de Padoue avait été retrouvé enterré à Fiumicino, où se trouve l'aéroport de Rome. La récupération avait été effectuée avec l'aide de quelques gitans, choqués par cette impiété.

(1) Courte, l'exposition s'est terminée le 13 juin.

Photo (DR): Fragment de la «Sainte famille» d’Andrea Mantegna.

Texte intercalaire.

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