Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

UBS et Credit Suisse dans l’expectative

Mardi 13 octobre, le site d’information Bloomberg a rapporté une rumeur disant que « le Département Fédéral des Finances suisse va demander aux plus grandes banques du pays d’avoir un capital égal à 5% des actifs totaux ».

Pour le moment, les ratios de ces banques sont de 3.6% pour UBS et 3.7% pour Credit Suisse. Si la rumeur se révèle être un fait, ce qui est loin d’être le cas, cela aurait de terribles conséquences sur le résultat des deux géants suisses.

A titre d’exemple, Sergio Ermotti, le CEO d’UBS, estime qu’une hausse de 1 point coûterait à son entreprise un milliard de francs de plus par an. Ce chiffre doit être pris tel qu’il est : davantage comme une provocation que comme un chiffre exact. Il peut être juste sur le court-terme, mais il serait bien trop simpliste de se baser sur ce chiffre sur le moyen-terme.

Les raisons sont simples à comprendre. Le « leverage ratio » est composé du Tier 1 capital - qui regroupe principalement les actions et les réserves d’une société - divisé par les actifs totaux consolidés. Ainsi, deux manières d’augmenter ce ratio sont possible: augmenter le Tier 1 capital ou diminuer les actifs totaux consolidés. La première solution est la plus simple à mettre en place pour les banques, et des rumeurs courent sur le fait que Credit Suisse est déjà prêt à aller de l’avant avec cette solution. Toutefois, aux vues des chiffres cités, nous pouvons nous demander si cela va suffire.

Fondamentalement, le problème associé se décompose en deux temps. Tout d’abord, comme Sergio Ermotti l’a très bien décrit, toutes ces réglementations (le niveau du ratio, la méthode de calcul…) sont basées sur ce qui est fait aux Etats-Unis. Et, jusqu’à preuve du contraire, la Suisse et les Etats-Unis sont substantiellement différents.

Selon nous, des mesures différentes devraient être prises d’un pays à un autre, car trop de différences subsistent entre ces pays. Les banques helvétiques sont bien plus petites que leurs semblables américaines (en termes de capitalisation de marché, de bilan…) et sont également moins capables de transférer le risque des prêts à travers la titrisation (le marché américain est bien plus grand que le suisse, pour cela).

D’autre part, le risque systémique est non négligeable en Suisse. Les actifs des deux géants suisses sont environ trois fois plus grands que le PIB suisse (UBS d’environ 170% et Credit Suisse de 150%). Seule la Danske Bank a un ratio plus élevé. Ceci présente un risque systémique évident. Et la Suisse en a conscience. Les marchés en ont également conscience. Le sauvetage d’UBS en 2008 est toujours dans un coin de la tête du gouvernement, qui aimerait s’économiser un événement similaire. Nous pouvons facilement comprendre ceci et nous pensons que la Suisse devrait agir en conséquence. Toutefois, une augmentation si brutale du leverage ratio serait dommageable pour les banques et l’économie. Les choses devraient plutôt se faire graduellement.

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