Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Un plan pour les smartwatches suisses

Nous sommes en 2016 apr. J.-C. Tout le monde est occupé par les GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon. Tous? Non! Un village peuplé d’irréductibles horlogers helvètes résiste encore... Alors que les Apple Watch et autre Gear veulent leur prendre les poignets, ils lancent la riposte, dopés par une potion magique nommée internet des objets… 

En substance, c’est ce qui se passe dans le monde des smartwatches. En 2015, l’horlogerie suisse a pris conscience de l’opportunité. Dans un monde dévoré par le software, le terminal qui fait l’interface entre utilisateurs et services logés dans le cloud est stratégique. L’Europe, qui a perdu la bataille des smartphones malgré l’avance initiale de Nokia ou d’Ericsson, réalise que les wearables – ces bracelets, bijoux, textiles, etc., connectés – sont sa dernière chance de conserver un rôle significatif dans l’écosystème qui se construit. 

En suivant la même logique, l’horlogerie suisse dispose de l’avantage unique d’une pièce de hardware attachée à la personne humaine. Et elle a l’atout d’une image d’excellence dont la somme dépasse l’addition de ses marques individuelles. Si elles puisent dans les savoir-faire helvétiques en termes de précision quasi médicale des mesures physiologiques, de sécurité informatique et de protection des données, nos montres connectées peuvent se placer au centre de l’économie numérique qui émerge et devenir un hub reliant l’utilisateur à internet.

Certes, la petitesse de l’écran des smartwatches n’en fait pas un concurrent du smartphone aujourd’hui. Mais de nouveaux usages apparaissent, comme les notifications de message. Le quantified self, la mesure de soi pour le sport et le bien-être, est déjà un marché. Il débouche sur celui du médical. La miniaturisation et l’efficacité énergétique qui ont produit les oreillettes Bluetooth en attendant les lunettes connectées apportent de nouvelles interfaces pour se passer du smartphone. C’est tellement vrai que les fabricants de puces s’apprêtent à lancer des cartes SIM adaptées aux wearables. 

Qui aura droit à quoi?

Au-delà s’esquisse le marché du contrôle d’accès à l’internet des objets. Portes, voitures, bancomats, terminaux de paiements, écrans publics… Tout va se connecter pour se personnaliser, ce qui pose la question de qui aura droit à quoi? La montre-bracelet potentiellement biométrique peut être cette clé universelle. Le scénario n’a rien de fantasmagorique. C’est la roadmap suivie par Apple pour sa seconde montre qui sortira à l’automne. 

Reste que pour en profiter l’horlogerie suisse a besoin d’un plan industriel pour regrouper ses forces. Il est sidérant qu’il n’existe aucun grand programme de recherche helvétique pour concentrer des innovations dans l’horlogerie. Enseigner la programmation devrait faire partie du cursus des écoles horlogères. Faute de quoi, l’opportunité historique nous passera sous le nez. Et nous resterons les consommateurs de la révolution numérique «designed in California».

 

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