Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Une trêve olympique? Faites vos jeux!

C’est une tradition. Une tradition de la Grèce antique qui remonte au IXe siècle av. J.-C. Laquelle pourrait – qui sait? – contribuer à épargner de nombreuses vies humaines dans la Syrie de 2014. Et ailleurs dans ce monde. Alors que les conflits ont fait, dans le courant de la seule année 2012, quelque 95 000 morts!

Chacun connaît l’existence – à défaut de la portée réelle – de cette trêve olympique décrétée, tous les deux ans, par l’Assemblée générale des Nations Unies à l’approche des Jeux olympiques.

C’est ainsi qu’en raison de la tenue des XXIIes  Olympiades d’hiver qui débuteront à Sotchi, en Russie, le 7 février prochain, on a décidé – à l’unanimité – du principe d’une trêve olympique, laquelle sera mise en œuvre – respectée? – sept jours avant l’ouverture des Jeux et se prolongera jusqu’à sept jours après la clôture des XIes  épreuves paralympiques organisées dans cette même ville de Sotchi.

Qu’on se le dise: entre le 7 février et le 16 mars, on est prié de cesser de s’entre-tuer!

Ainsi donc, la trêve de Sotchi pourrait signifier, au choix, l’arrêt des bombardements de son propre peuple par le président Bachar el Assad, l’interruption des atrocités commises sur les populations syriennes par les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant; un répit dans les souffrances des 20 millions de Syriens dont la moitié est réduite au statut de réfugié ou de déplacé; une suspension des atrocités aussi variées que disparitions forcées, tortures sur des enfants et viols systématiques; un arrêt dans l’utilisation totalement illégale d’armes prohibées telles que bombes au phosphore ou engins à fragmentation, ou encore une simple accalmie dans ce conflit syrien, lequel, à raison de 136 000 morts en trente-quatre mois, se situe dans une moyenne inacceptable et honteuse de 1000 morts par mois!

Ainsi donc, la trêve de Sotchi serait de nature à entraîner, c’est selon, une suspension des combats dans le dernier-né des pays du monde, le Sud-Soudan; une relâche dans les affrontements meurtriers du Darfour; une pause dans les tueries ethniques qui ensanglantent la République centrafricaine; un repos dans les interminables conflits qui agitent les provinces du Niger et du Nigeria, ou encore – elle serait la bienvenue – une simple pause dans les tensions qui caractérisent tous ces pays bouleversés par les divers «Printemps arabes», Tunisie, Egypte ou Libye.

Restons réalistes

Et si l’on évoquait – aussi – l’éventualité d’une trêve en Russie? Car, on l’oublie, la trêve olympique concernait à l’origine le lieu même des Olympiades. Dans l’Antiquité, la tradition sacrée des Grecs de l’Ekecheiria (trêve) était la pierre angulaire des Jeux olympiques. De quoi s’agissait-il?

En premier lieu, il convenait d’assurer les conditions de sécurité optimales tant pour les athlètes venus participer aux Jeux qu’aux spectateurs accourus, parfois de leur lointaine province, pour encourager leurs champions. C’est ainsi que, pendant la trêve, la cité accueillant les Jeux ne pouvait pas être attaquée!

Faut-il, dans ce contexte, espérer qu’aucun acte violent ne viendra perturber la cité olympique de Sotchi? La Russie, sur l’ensemble de son gigantesque territoire, sera-t-elle exempte de toute manœuvre terroriste?

Soyons réalistes: bien que portés par l’ambiance olympique de ces Jeux qui entendent, c’est dans la charte du mouvement international, «édifier un monde pacifique et meilleur», ne projetons pas trop en avant nos propres aspirations. Les tensions du monde ne disparaîtront pas. Les conflits des Terriens ne cesseront point. En tout cas pas d’une manière rapide et durable.

Ainsi que le relevait le duc de Levis, maréchal de France, au moment où il devait capituler face à l’ennemi à Montréal en 1760, «en politique comme en amour, il n’y a point de traité de paix, ce ne sont que des trêves!»

Alors, une trêve olympique? Allez, faites vos jeux! Après le 16 mars, il sera trop tard!

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