Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Uber inspire les startupers du monde

Pendant une semaine, dix étudiants romands sont partis à la découverte de la Silicon Valley. Sélectionnés par la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), ces startupers en herbe multiplient les rencontres, visites, ateliers, conférences, discussions et pitchs avec des entrepreneurs de la «Valley».

Cassons tout de suite un mythe: non, les taxis jaunes n'ont pas totalement disparu des rues de San Francisco. Il subsiste encore quelques rescapés, comme hérités d'un passé pas si lointain où les clients devaient héler un taxi en levant la main dans la rue pour qu'il s'arrête. Simple, mais encore fallait-il se trouver dans une rue passante et espérer qu'un véhicule passe par là et soit libre. Sans compter l'incertitude sur la propreté de la voiture, le choix de l'itinéraire le plus rapide, l'attitude du chauffeur, le prix de la course, le mode de paiement... Il en reste donc. Mais ils sont très minoritaires.

Uber et Lyft sont passés par là. Dans les rues de «Frisco», les moustaches roses de Lyft et le U de Uber s'affiche sur les pare-brise des SUV et des berlines noires. En ouvrant l'app, on n'attend jamais plus de 5mn pour avoir un véhicule devant soi. Et toute la gamme est disponible, des vans pour groupes aux limousines haut-de-gamme en passant par la voiture familiale du chauffeur UberPOP qui pratique cette activité à côté de son métier ou de ses études.

La décennie Uber?

Tout ne se passe pas idylliquement non plus en Californie, il ne faut pas se mentir. Ici aussi, la firme créée par Travis Kalanick en 2009 doit affronter la fronde. Mais ici, contrairement à l'Europe, c'est bien moins les concurrents que ses propres adeptes que le modèle Uber dérange: plusieurs chauffeurs utilisant l'app ont lancé une action en justice pour être requalifiés en employés d'Uber et non en utilisateurs indépendants d'une app.

Au-delà de ces péripéties judiciaires, Uber a dépassé son simple (et phénoménal) succès. En six ans, Uber est devenu un phénomène marquant de société. La décennie 2010 pourrait être la décennie Uber comme la décennie 2000 a été la décennie Facebook. Mais parlait-on de «Facebookisation» voici dix ans? Aujourd'hui, l'Uberisation est un terme utilisé sans arrêt. Editorialistes, hommes et femmes politiques, entrepreneurs et universitaires parlent (en l'appelant de leurs voeux ou en la dénonçant) d'une Uberisation de l'économie.

Du côté des startups, Uber est aussi le mot que tous ont à la bouche. Chacun veut monter le «Uber de (au choix entre la gastronomie, la banque, les voyages, le ménage,...)». Un discours inspiré par la réussite d'une startup qui a réussi en six ans à s'implanter partout dans le monde grâce à un modèle certes décrié pour de multiples (et parfois excellentes) raisons mais qui satisfait l'immense majorité de ses utilisateurs.

Mais aussi un discours mû par un argument bien plus prosaïque. Né voici six ans à peine, Uber atteint désormais une valorisation boursière qui dépasse les 50 milliards de dollars. Depuis quatre ans, les investisseurs se battent pour financer la société et entrer au capital pour toucher le jackpot quand le temps de l'exit sera arrivé, via un rachat (mais qui pourrait poser une telle somme?) ou une IPO.

Se réclamer d'Uber, c'est revendiquer son succès

Pour un startuper, présenter son projet comme un «Uber de...», c'est donc impressionner son interlocuteur. Vis-à-vis des financeurs, c'est faire briller dans leurs yeux le reflet des dollars à engranger. C'est aussi se référer à une success-story et revendiquer un potentiel sinon égal, du moins comparable. C'est enfin expliquer facilement un modèle où le succès revient à celui qui met en relation des professionnels indépendants avec des clients particuliers.

Sur tous les continents, de Shenzen à Cape Town, de Tel Aviv à Lausanne et de San Francisco à Stockholm, des milliers de startupers imaginent des business dérivés du même principe qu'Uber ou qu'Airbnb: se dégager de toute implication entrepreneuriale traditionnelle de grande ampleur (embauches, RH, stratégie de filiales et d'implantations, implications fiscales, gestion de stocks ou de produits) pour se muer en simples prestataires de services informatiques. Mais le faire avec l'ambition de devenir incontournable sur le marché pour engranger des bénéfices via une commission sur les transactions entre utilisateurs. Et seul un volume gigantesque d'opérations peut générer un cash flow de nature à générer un réel succès planétaire.

Adnan Chatila a bien compris ce système. Ce Genevois ayant suivi une partie de son cursus universitaire à l'EPFL et qui s'apprête à intégrer la GSEM (ex-HEC Genève) a développé l'idée d'un «Uber des coiffeurs». Comme Travis Kalanick voici six ans, il estime que les prix des salons de coiffure sont exorbitants et obligent à se rendre sur place. Pour lui, de nombreuses coupes de cheveux et coiffures pourraient être réalisées par des particuliers, ou des professionnels itinérants. Au cours du Silicon Valley Startup Camp, il a pu évoquer son idée avec des entrepreneurs basés en Californie, des investisseurs et des responsables d'incubateurs et d'accélérateurs.

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