Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/Une tornade détruit d'un coup une villa historique

  • Crédits: Image: DR

Je ne sais pas si vous avez lu la chose dans la presse. J'ignore si vous en avez vu des images à la télévision. De toute manière, je n'ai aucune idée de ce que vous lisez et regardez à une époque où l'information se fait à la carte et où un certain nombre de «news addicts» (j'en connais) finissent par tout mélanger dans ce qui leur reste de tête. J'écris donc ici comme si le compteur restait à zéro. 

Nous sommes le 8 juillet dernier, à Mira, entre Padoue et Venise. Il est 17 heures 30. Avec les hautes températures régnant alors, on s'attend à un gros orage. Mais pas à ça. Du ciel devenu noir ne tombent pas les grosses gouttes, voire les grêlons attendus. C'est une tornade qui se déplace, traversant une autoroute sous le nez d'automobilistes médusés. Elle tourne, puis se concentre sur quelques centaines de mètres carrés. C'est ce qu'on appelle improprement l’œil du cyclone, vu que l’œil reste au contraire l'endroit où l'on ne risque (encore) rien.

Quinze minutes de folie

En un quart d'heure, la Villa Santorini-Toderini-Fini, citée pour la première fois en 1665, a disparu du paysage. La toiture s'est envolée. Les murs de brique ont explosé. Le jardin, d'où émergent vaguement quelques poutres, ressemble à un paysage lunaire. Autour, quelques maisons récentes (la zone est aujourd'hui très construite) ont subi des dégâts. Parfois assez gros. A une centaine de mètres, en revanche, tout va bien. Les Vénitiens, un peu plus loin, ne découvriront la tempête que le soir, au journal télévisé. Les innombrables touristes, eux, n'en sauront rien. 

Les climatologues se sont gravement demandé par la suite si la catastrophe se situait à F3 ou à F4 sur l'échelle de Fujita, ce qui fait une belle jambe aux victimes (il y a notamment eu un mort). Une échelle qui ne compte que cinq degrés en tout. Une tempête un peu moins grave (et surtout moins patrimoniale) ayant eu lieu depuis le 2 août, près de Florence, certains blâment bien sûr le réchauffement climatique. Notons cependant que la plus grave tornade enregistrée, un F5, a eu lieu dans le pays en 1930, alors que les Italiens avaient d'autres sujets de conversation.

Une maison récemment restaurée 

La villa, comme beaucoup de bâtiments historiques du Veneto, se trouvait-elle en mauvais état? Pas du tout. Au contraire, même. Elle avait été retapée et recrépite pour transformer cette résidence des champs en restaurant de luxe. Mais il s'agit de structures en briques, un matériau par définition fragile. On n'ose imaginer l'effet que produirait à Venise même un petit tremblement de terre... 

La chose ne présente-t-elle que des inconvénients? Apparemment pas. La brique est non seulement légère par rapport à la pierre. Elle se révèle d'une étonnante plasticité. Selon les observateurs (et les habitants), c'est elle qui permet aux façades de s'affaisser, de s'incliner, des se tordre ou de se bomber sans qu'elles se portent apparemment plus mal. Il suffit de penser que le sol vénitien est descendu de 22 centimètres en un siècle sans que les campaniles des églises s'effondrent pour autant. Or Dieu sait (nous sommes du reste dans la maison du Seigneur) si les clochers de San Stefano ou de San Giorgio dei Greci penchent dangereusement. La tour de 98 mètres devant Saint-Marc a bien lâché le 14 juillet 1902 au matin, recouvrant les trois quarts de la place de ses gravats (il existe une photo la montrant volant littéralement dans les airs). Mais c'était avant que l'on parle d'une «Venise qui sombre»...

Le cas de Pavie 

Faut-il du coup s'inquiéter? Non, dans la mesure où les catastrophes naturelles restent imprévisibles. Les Italiens s'étaient pourtant affolé en 1979. Cette année-là, la Torre Civica de Pavie, construite au XIe siècle et haute de 78 mètres, s'était effondrée d'un coup, entraînant la peur d'une «contagion». Aucune ne l'a imitée, et pourtant les tours de brique sont nombreuses dans la Péninsule, de Bologne à San Gimignano. Notons cependant qu'on ne l'a jamais reconstruite à Pavie, alors que les travaux du nouveau campanile de Saint-Marc avaient immédiatement commencé en 1902 (pour se terminer en 1912). Pas d'argent. Pas de volonté politique surtout...

Il y a donc fort peu de chance pour qu'on revoie, à l'avenir une nouvelle Villa Santorini-Toderini-Fini. C'est fini, fini...

Voici la photo (DR) de la villa avant.

La villa avant la tornade

Et la voici après.

La villa après la tornade

Prochaine chronique le vendredi 14 août. Un petit livre récemment paru explique au grand public comment visiter un musée. Toutes les idées émises ne sont pas fausses...

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