Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Uber: pour qui est faite la loi?

Crédits: Image: DR

«La loi a été faite pour l'homme et non l'homme pour la loi», disait Jésus (Luc, 14, 1-6) à propos du jour sacré du shabbat. Or Uber n'a pas respecté la loi à Genève. Mais ce cadre législatif d'un autre âge qui fait des taxis genevois les plus chers au monde, est-il toujours fait pour l'homme?

Dans ce passage de l'Evangile, les adversaires de Jésus lui amènent une personne malade. Or, c'est jour de shabbat. La loi interdit donc de soigner les gens. Mais il leur demande ce qu'ils feraient si leur fils ou un de leurs boeufs tombait dans un puits un jour de Shabbat, s'ils n'iraient pas aussitôt le sortir de là. Et il choisit de guérir le malade, contrevenant à la loi. Parce que c'est ce qu'il y a de bien pour l'homme.

Avec leurs tarifs hors de prix et leur système archaïque, les taxis traditionnels genevois constituent davantage une contrainte qu'une solution. Uber (mais aussi Lyft et d'autres sociétés similaires ailleurs dans le monde) a été conçu pour proposer une solution plus simple: pas de cash, une interface simple entre client et véhicule de transport, la cartographie du parcours en direct, la possibilité de commenter (positivement ou négativement) la prestation, et une solution universelle,... Tout est fait pour améliorer le service et l'expérience client.

En face, des taxis impossibles à utiliser si on n'a pas de cash ou de carte bancaire (quand le terminal de paiement veut bien fonctionner), au confort et à la propreté aléatoires, au système de réservation archaïque, et avec un service du chauffeur allant de la prévenante amabilité au mépris le plus arrogant.

Il y a donc ce que dit la loi («Uber a manifestement été jusqu'à la concurrence déloyale») et le bénéfice du client. Pierre Maudet n'est pas Jésus. Après des mois de tergiversations, il a fait appliquer la loi. C'est sa fonction, c'est normal. Et maintenant? Les taxis genevois vont-ils proposer une solution sans cash? Une app smartphone qui permettrait de les localiser en direct? Un système qui permette au client d'exprimer sa satisfaction et d'évaluer la prestation? Et surtout, avantage majeur d'Uber, un programme qui pourra être utilisé aussi bien au bout du lac qu'à Berlin, Osaka, San Francisco, Zurich ou Londres? Pas besoin d'être prophète pour connaître la réponse.

Dans cette affaire, on semble avoir donné raison à une catégorie au nom de la loi, comme si Jésus avait suivi les préceptes de la loi pour faire plaisir aux pharisiens. Mais il a choisi de transgresser la loi et de soulager le malade. Sans attendre (alors qu'il n'y avait pas urgence, le malade vivait avec sa pathologie depuis fort longtemps). Dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'«affaire Uber à Genève», on a appliqué la loi au détriment du consommateur qui avait le choix entre un taxi traditionnel et Uber.

Mais gare à la suite. Parfois, quand on crucifie ceux qui transgressent la loi au bénéfice du plus grand nombre, il arrive qu'ils ressuscitent. Amen.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."