Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Une Suisse romande dépendante des multinationales

L’annonce du déménagement de la société irlandaise Shire d’Eysins (VD) vers Zoug montre la fragilité de l’économie romande, même si celle-ci a plus ou moins réussi à amortir le choc du franc fort au cours de ces deux dernières années. Les suppressions d’emplois communiquées depuis le mois de février par plusieurs multinationales étrangères ne laissent pas d’inquiéter: 

-Février: Kraft Foods Europe (Etats-Unis), active dans l’alimentation, ferme son site d’Eysins. 57 emplois sont biffés.

-Mai: Colgate-Palmolive (Etats-Unis) quitte son siège européen de Genève pour Bâle-Campagne. 65 emplois sont touchés.

-Juillet: Biomet (Etats-Unis) ferme son usine du Locle. Sur les 230 emplois supprimés, une quarantaine d’entre eux seront réintégrés dans une nouvelle société.

-Juillet : Ilford Imaging (Grande-Bretagne) est au bord de la faillite. Sur 230 emplois, environ 90 sont perdus à Marly (FR).

-Août: Yahoo! (Etats-Unis) transfère ses activités de Rolle vers Londres et Dublin. Une trentaine de personnes sont concernées.

-Octobre: Philip Morris (Etats-Unis) communique le licenciement de 164 collaborateurs à Lausanne et à Neuchâtel. 

Une mauvaise passe éphémère ou le signe d’un malaise plus profond? S’il est encore trop tôt pour répondre à cette question, les délocalisations annoncées au cours de ces dix derniers mois nous font plutôt pencher vers la seconde hypothèse. Particulièrement touché par ces fermetures, le canton de Vaud ne parviendra plus à rééditer les exploits réalisés grâce à l’arrêté Bonny qui a permis d’attirer de nombreuses multinationales étrangères. Les exonérations fiscales qui leur ont été accordées ont joué un rôle déterminant dans la lutte sans pitié qui oppose les cantons helvétiques entre eux et à la concurrence étrangère pour convaincre les entreprises de s’installer sur leur territoire. Or, Vaud et les autres cantons romands sont désormais moins attractifs. 

Dans un article publié en date du 3 juin 2009 et titré «La Suisse romande ne maîtrise plus son destin», Bilan avait déjà insisté sur la dépendance de la région vis-à-vis des multinationales étrangères. Notre magazine s’inquiétait du fait que «le sort de la région dépend de décisions prises ailleurs». Selon une étude publiée en 2012 par la Chambre de commerce américano-suisse et le Boston Consulting Group, les multinationales suisses et étrangères représentent respectivement 43% et 41% du produit intérieur brut de Vaud et de Genève. C’est une proportion plus élevée que la moyenne helvétique (36%).

Les délocalisations annoncées démontrent surtout que rien n’est jamais acquis. Le vent peut tourner rapidement et provoquer d’importants dégâts. Désormais, les autorités politiques romandes, en particulier celles du canton de Vaud, ne peuvent plus tergiverser. Après Neuchâtel, elles doivent non seulement adapter rapidement leur fiscalité à la baisse, mais aussi réfléchir à une nouvelle stratégie créatrice d'emplois.

«Les négociants n’ont pas de patrie. Ils sont moins attachés à l’endroit où ils vivent qu’à celui d’où ils tirent leurs profits», disait déjà Thomas Jefferson, le troisième président américain.

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