Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VÉRONE/Art et vin se mêlent pour le meilleur et le pire

L'«Expo» de Milan, vous commencez à le savoir, ouvrira ses portes en banlieue le 1er mai. Elle sera consacrée à la nourriture, qui constituera l'un des problèmes majeurs du XXIe siècle. La population mondiale croît de manière exponentielle, alors que les terres cultivables diminuent au même rythme. 

Vérone a réussi à prendre le train en marche avec «Arte e Vino», proposé dans l'immense Gran Guardia, à l'endroit même où brillait l'an dernier la rétrospective Véronèse. Après tout, le vin se boit. De gros crédits ont visiblement été débloqués pour une manifestation improbable, mêlant le sacré et le profane. Thématique, elle fait passer le visiteur de l'Ancien Testament (l'ivresse de Noé, Loth et ses filles...) au Nouveau (la sainte Cène, les pèlerins d'Emmaüs...), puis à la mythologie. Là, le choc se révèle un peu rude. Les bacchanales succèdent assez mal au souffrances du Christ, même s'il y a le dieu Bacchus là-dessous.

Quelques toiles exceptionnelles 

Il ne demeure plus au public, extrêmement clairsemé, qu'à passer aux buveurs caravagesques, puis aux grappes de raisin des natures mortes. Un drôle de parcours, qu'il est permis de trouver invertébré. Reste que, comme à Vicence, il y a là des toiles exceptionnelles, même si le choix comprend aussi quelques croûtes redoutables. Les organisateurs n'ont pas hésité à frapper à la porte du Louvre, de l'Ermitage, de l'Escorial ou du Prado. De «L'ivresse de Bacchus» de Ribera, venue de Naples, à la «Vénus à la coupe de vin» de Sebastiano Ricci, débarquée d'un musée russe, il y a vraiment là des pièces maîtresses. 

Comme à Vicence, il est permis de s'interroger sur les choix des expéditeurs. L'an dernier, Haarlem proposait ainsi une passionnante rétrospective du maniériste local Cornelis de Haarlem, mort en 1638. Il y manquait son grand Christ de Varsovie, portant d'une main la Croix, et de de l'autre le calice de la communion. Eh bien le tableau est là, complètement égaré. Une merveille! Mais qui le verra? Et qui s'y intéressera au milieu de cette exposition farfelue, que les commissaires donnent l'impression d'avoir conçue en état de totale ébriété?

Pratique

«Arte e Vino», Gran Guardia, Vérone, jusqu'au 16 août. Tél. 0039045 71 101 27, site www.mostraarteevino.it Ouvert tous les jours de 9h30 à 20h30, le vendredi jusqu'à 22h30. Photo (Arte e Vino): la "Vénus à la coupe de vin" de sebastiano Ricci.

Texte intercalaire. Il va avec celui consacré à une exposition de Vicence, situé immédiatement plus haut dans la liste.

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