Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/Les cinq pavillons nationaux à voir pour comprendre les enjeux

Crédits: Institut français

Il existe deux règles du jeu pour la Biennale. A l'Arsenale et dans le Padigliano Italia des Giardini, le commissaire décide. En l'occurrence Alejandro Aravena. Pour ce qui est des pavillons nationaux, chaque pays fait ce qu'il veut. En principe, tous devraient se conformer au thème de l'année, autrement dit l'architecture sociale. Certains n'en ont fait qu'à leur tête, à l'image de la Russie. D'autres se sont fourvoyés. Je citerai des Etats-Unis proposant de multiplier les «gestes architecturaux» afin de relever une ville de Detroit clochardisée. Comme souvent, la Suisse a mal tiré son épingle du jeu. On ne peut pas dire que Christian Kerez de l'ETH brille par la clarté de ses idées, alors que l'homme se révèle bon dans ses projets brésiliens montrés ailleurs par Aravena... 

Dans ces conditions, que retenir de l'édition 2016, quinzième de la série? Je ne prétends pas avoir tout vu. Il y a des représentations partout dans la ville, qu'il faudrait parfois découvrir avec un GPS, une boussole et beaucoup de chance. Introuvables! En plus, l'horaire d'ouverture de certains pavillons semblent avoir été donné à titre indicatif. Je retiendrai donc cinq idées de visites dans des lieux accessibles. Dans les Giardini et près de l'Arsenale. 

France. Le titre, «Nouvelles richesses», peut sembler mystérieux. Les organisateurs y soulignent les efforts effectués pour réanimer des périphéries ou des lieux provinciaux excentrés. Il faut y faire utile, modeste, et presque sans argent. La presse française a reproché au pavillon de délaisser les réfugiés, superstars 2016, au profit d'un sujet «peu engagé». Mais la désertification française méritait une telle attention. Il s'agit d'un phénomène grave, hélas peu médiatique. Un sujet par ailleurs en plein dans la cible.
Espagne. C'est «Unfinished» qui a obtenu le 28 mai le Lion d'or du meilleur pavillon. Le sujet se révèle ici également local. Aucun pays n'a autant bâti, sans aucune réflexion préalable, que l'Espagne des années 1990 et 2000. La crise de 2008 a fait éclater la bulle d'un coup. Que faire de toutes ces maisons et de tous ces immeubles inachevés, laissés à l'abandon? N'y a-t-il pas moyen de les sauver du désastre? Et comment repartir maintenant? Une véritable réflexion.
Pologne. On parle beaucoup de «commerce équitable». C'est même à la mode. Mais ne devrait-il pas exister aussi un «Fair Building»? Le pavillon interroge des ouvriers aimant leur travail. Ils gardent le goût du bien fait. Mais ces gens ont du mérite. Le pavillon calcule en effet le coût social d'une barre d'immeubles en travail au noir, exploitation de clandestins, accidents plus ou moins graves, non paiements de salaires et dysfonctionnements divers. Cela fait peur...
Hongkong. L'île est petite, surpeuplée et incroyablement coûteuse à habiter. Les riches y dépensent leur salaire en appartement «libres». Les pauvres y attendent des logements sociaux pendant des années. Ne faudrait-il pas développer des constructions mixtes, où les locataires disposeraient d'un minuscule logement personnel, avec accès libre à de grandes parties communes aux résidents? Il existerait là un «Stratagème» pouvant convenir à bien des gens.
Allemagne. Sans surprise, c'est l'Allemagne qui s'engage le plus pour les réfugiés, comme elle l'a fait en 1946 pour ses 12 millions de citoyens chassés de l'Est par les Russes. La situation se révèle bien sûr plus complexe, comme le prouve «Making Heimat», qui prend une couleur étrange dans un pavillon édifié sous le nazisme. Mais l'afflux actuel, contrôlé, pourrait réanimer des centres urbains. Il faut juste qu'ils se muent en lieux de vie et non en ghettos (1). Un pari sur l'avenir. 

(1) Mot vénitien s'il en est. Venise a inventé le mot et la situation pour les Juifs en 1516. Une exposition le rappelle du reste au Palais des doges. Je vous en parlerai prochainement.

Photo (AFP): Le pavillon français et ses modestes «Nouvelles richesses».

Ce texte intercalaire suit celui sur la Biennale elle-même.

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