Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Tuer pour du marketing

L’intervention en Libye aura surtout été la plus belle opération marketing pour l’industrie de l’armement depuis la guerre en Irak

Mars, le dieu de la guerre, est aussi celui des fabricants d’armes. Les temps changent, les allégeances virevoltent avec le vent. Mais les firmes d’armement gagnent chaque guerre sans exception. Entre 2006 et 2009, les Etats-Unis, qui représentent la moitié du marché mondial des armes ont vendu plus de 50 milliards de dollars de systèmes d’armements à des pays du Moyen-Orient. Les Américains arment le Golfe, Israël, l’Egypte. Les Européens arment la Libye. Les Américains veulent pénétrer le marché libyen, syrien et iranien, trois pays dont ils changeraient volontiers le régime. Les Européens convoitent les riches clients du Golfe. Et les changements de régimes dans la région ne sont qu’une nouvelle opportunité commerciale, que l’un perd, et que l’autre gagne, selon affinités. Fin 2009, les groupes de défense européens faisaient encore la promotion, à Tripoli, de leurs modèles d’avions de chasse Rafale et Typhoon, lors du Lavex Air Show qui s’est déroulé sous la houlette des généraux libyens.

Une vitrine commerciale idéale

Mais au printemps 2011, la révolte éclate en Libye contre l’homme qui achetait pour 40 milliards d’euros d’armes à l’Italie et pour quelques milliards à la France. Soudain, Mouammar Kadhafi n’était plus, pour le coup, le meilleur prospect des compagnies d’armement occidentales. Or l’une des grandes ironies de l’«action militaire» actuelle de l’OTAN, c’est que justement, rien n’est perdu pour autant. Au contraire, l’intervention en Libye représente la meilleure vitrine commerciale que les exportateurs d’armes pouvaient rêver, offrant à leurs modèles une publicité gratuite à destination de tout acheteur potentiel du reste du monde. Un Air Show de luxe. Les autres régimes arabes, par exemple, sont aux premières loges pour admirer les vertus anti-insurrectionnistes de l’arsenal de pointe des puissances déployées, et n’ont plus qu’à demander le catalogue. Autre avantage de cette «guerre»: elle permet le renouvellement d’équipements anciens. Les Etats-Unis ont envoyé en Libye les 100 Tomahawk qui devaient être détruits par décret en juin prochain, et la France a utilisé ses Rafale excédentaires en échange d’une alliance avec les insurgés dont elle espère de futurs juteux contrats d’armement pour 7 milliards d’euros. Aussi, l’ironie de la situation a-t-elle voulu que, pour abattre les défenses aériennes de Kadhafi, les puissances occidentales comme la France et l’Italie utilisent les mêmes avions qu’elles présentaient encore il y a quelques mois sur le marché libyen. Les Rafale comme ceux promus à Tripoli fin 2009 se sont superbement déployés lors des premières missions de l’alliance occidentale pour survoler le ciel libyen. Une de leurs cibles n’était autre que des avions Mirage français appartenant à l’armée libyenne, que Paris avait récemment accepté de réparer dans le cadre de son service après-vente. L’opération de l’OTAN est aussi le prétexte pour la démo en temps réel d’un nouveau fournisseur qui concurrence la France: Eurofighter et son Typhoon. Ce consortium britannique, allemand, italien et espagnol, auquel on souhaite beaucoup de succès a tenté - en vain, pour l’instant - de voler la vedette au Rafale de Dassault, qui pour sa part avait passé son test commercial «live» à la faveur de la guerre d’Afghanistan en 2007. Pour ces équipementiers, rien de tel qu’un déploiement en situation réelle pour promouvoir leurs produits.

Un consortium, non une coalition

Nicolas Sarkozy, devenu le champion des ventes d’armes, pourra déclarer, lors de ses tournées marketing «(…) et voici ce que nos Rafale ont pu réaliser en Libye: neutraliser très rapidement des chars rebelles (…)». Y a-t-il meilleur «sales pitch» pour la prochaine visite officielle du président français au très convoité Brésil? A cette aune, l’intervention en Libye aura surtout été la plus belle opération marketing depuis la guerre en Irak pour Dassault, Eurofighter, Lockheed Martin, Boeing ou encore le suédois Saab. L’année 2011 s’annonce lucrative pour le marché des avions de combat, évalué à 60 milliards de dollars. Et les affaires se concluent. L’Inde, le Brésil, le Danemark, la Grèce, l’Arabie saoudite, les Emirats, Oman et le Koweït ont déjà passé commande pour des modèles exposés dans l’air libyen. Beau résultat pour une coalition en réalité composée de seulement 12 membres de l’OTAN sur 28, menés par un consortium américano-anglo-français très commercial, peu concerné par la protection des civils, et peu représentatif de la «communauté internationale».

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