R Payro

FONDATEUR DE PAYRO COMMUNICATION

Economiste de formation, Ricardo Payro a débuté sa carrière comme private banker chez Pictet & Cie. Après 6 ans au contact des clients privés, il crée et dirige le département Communication de la Banque, dont il a conçu les premières règles d’identité visuelle, les premières campagnes publicitaires et le premier site web.

En 2000, il rejoint la Banque SYZ & CO, la «success story» du monde bancaire genevois, dont il initie également toute la stratégie de communication. Il a ainsi doté la Banque SYZ & CO et ses fonds OYSTER d’une image forte et distinctive, notamment à travers des campagnes publicitaires remarquées. En 2013, il fonde Payro Communication, qui fournit aux entreprises, en particulier dans le domaine financier, des services de communication traditionnelle et digitale.

Ricardo anime le blog Finance Corner qui est consacré aux nouvelles et problématiques de la place financière genevoise.

Vade rétros Satanas!

Il est de bon ton actuellement de diaboliser les rétrocessions dans le domaine financier et les régulateurs du monde entier les ont d'ailleurs quasiment interdites. En Suisse, les associations de défense des consommateurs incitent même les investisseurs à réclamer le remboursement de ces paiements et publient des modèles de lettre à envoyer aux banques. Mais, pour faire un mauvais jeu de mots, l'obsession des "rétros" n'est-elle pas un miroir aux alouettes?

Des fonds externes pour combler des lacunes internes

Rappelons brièvement de quoi il s'agit: Dans un modèle d'architecture ouverte, des banques ou des gérants indépendants peuvent recommander et placer dans le compte de leurs clients des produits financiers gérés par des tiers, comme des fonds de placement par exemple. Cela permet de combler des manques dans les compétences internes et d'offrir aux clients des portefeuilles bien équilibrés. En contrepartie, les banques reçoivent du fonds tiers une partie de sa rémunération, c'est-à-dire une rétrocession. Ce sont ces rétrocessions versées à la banque intermédiaire qui sont désormais interdites ou très sévèrement restreintes.

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Comme c'est souvent le cas, cette nouvelle restriction réglementaire (une de plus) naît du souci louable de protéger l'investisseur contre des abus éventuels. Ici, il s'agit d'éviter des conflits d'intérêt potentiels, dans le cas où une banque donnerait la préférence aux fonds qui lui versent la plus grosse rétrocession, plutôt qu'à ceux qui sont les meilleurs pour ses clients. Ce raisonnement semble frappé au coin du bon sens et de l'éthique, mais c'est sans compter sur les effets pervers de cette mesure…

Les rétrocessions n'augmentent pas les frais du client

Rappelons d'abord que les frais de gestion du fonds restent les mêmes qu'il y ait paiement d'une rétrocession ou non. Sans rétrocession, la banque gestionnaire du fonds empoche intégralement la commission de gestion. En cas de rétrocession, la rémunération du gestionnaire est partagée avec la banque intermédiaire et c'est simplement la marge de la banque gestionnaire qui diminue.

La sélection de fonds est un vrai travail

Analyser les 35'000 fonds existants en Europe, sélectionner les meilleurs, comprendre et évaluer leur stratégie d'investissement, suivre leur évolution, tout cela exige des compétences et des ressources importantes. De la même manière qu'il faut des analystes pour choisir les actions intéressantes, il faut donc des spécialistes pour suivre les fonds de placement. Ce travail mérite naturellement une rémunération, faute de quoi les banques cesseront de le faire et laisseront l'investisseur choisir seul, ce qui n'est évidemment pas souhaitable.

L'alternative est pire

Quelle est l'alternative? Imaginons le cas d'une banque de crédit régionale qui n'a pas de compétences de gestion propres. Jusqu'à présent, pour répondre aux besoins de ses clients privés, elle achetait à l'extérieur des fonds de placement gérés par des spécialistes. Que va-t-elle faire désormais? Elle va soit se lancer dans les investissements en direct, soit créer ses propres fonds, sans ressources ni expertise dans le domaine, mais en recevant la commission intégralement. Le résultat, on l'imagine, risque d'être pire que le mal.

Que va-t-il se passer?

A partir du moment où les banques fournissent un service important, en analysant et surtout en suivant les fonds dans lesquels leurs clients investissent, elles vont devoir en répercuter le coût à travers une commission de conseil. Certaines grandes banques ont déjà mis en place une telle tarification et la plupart des acteurs de la place s'y préparent activement.

Quel va être le résultat final? Les clients continueront à payer la même commission de gestion qu'auparavant au fonds et vont devoir payer en plus une commission de conseil à leur banque dépositaire… Bref, cherchez l'erreur!

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