Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Un Brexit peut conduire à un CHexit

Les Britanniques vont voter avant l’été sur le maintien de leur royaume au sein de l’Union européenne. La construction européenne n’est-elle donc plus ce processus irréversible, cette marche en avant vers la construction inéluctable de ces «Etats-Unis d’Europe», comme les appelait de ses vœux Victor Hugo?

De passage à Genève voici quelques jours, l’ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair, Denis MacShane, soulignait à nos collègues de la Tribune de Genève que, «chez les eurosceptiques, la Suisse et la Norvège, deux pays (hors de l’UE) qui se portent bien, ont en effet servi d’exemples rassurants».

Alors que la Suisse est engagée dans de difficiles négociations avec Bruxelles, notamment suite à la votation du 9 février 2014, notre pays aurait-il intérêt à voir la Grande-Bretagne quitter l’Union? Dès l’annonce du prochain référendum, certains eurosceptiques et europhobes suisses ont sauté de joie: en cas de sortie, la Grande-Bretagne prouverait qu’il n’existe pas un modèle absolu et unique d’intégration, et cela renforcerait, selon eux, la position de la Suisse.

Un modèle, vraiment?

Ce serait oublier que cet exemple de voie différente, c’est justement la Suisse qui le donne depuis des années. Et pour quel résultat ? Une intégration de l’immense majorité des lois et règlements européens par Berne, un statut d’île au milieu de l’ensemble européen mais une voix de seconde zone dans les discussions, quand il ne s’agit pas d’une absence totale dans certaines négociations.

Depuis la votation du 9 février, les Suisses nommés pour coordonner des projets de recherche européens ne sont plus que 0,3%, contre 3,9% avant. Et la part helvétique dans les programmes européens a chuté de 3,2 à 1,8%. A l’heure où l’économie suisse, groggy par le franc fort, a plus que jamais besoin de miser sur l’innovation pour se relancer, ce recul fait mal. Le modèle de coopération avec Bruxelles reste fragile. Est-ce ce modèle-là que les Britanniques vont être tentés d’adopter? Pas si sûr.

Et si la Grande-Bretagne venait à couper les amarres avec Bruxelles, la Suisse pourrait-elle s’en réjouir ? Pas si sûr non plus. Depuis son adhésion à la CEE en 1973, la Grande-Bretagne n’a jamais été un moteur de l’Europe. Elle en constitue plutôt un frein. Si le train européen venait à voir se décrocher le lourd wagon britannique, il y a fort à parier que les partenaires restants soient pris d’une volonté de relancer l’intégration européenne et se retrouvent davantage soudés. Quel poids pèserait alors la petite Suisse et ses 8 millions d’habitants dans les négociations en cours? Un Brexit pourrait fort bien mener à moyen terme à un CHexit, la Suisse se retrouvant davantage marginalisée par ses voisins.

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