Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Un Trump dans la trompe

L’éléphant est pris de panique. Comment arrêter Donald Trump ? Longtemps, les stratèges et les bailleurs de fonds du parti républicain ont cru que le milliardaire blond quitterait la scène avant l’été, comme un clown après des tours et des vociférations qui ont fait s’esclaffer les foules.

Mais The Donald est là pour rester. Il arrivera en force à la Convention de désignation du candidat républicain à la Maison Blanche, en juillet à Cleveland. Les jeux ne sont pas faits, bien sûr, et dans les antichambres feutrées du vieux parti, les influents conservateurs se demandent si cet ovni politique, tout en flatulences et en saillies, pourra vraiment être leur représentant à la présidence des Etats-Unis.

Ces puissants sont angoissés. Mais quelle drôle d’interrogation ! En politique, il n’y a pas de génération spontanée. Le mogul immobilier n’est pas pour rien l’enfant chéri de la base : il est le pur produit, incandescent, du parti de l’éléphant, et il sait se vendre mieux que quiconque – c’est son métier.

Pur produit ? Cette qualification peut paraître étrange, tant Trump est différent des deux précédents candidats républicains à la Maison Blanche, John McCain, l’ancien soldat modéré, et Mitt Romney, le businessman policé. Mais 2016 est un autre temps, et le postulant à la flamboyante tignasse est l’héritier naturel du parti tel qu’il a muté, en huit ans, dans une opposition implacable, absolue et sans relâche à la personne et à l’action de Barack Obama. A cet extrémisme, Donald Trump a simplement ajouté, en toute chose, ses propres excès.

Dès les premiers jours de la présidence du démocrate, en 2009, l’actuel leader républicain du Sénat, Mitch McConnell, a annoncé que la priorité de son parti serait d’empêcher l’élu de rester pour deux mandats à son poste. La guérilla, qui n’a pas pris fin, a commencé aussitôt pour saboter la réforme du système de santé proposée par Obama. Ce combat a passé par la création du Tea Party, mouvement extrémiste dans lequel des opérateurs républicains sont à la manœuvre.

Une opposition, dira-t-on, existe pour s’opposer. Mais il ne s’agissait pas en l’occurrence d’un combat à la loyale, dans lequel des projets rivaux sont avancés dans un débat apaisé. Les républicains ont entrepris un travail d’obstruction systématique, refusant toute espèce de compromis sur quelque sujet que ce soit, punissant même ceux qui osaient y travailler. Le point culminant fut le refus de voter le budget, pour paralyser l’administration fédérale.

En fait, depuis le premier jour, les républicains ont instruit contre Barack Obama une sorte de procès en illégitimité. Jamais aucun d’entre eux n’a parlé de la couleur de la peau du président, mais il aurait fallu être sourd pour ne pas comprendre les sous-entendus. En plein discours sur l’Etat de l’Union, un représentant a traité Obama de menteur. Il fallait que le président fût noir pour qu’un député blanc ose un tel affront.

Et Trump, dans tout ça ? Il est entré en campagne, avant de se déclarer formellement, exactement à ce niveau-là. Il a prétendu, malgré toutes les preuves du contraire, qu’Obama était né au Kenya, qu’il était Kenyan, et qu’il avait donc été élu illégalement.

C’est sa méthode : il dit tout haut ce que les autres susurrent.

Trump renchérit sur le parti qui, malgré les tueries à répétition, défend fanatiquement le port libre des armes à feu, en disant qu’il pourrait abattre un homme sur la 5e Avenue sans que ça lui coûte une voix. Et quand ses amis politiques s’opposent à toute politique de l’immigration qui permettrait aux millions de clandestins dans le pays de sortir de l’illégalité, il ajoute la construction d’un mur monstrueux à la frontière sud – payé par le gouvernement mexicain ! Il donnera à l’armée tout ce qu’elle veut pour écrabouiller l’ennemi. Il réglera son compte à la Chine par un coup d’assommoir douanier. Ses camarades dénoncent l’islamisme : il veut fermer la porte à tous les musulmans, etc.

Cette surenchère et ces excès permanents plaisent à une minorité d’Américains qui donnent à Trump, dans les primaires républicaines, une majorité. Ils le font d’autant plus facilement que le candidat ne fait souvent qu’amplifier, avec une faconde tonitruante, les thèmes chers au parti qui a choisi, depuis huit ans, de monter aux extrêmes.

Ce cirque nauséabond commence, quand même, à troubler des républicains à l’estomac délicat. Certains murmurent qu’ils pourraient, dans ces conditions, voter démocrate cette fois. Une aubaine pour Hillary Clinton. Cela signifierait que le Trump dans la trompe aura fini par étouffer l’éléphant.

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