Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VALAIS / Lens aura sa Fondation Pierre Arnaud

En décembre dernier, la ville de Lens, située dans le Nord de la France, ouvrait son Louvre. Opération réussie. Cette année, en décembre toujours, Lens, près de Crans-Montana, lancera son centre d'art. Un organisme privé, cette fois. Il s'agit de la Fondation Pierre Arnaud. L'événement se déroulera les 19, 20 et 21 sous la présidence de la Valaisanne Micheline Calmy-Rey. Notre "Cruella" fédérale sert en effet de marraine au lieu. Celui-ci présentera dès lors "Divisionnisme: Couleur maîtrisée? Couleur éclatée!", sa première exposition.

Il est grand temps de présenter la chose. L'information semble en effet avoir de la peine à passer dans les autres cantons romands. Il y a quelques semaines encore, j'entendais ainsi dire que Bernard Arnault, le milliardaire du luxe français, ouvrait son musée en Valais. Après tout, pourquoi pas? Après avoir envoyer paître Paris, François Pinault est bien allé montrer ses tableaux à Venise.

Un Provençal du Maroc

Le centre à venir célèbre en fait la mémoire de Pierre Arnaud. Ce Provençal, né en 1922, a fait fortune à Tanger. L'interminable (mais très répétitif) dossier de presse ne précise pas comment ni dans quoi. Il dit seulement, pour assurer la couleur locale, "qu'il aimait à passer ses vacances à la montagne, et particulièrement au cœur des Alpes valaisannes." D'où Crans-Montana. Puis Lens. C'est là qu'il meurt en 1997, laissant une fille, Sylvie, dont le mari Daniel Salzmann préside aujourd'hui la fondation.

Pierre Arnaud avait acquis des toiles de l'Ecole de Savièse, célébrée l'an dernier à Sion. C'est la base d'une collection enrichie par sa fille et son beau-fils. Il ne s'agissait cependant pas de lui construire un écrin. L'idée était bel et bien de propulser en altitude un lieu d'expositions, comme il peut en exister en plaine avec la Fondation Pierre Gianadda. Dans un "lieu d'exception" (le dossier de presse n'a peur d'aucun cliché), un lieu "à cheval entre passé et futur" (qu'est-ce que je vous disais?) a donc poussé un bâtiment vitré se reflétant en miroir dans un petit lac. Une "cathédrale opaline", due à un certain Jean-Pierre Emery.

Deux grandes expositions par an

L'édifice a coûté pour l'instant 13,2 millions. Financement assuré. Fonds essentiellement privés. La commune s'est contentée de verser 1,5 million, la Loterie romande en mettant 1 et la Fondation Casino 1,3. C'est comme toujours le budget de fonctionnement qui s'annonce élevé. Il faudra, selon les prévisions, 4,8 millions pour la saison 2013-2014, en comptant les deux grandes expositions. Si les plus fortes sources de revenus espérées (25% chacune) sont le mécénat et la restauration, les dépenses se verront à 45% dues au personnel. Vu la fragilité qu'on devine aux architectures de verre, il faudra aussi compter de petites réfections dans quelques années...

Vous avez lu "restauration". La Fondation sera en effet dotée d'une gargote panoramique sur le toit et d'une autre au bord de l'eau. Elle comprendra aussi une librairie. Les lieux d'exposition couvriront 900 mètres carrés. Il faut bien ça, vu les espérances. Les présentations temporaires nourrissent des ambitions nationales, pour ne pas dire européennes. Elles auront un "comité de pilotage", les co-pilotes étant Christophe Flubacher et Cäsar Menz. Précisions pour ceux qui ne les connaîtraient pas que le premier a écrit des livres (assez moyens) sur la peinture romande, tandis que l'autre fut longtemps conservateur du Musée d'art et d'histoire de Genève, ce monument en péril.

Les divisionnismes, pour commencer

Les premiers thème sont évidemment choisis depuis longtemps. Le Centre ouvrira donc avec "Divisionnismes". Un sujet difficile à renouveler. Il unit le pointillisme français aux expériences suisses et italiennes. Disons, pour donner des noms, qu'il y aura là aussi bien Seurat que Segantini ou Pelizza da Volpedo. Viendra ensuite, l'été 2014, "Surréalisme et arts primitifs, Vers une révolution du regard". L'axe de la Fondation, qui entame avec ce doublé un cycle de cinq ans, tourne autour des années 1850 à 1950. Les plus prisées du grand public.

L'institution privée lance des appels du pied en direction des mécènes. "En devenant partenaires du centre d'art, vous bénéficiez d'un potentiel de 75.000 visiteurs par an." Comme tous les musées, même publics, elle peut se louer. "Le centre d'art dispose de plusieurs espace d'accueil pour faire de votre expérience VIP un moment incomparable." Le centre possède déjà ses Amis. La première présidente en fut Monique Nordmann, aujourd'hui décédée. Son fils Serge a pris le relais.

Voilà. Que dire plus, avant d'avoir vu quoi que ce soit? Que les projets vont bon train. Jennifer Burkhard, qui me présentait le projet, chapeaute ainsi une exposition agendée en 2016. Thème? Le corps peint. Là aussi, il sera difficile de faire original.

Pratique

Fondation Pierre Arnaud, Lens, Valais, vernissages les 19, 20 et 21 décembre. Ouverture au public le 22 décembre. Site www.fondationpierrearnaud.ch Photo (Fondation Arnaud): le bâtiment, tel qu'il se présente aujourd'hui.

Prochaine chronique le mercredi 30 octobre. Konrad Witz. Une exposition à voir dès le 1er novembre et un livre autour du légendaire retable genevois restauré. Visites et entretiens.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."