Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/Les Stanze del Vetro présentent le très actuel Cirva de Marseille

Crédits: Enrico Fiorese/Larry Bell, by SIAE, 2018

Un coup de jeune. Voilà ce que s'offrent aujourd'hui les Stanze del Vetro, de toute manière vouées à l'art verrier du XXe siècle. Ce lieu magnifique, ouvert gratuitement au public par la Stiftung Pentagram sur l'île San Giorgio de Venise, accueille le Cirva de Marseille. II s'agit d'un atelier ouvert en 1986 dans le quartier de La Joliette, en pleines années Jack Lang. Son but est de mettre des artisans hautement qualifiés au service de créateurs venus de tous les pays et tous les horizons. Il doit sortir de leur dialogue des pièces inédites, plus proches de l’œuvre d'art unique que de l'objet usuel. En trente-cinq ans, 200 artistes ont passé par là, effectuant des séjours d'assez longue durée. Le temps d'une maturation. Le Cirva, qui est aussi une collection, possède ainsi aujourd'hui plus de 700 pièces, parfois de grandes dimensions. 

Cette taille n'offre pas que des avantages. Les Stanze n'ont cette fois pas suffi à tout héberger. Il a fallu compléter leur espace, pourtant large, par le dernier étage de la Fondazione Querini-Stampaglia, en pleine ville. Un lieu magique pour deux raisons. Il s'agit d'une part d'un palais laissé «dans son jus» à l'étage noble. De l'autre d'une restauration de Carlo Scarpa, qui a notamment refait le rez-de-chaussée et repensé le jardin à l'arrière. Et quand on a dit Scarpa en Italie, même si l'architecte est mort en 1978, on a cité Dieu le Père ou peu s'en faut. Les deux institutions se sont donc partagé les participants, créant des climats très différents. James Lee Byars, Philippe Parreno ou Dove Allouche se retrouvent ainsi sous les combles du Querine Stampaglia.

Bob Wilson, le classique 

Les autres participants figurent donc dans les  Stanze, qu'ils remplissent allégrement. Seul, Bob Wilson conserve la formule classique du vase, avec ses couches superposées. Un travail très classique, accompli en partenariat avec le grand technicien Lino Tagliapietra, qui se retrouve dans les vitrines des corridors. Giuseppe Penone donne en effet dans l'énorme. Ses ongles de verre, posés sur des feuilles mortes et des branches d'arbres, mesurent un bon mètre de haut. Je n'ose en estimer le poids. D'autres tentatives artistiques ne restent minuscules qu'en apparence. Lieven de Boesch travaille certes avec des Légo de verre. Le problème, c'est qu'il y en a énormément, de ces Légo! 

L'ensemble fait très artiste, mais parfois au mauvais sens du terme. Les Vénitiens en avaient eu un avant-goût, l'an dernier, quand le Museo del Vetro de Murano avait réservé son extension toute neuve aux créations conçues par Gaetano Pesce au Cirva. C'était très prétentieux et souvent assez laid. D'une certaine manière, la tentative marseillaise, que pilote depuis 2010 Isabelle Reiher, fait penser à celle de la Fucina degli Angeli dans les années 1950. L'idée était alors de régénérer la création de Murano en demandant des projets à Max Ernst, à Dalí ou à Cocteau. La greffe n'avait pas pris, comme le prouvent les quelques pièces souvent présentées sous les toits par le Mudac de Lausanne. A chacun sa discipline! Les vraies réussites vénitiennes des années 1950 se situent bel et bien ailleurs.

Echec public 

Le plus surprenant est cependant de constater le peu d'intérêt que l'exposition actuelle suscite dans ce qui est tout de même devenu la ville du contemporain en Italie, un rôle longtemps tenu par Turin. Il n'y a presque personne dans les salles, même par beau temps, alors qu'il s'agit aussi d'une extraordinaire promenade. Le Cirva se voit présenté comme un grand four actuel par les textes de présentation. Effectivement! Comme four public, il me semble difficile de faire mieux.

Pratique

«Una fornace a Marsiglia, Cirva», Stanze del Vetro, 1, Isola San Giorgio Maggiore, Venise, jusqu'au 29 juillet. Tél. 0039 041 52 29 138, site www.lestanzedelvetro.org Ouvert tous les jours, sauf mercredi, de 10h à 19h.

Photo (Enrico Fiorese/SIAE): L'oeuvre monumentale, mais transparente de Larry Bell.

Ce texte est suivi d'un autre sur des expositions vénitiennes.

Prochaine chronique le jeudi 10 mai. L'art italien des années 1945 à 1970 ai Palazzo Strozzi de Florence.

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