Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Un plan grec pour l’Europe

Avant que ne viennent les désillusions, il faut saluer Alexis Tsipras. Son KO électoral contient cette leçon : pour aider un Etat à rembourser une lourde dette, casser sa croissance et jeter le quart de sa jeunesse au chômage n’est pas la meilleure solution.

Pur bon sens, direz-vous. Les mauvaises fées qui se sont penchées sur la malheureuse Grèce depuis six ans n’étaient pas de cet avis. Le pain sec sera bon pour vous, assuraient à Athènes les conseillers venus de Francfort, Bruxelles et Washington. Juste un mauvais moment à passer, avant le retour de la confiance et des beaux jours.

Jean-Claude Trichet, alors patron de la Banque centrale européenne, expliquait que l’idée selon laquelle des mesures d’austérité peuvent déboucher sur la stagnation est manifestement fausse. Si au moins elle avait été juste ! Les Grecs ont appris que c’était pire.

Ils avaient péché, bien sûr, et on le leur reproche assez. Cette sévérité est due au fait que la Grèce fait partie de la famille. Si elle était restée dans son coin, au sud, hors de l’Union européenne, sans euro et avec sa drachme, les touristes venus du nord feraient à peine attention à au mal développement dont ils tirent profit. Mais les Grecs sont dans le club, et dans le procès qui leur est fait, il y a pas mal de mauvaise conscience.

La faute est ancienne. Quand l’euro sortait du berceau, à la fin de l’autre siècle, ceux qui doutaient de la pertinence de la monnaie unique étaient écartés, soit comme des ignorants, soit comme des ennemis malfaisants. On sait aujourd’hui qu’une de ces critiques était entièrement justifiée : on n’impose pas sans risque une nouvelle monnaie dans des économies divergentes, avec pour seul ciment des prières, des hymnes et des applaudissements.

Paul Krugman, le Nobel qui sourit dans le malheur parce qu’il pense avoir raison, fut la plus constante de ces pythies. Il s’étonne depuis quinze ans que les Européens n’aient pas contemplé davantage le dollar. La monnaie américaine est aussi née dans des convulsions, mais elle a acquis sa légitimité et sa solidité, aux yeux d’Etats jaloux de leur autonomie, en tissant peu à peu entre eux des solidarités et en organisant des transferts entre régions plus ou moins favorisées.

L’Espagne et la Floride, aime rappeler Krugman, étaient dans la crise récente sur le même chemin : un afflux de capitaux investis dans l’immobilier, qui ont formé une grosse bulle. Quand la bulle a éclaté, l’Espagne est tombée dans le trou ; la chute de la Floride a été retenue par le filet des institutions et des instruments fédéraux mis en place – en deux siècles il faut le dire.

L’euro est bien plus jeune, et le précédent américain n’est pas tout à fait ignoré, puisque le grand coup de sac monétaire a fait bouger les lignes en Europe. Une Union bancaire se met en place pour éviter un nouveau désastre, ou pour être en mesure d’y faire face. A la tête de la BCE, Mario Draghi tente de faire oublier Trichet. Lui ne pense pas qu’il faille épuiser l’attelage pour le faire avancer. Il donne une avoine abondante (60 milliards d’euros par mois !), comme l’a fait la Fed américaine. Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pense lui aussi qu’un peu de stimulation (300 milliards d’euros) n’est pas mal venu ; la moitié de ce que Barack Obama avait obtenu du Congrès, malgré la résistance des conservateurs.

Aller plus loin ? Les fédéralistes y poussent, en proposant de nouer de nouvelles solidarités dans le domaine de la protection sociale. Ils soumettent par exemple à la discussion une convention d’assurance chômage européenne, moyen aussi de corriger des distorsions du marché du travail sur le continent.

Mais les résistances à ce genre de transferts sont grandes, comme à toute avancée vers une authentique Union politique. L’Allemagne est assez ouverte, si les garde-fous démocratiques sont suffisants. La France freine, repliée sur la coopération intergouvernementale, par peur de l’agitation souverainiste.

En Grèce, les radicaux qui prennent le pouvoir sont pro-Européens. Ils sont pauvres, mais il veulent davantage de solidarités. L’Union devrait y voir une chance. Elle doit avancer, car si elle continue de stagner, l’autre opposition, qui rêve de la détruire, l’emportera.

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