Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/Hiroshige au Palazzo Grimani

Si Paris présente Hokusai (1760-1849) dans l'entassement au Grand Palais, Venise propose une vision plus aérée d'Hiroshige (1797-1858). Le Japonais occupe quelques salles du Palazzo Grimani. un merveilleux bâtiment difficile à trouver, du moins la première fois. Cet édifice du XVIe siècle, qui conserve d'importants décors de l'époque, se trouve au fond d'une impasse, près de Santa Maria Formosa. Voué depuis quelques années aux expositions temporaires, le lieu garde ainsi une certaine peine à se créer un public. Dommage... 

Toutes les estampes exposées proviennent du Museo d'Arte orientale de la ville, logé sous les toits de la Ca' Pesaro. Il s'agit d'une des rares institutions italiennes de ce type ne demeurant pas en caisses. Le pays est si riche en art indigène (art italien, donc) que ses merveilleuses collections extra-européennes restent un peu négligées, que ce soit à Rome, Florence ou Gênes.

Enrico et Adalgonde

L'histoire de cet ensemble est extraordinaire. Dans les années 1870, Enrico di Borbone, fils du dernier duc de Parme, déposé au moment de l'unification du pays, épouse en secondes noces Adalgonde de Bragance, fille du roi de Portugal. Ils n'auront pas d'enfants, en dépit d'efforts répétés. L'épouse fera neuf fausses couches. Le couple se rattrape avec l'art. C'est dans son Palazzo Vendramin que Richard Wagner (un fameux pique-assiette, soit dit en passant) meurt en 1883. 

Quatre en ans plus tard, le comte et la comtesse de Bardi (un titre modeste, mais chacun sait de qui il s'agit) partent pour l'Orient. Un séjour de trois ans, avant tout passés dans un Japon venant de s'ouvrir à l'Occident. Tout y est à vendre, après la disparition de la caste de samouraïs. Les Bardi reviennent avec 30.000 objets. Enrico meurt en 1905. Sa veuve se retire à Berne, où elle mourra en 1946. Elle cède les souvenirs de voyage à un antiquaire viennois, dont les biens finiront après 1918 en réparation de guerre. Le Museo d'Arte orientale ouvre en 1928. On n'y a pratiquement pas touché depuis. Vous devinez le capharnaüm...

Une superbe suite de paysages 

Des œuvres faisant peu d'effet sur place deviennent superbes au Palazzo Grimani. Les gravures se révèlent de premier ordre. Il faut dire que les Bardi ont acquis 400 Hiroshige. Avant tout des paysages. Il y avait donc le choix. La commissaire Fiorella Spadavecchia a retenu les plus beaux tirages et les mieux conservés. Elle a ajouté quelques laques, enfin dépoussiérés. L'ensemble est magnifique. On imagine sans peine tout ce qu'on pourrait faire avec le stock croupissant sous le toit de la Ca' Pesaro!

Pratique 

"Hiroshige", Palazzo Grimani, Castello 4858, jusqu'au 11 janvier 2015. Tél. 0039041 52 00 345, site www.palazzogrimani.org Ouvert le lundi de 8h15 à 14h, du mardi au dimanche de 8h15 à 19h15. On a parfois l'ouverture large, en Italie! Photo (Palazzo Grimani): L'un de paysages d'Hiroshige sélectionnés pour l'exposition du Palazzo Grimani.

Texte intercalaire. Va avec l'exposition vénitienne de la Fondation Peggy Guggenheim située immédiatement plus haut.

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