Rosenstreich Peter

RESPONSABLE DES STRATÉGIES DE MARCHÉ CHEZ SWISSQUOTE BANK

Peter Rosenstreich est Responsable des stratégies de marché chez Swissquote Bank. Il a occupé différents postes dans plusieurs établissements bancaires aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Depuis 10 ans, il contribue régulièrement à de nombreux médias financiers internationaux, à l’instar de Reuters, Wall Street Journal, Bloomberg TV & Radio, Financial Times and CNBC.

Peter Rosenstreich est l’auteur de “Forex Revolution: an Insider's Guide to the Real World of Foreign Exchange Trading, aux éditions Financial Times Prentice Hall.

Il est diplômé d’un MBA du Baruch College, Zicklin School of Business, et d’un bachelor en histoire de l’université Clark, à Worcester dans le Massachusetts.

Une correction arrive: préparez-vous!

La période estivale a été remplie d’événements inquiétants. Donald Trump est devenu le candidat républicain à la présidence, faisant planer la menace d’un isolationnisme des Etats-Unis, la Turquie a été confrontée à un coup d’Etat raté, les actes terroristes se sont multipliés et le vote britannique en faveur du Brexit risque de plonger l’économie internationale dans une récession.

En bref, le monde a connu tout ce qui, historiquement, conduit les investisseurs à rechercher plus de sécurité. Pourtant, les marchés financiers connaissent des plus hauts historiques. La raison est que les cours évoluent depuis plus de six ans sans lien avec l’économie réelle. Avec leurs politiques accommodantes, les banques centrales ont créé une bulle financière.

Durant la période post-crise financière, celles-là ont adopté des politiques monétaires peu orthodoxes pour sauver le système, qu’elles ont poursuivies par la suite de manière bornée. La BCE, la Fed, la BoJ et la BoE ont sabré les taux, abusé de l’assouplissement quantitatif, adopté des taux d’intérêt négatifs et considèrent même la possibilité de l’argent hélicoptère pour certaines d’entre elles.

Le résultat final est pour le moins surprenant: la stagnation économique mondiale se renforce et les marchés financiers sont en hausse. Pour ces derniers, la correction ne devrait pourtant pas tarder. Et ce non pas à cause d’une fragilisation de la valeur fondamentale des sociétés, mais du fait de la fin imminente des politiques monétaires accommodantes.

L’impact sur le comportement du marché

Les banques centrales keynésiennes sont aveugles aux bulles financières, trop occupées à pomper des liquidités dans le système dans le but de gonfler la demande. Elles sont obnubilées par les données macro-économiques mais ignorent la réalité des marchés financiers. Elles partent du principe que les liquidités à l’infini conduiront à plus de dépenses en actifs financiers et à une expansion opérationnelle, mais ignorent le facteur déstabilisant.

Les taux d’intérêt nuls ou négatifs ont pour effet d’encourager les opérations de carry trade (technique spéculative basée sur les différences de rendement, ndlr): celles-là exploitent les écarts de taux d’intérêt entre certains pays, profitent de faibles coûts de financement et d’une rentabilité positive sur un large spectre d’actifs. 

De plus, les spéculateurs poussant les prix à la hausse, l’écart entre les actifs à haut et à faible risques s’amenuisant, les inquiétudes saines disparaissent du marché.
La posture des banques centrales, assurant que tout changement de politique serait «transparent», a supprimé les peurs de voir les coûts de financement progresser soudainement. 

Pour couronner le tout, les entreprises profitent de l’argent bon marché pour lancer des programmes de rachat d’actions, ce qui contribue encore à faire monter les cours.

Dans des conditions normales, la couverture (hedging) aide à contrebalancer une spéculation excessive, dans la mesure où ses coûts restreignent l’appétit pour
le risque. L’évolution du S&P 500 depuis les plus bas de la crise financière de 2009 montre que les corrections ont été de moins en moins importantes, tandis que les banques centrales injectaient de plus en plus de liquidités sur les marchés internationaux, encourageant la chasse au rendement et rendant les mécanismes de défense des marchés inefficaces. La reprise surprenante des marchés actions après le Brexit montre que la peur n’existe plus. Les titres progressent désormais virtuellement, complètement isolés des fondamentaux des sociétés.

Choisir des titres à haut rendement mais à faible volatilité

Pourtant la phase de correction approche, 15 à 20% de baisse sont attendus dans les douze prochains mois, en raison de la fin progressive de l’assouplissement monétaire. Lorsque les conditions financières commenceront à se resserrer, d’abord par la hausse des taux de la Fed dès début 2017, les investisseurs ne tarderont pas à réagir. Pour tirer le meilleur de l’environnement actuel, nous leur conseillons de s’orienter vers des titres à haut rendement mais à faible volatilité, qui surperformeront le marché à l’instar de Campbell Soup et d’American Water Works.  

 

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