Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

USA-Arabie: qui a tué qui?

Depuis cet été, on lit que l’Arabie saoudite est au bord du gouffre, ayant pitoyablement perdu son pari face à l’industrie du pétrole de schiste américain. Qui, elle, se porterait à merveille. La réalité est loin d’être aussi hollywoodienne. Alors, qui a coulé qui? Qui va mourir en premier?

Le bras de fer a commencé quand les Etats-Unis ont doublé le royaume wahhabite pour devenir le premier producteur mondial de pétrole. En novembre 2014, Riyad a alors laissé chuter le baril de 115 à 48 dollars (-58%), dans l’espoir affiché de couler le pétrole de schiste américain, bien plus coûteux à l’extraction que le brut saoudien.

C’est alors que les rapports alarmistes se sont multipliés au sujet de l’Arabie saoudite, qui s’apprêterait à mourir bien avant le fracking américain. La chute des prix menacerait d’épuiser les réserves du royaume d’ici à cinq ans, alors que son déficit budgétaire est proche de 20% du PIB. 

Trois fois moins d’acteurs dans le schiste

Soit. Mais comment Riyad, qui a supporté un baril autour des 20 dollars dans les années 1990, puis autour des 50 dollars de 1986 à 2004, ne supporterait plus un an et demi de pétrole à 50 dollars? Et pourquoi ses réserves s’épuiseraient si vite alors que sa production est rentable dès 5-6 dollars le baril? Info ou intox?

Un peu des deux. En réalité, l’Arabie est bien en difficulté car elle aurait besoin d’un baril de plus de 100 dollars pour équilibrer son budget, qui dépend à 90% de l’or noir, car le pays s’est littéralement ruiné en dépenses sociales et militaires folles sur l’année écoulée. Le prix de la fin de la protection américaine...

Les pourfendeurs de Riyad vont toutefois vite en besogne lorsqu’ils clament en parallèle que l’industrie du schiste américain, elle, triomphe. Le volume de fracking aux Etats-Unis a chuté cette année de 40% et la moitié des capacités disponibles sont inutilisées. Le nombre de plateformes a dégringolé de 2000 à 800 en douze mois. Nombre de sites sont désertés.

Jusqu’au printemps, la production américaine augmentait (pic de 9,6 millions de barils/jour en juin), mais depuis, elle décline et devrait tomber à 8,9 millions en 2016. La moitié des 41 sociétés de fracking auront probablement disparu fin 2015. Le nombre d’acteurs aura été divisé par trois en deux ans. Les géants du secteur ont supprimé 55 000 postes.

Reste le débat sur le seuil de rentabilité du pétrole de schiste, qui serait devenu viable aux prix actuels. Rien n’est moins sûr. L’an dernier, le shale n’était rentable qu’à plus de 110 dollars le baril, affirmait l’IEA; on lit à présent qu’il serait rentable à 40-50 dollars, ayant divisé par deux ses coûts de production grâce à l’essor ultrarapide des technologies d’extraction.

La réponse est que ce seuil varie fortement en fonction des puits et de leur mix pétrole-gaz, des coûts de transport et des techniques d’ingénierie considérées. Et qu’il se situe, au mieux, à 65-70 dollars le baril, si l’on en croit les leaders de l’industrie.

En attendant, la dette du secteur atteint 250 milliards aux Etats-Unis, et sa détérioration annonce une poursuite des faillites et des ventes. Preuve que la guerre de l’information fait rage, l’OPEP a fortement insinué dans son rapport du 14 septembre qu’elle avait enterré le shale américain. 

Alors, qui est mort? Ni l’un ni l’autre. Le shale et les cheikhs sont en mode de survie. Il n’y aura pas de place pour tout le monde. L’Arabie s’en sortirait en diversifiant au plus vite son économie. Le pétrole américain ressusciterait si le baril remontait à 60-70 dollars. Technologiquement, l’avenir est de son côté. Mais la faible croissance mondiale et la multiplication des producteurs n’aideront pas à faire redémarrer la demande. Le pacte des pétrodollars, lui, est bien mort. 

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