Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/Zaha Hadid la mégalo fait contrepoint à la Biennale d'architecture

Crédits: AFP

Le 31 mars dernier disparaissait Zaha Hadid, aussitôt qualifiée de «lionne de l'architecture» par «Le Monde». Le 27 mai, la Fondazione Berengo, somptueusement logée au Palazzo Cavalli Franchetti sur le Grand Canal (un édifice mi vrai gothique XVe, mi néo-gothique des années 1880), inaugurait son exposition sur l'Irako-Anglaise. Dans un entassement très post-moderne se voyaient entassées les maquettes de la dame. Que voulez-vous? Il fallait aussi bien loger là les idées encore modestes des années 1990 que les projets pharaoniques en voie de réalisation. Notons que pour bonus, le public a en plus droit aux tableaux de l'artiste, remontant pour la plupart aux années 1980. 

La présence de cette «archistar», seule femme a posséder un tel statut dans une profession encore très masculine, tient de l'incongru dans l'actuelle Biennale de l'architecture de Venise. Alors que son directeur Alejandro Aravena plaide avec ferveur pour une construction belle mais simple, à échelle humaine, respectueuse de l'environnement et engagée socialement, Zaha donne dans un gigantisme à la fois narcissique et irresponsable. C'est, pour reprendre le mot méchant de Vincent Noce dans «Libération», au moment de l'inauguration du MAXXI de Rome, en 2010, un art du «tout à l'ego». On sait que le MAXXI, qui constitue théoriquement un musée d'art contemporain, s'est révélé inutilisable. Comme la caserne de pompiers que l'Anglo-Irakienne avait construit au début des années 1990 pour Vitra à Weil am Rhein, du reste. Les pompiers n'en ont jamais voulu.

Le style contre la fonction 

Bien sûr, c'est parfois très beau. Mais, face à ces maquettes interchangeables, le visiteur distingue mal un modèle de vase à fleurs d'un projet de gratte-ciel. Zaha possède un style, auquel toute utilisation doit se conformer. C'est de l'architecture corset. Un péché capital, selon les duettistes bâlois Herzog et DeMeuron. Ceux-ci viennent de répéter, à l'occasion de l'inauguration d'une nouvelle Tate, que des architectes doivent s'adapter à des fonctions et non le contraire. «Nous n'avons donc pas de style.» 

Et puis, il y a le contexte! Zaha Hadid s'est trop souvent mise au service de régimes forts, pour ne pas dire de dictatures. Elle a accepté, affirmant qu'il ne s'agissait pas de son problème, l'emploi d'ouvriers quasi esclaves sur ses chantiers. Quel sera le coût humain du gigantesque nouvel aéroport de Pékin, dont est montré au Palazzo Cavalli Franchetti une maquette par ailleurs très esthétique? L'exposition a bien sûr été conçue, hors Biennale, comme un hommage. Se retrouvant bien malgré elle en contrepoint de l'Arsenale et des Giardini officiels, elle donne cependant à réfléchir. L'architecture possède-t-elle une morale?

Pratique

«Zaha Hadid», Palazzo Cavalli Franchetti, Campo Santo Stefano (sur le Grand Canal), Venise, jusqu'au 27 novembre. Tél. 0039 041 739 453, site www.fondazioneberengo.org Ouvert de 10 à 19h.

Photo (AFP): Zahadid dans le Dominion. qu'elle a édifié à Moscou.

Ce texte intarcalaire complète ceux sur la Biennale d'architecture de Venise.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."